LA FETE DE "NOVROUZ BAYRAM, UNE ORIGINE ZOROASTRIENNE? NON! - PARTIE II

Analyses
19 Mars 2026 16:44
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LA FETE DE "NOVROUZ BAYRAM, UNE ORIGINE ZOROASTRIENNE? NON!  - PARTIE II

Une comparaison entre les traditions zoroastriennes persanes et turco-azerbaïdjanaises de la célébration de l’équinoxe de printemps s'impose pour en déterminer leurs singularités respectives.

Dans le monde contemporain, il est largement admis que Novruz Bayram, célébré dans de nombreux pays d’Orient comme le jour de l’équinoxe de printemps, serait directement lié à la tradition perse et au zoroastrisme. Cet article propose d’examiner de manière comparative les rituels propres aux versions zoroastrienne-persane et turco-azerbaïdjanaise de l’accueil de l’équinoxe.

Un aspect essentiel réside dans la nécessité de systématiser la diversité rituelle de la version azerbaïdjanaise. Sa caractéristique principale tient à l’existence de huit jours festifs : l’un correspond à l’équinoxe lui-même, tandis que les sept autres sont répartis sur des mardis précédant et suivant immédiatement cette date. Chacun de ces mardis possède sa propre signification rituelle.

Premièrement, les Azerbaïdjanais célèbrent traditionnellement le Nouvel An le jour de l’équinoxe de printemps, comme en témoignent les écrits de Al-Biruni, de Nasir ad-Din at-Tusi et de Ulugh Beg. En revanche, dans la tradition perse ancienne, jusqu’au XIᵉ siècle, le Nouvel An était célébré non pas au printemps, mais au solstice d’été, le 22 juin. Al-Biruni rapporte que le roi mythique Jamshid fixa cette fête au premier jour du mois de Farvardin, correspondant à l’entrée du Soleil dans la constellation du Cancer. Selon lui, les solstices étaient plus faciles à déterminer à l’œil nu que les équinoxes, lesquels nécessitaient des connaissances astronomiques avancées. Pendant toute la période où le zoroastrisme était religion d’État, les Perses auraient ainsi célébré le Nouvel An au solstice d’été.

Deuxièmement, les sources relatives au calendrier turcique, en usage au moins depuis le VIᵉ siècle, indiquent clairement que l’année nouvelle débutait en mars, lors de l’équinoxe de printemps. Par ailleurs, le texte zoroastrien du IXᵉ siècle, le Bundahishn, mentionne six périodes festives annuelles (gahanbars), sans faire état d’une célébration spécifique de l’équinoxe, ce qui suggère son absence dans la tradition zoroastrienne ancienne.

Troisièmement, ce n’est qu’au début du XIᵉ siècle, sous la domination seldjoukide, que les Perses commencèrent à célébrer Novruz en mars, sur décision du sultan Malik Shah I. Selon la spécialiste Mary Boyce, les zoroastriens eux-mêmes n’adoptèrent la célébration du Nouvel An au moment de l’équinoxe qu’au début du XXᵉ siècle.

Quatrièmement, la durée des festivités diffère : chez les Azerbaïdjanais, elle s’étend sur huit jours (un jour central et sept mardis), tandis que chez les Perses, elle dure six jours consécutifs à partir de l’équinoxe, sans référence à la semaine, selon Al-Biruni.

Cinquièmement, les systèmes rituels divergent profondément. Al-Biruni décrit une célébration persane centrée sur la figure royale : le souverain reçoit successivement les différentes catégories sociales, distribuant faveurs et récompenses. Omar Khayyam en donne une description similaire. La fête apparaît ainsi comme une cérémonie de glorification du roi et de son entourage.

À l’inverse, dans la version azerbaïdjanaise, les huit jours sont consacrés à huit divinités païennes. Le jour principal - l’équinoxe - est dédié au dieu Soleil. Les quatre mardis précédents honorent respectivement le Ciel, l’Eau, la Terre et le Feu, tandis que les trois mardis suivants sont liés aux sentiments humains, au culte des ancêtres, à la divination, à la charité et aux sacrifices. À la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, ces trois derniers mardis ont été progressivement intégrés à la célébration principale. Contrairement au modèle perse, aucun rôle central n’est accordé au souverain : la fête célèbre avant tout les forces de la nature et l’égalité entre les participants.

Sixièmement, les Azerbaïdjanais allument des feux rituels en l’honneur du dieu du Feu lors de l’équinoxe. En revanche, les zoroastriens et les Perses modernes n’allument pas de feux pour accueillir le printemps ; dans la tradition zoroastrienne, ces feux sont associés à l’hiver et au mois de Dey (du 22 décembre au 22 janvier).

Septièmement, il est d’usage, chez les Azerbaïdjanais, de sauter par-dessus le feu en récitant des prières. Une pratique considérée comme un grave péché dans le zoroastrisme : le texte Arda Viraf Nameh condamne explicitement le fait de placer le feu sous soi.

Huitièmement, la table festive perse est décorée de sept éléments dont les noms commencent par la lettre « S » (tradition du « haft-sin »). Cette pratique ne correspond pas aux langues turciques. En Azerbaïdjan, la table est composée de pâtisseries symboliques représentant des divinités et des éléments naturels : le shor-gogal et le shirin-gogal (soleil mourant et renaissant), le sheker-chorek (ciel), le semeni (eau), le baklava (terre) et le sheker-bura (feu).

Neuvièmement, la terminologie elle-même diffère. Le terme « Bayram », analysé par Mahmud al-Kashgari, renverrait à une origine turcique liée à une divinité protectrice (assimilée à Umay) et à des notions de transition, de présage et de renouveau. À l’inverse, « Novruz » signifie simplement « nouveau jour » en persan, soulignant une dimension strictement calendaire.

Enfin, dixièmement, la convergence des dates résulte d’une réforme précise : le 15 mars 1079, une commission astronomique dirigée par Omar Khayyam, sur ordre du sultan Malik Shah, transféra le Nouvel An perse du solstice d’été à l’équinoxe de printemps, réformant au passage le calendrier. Dès lors, le Novruz perse et le Bayram turcique se sont superposés, donnant naissance à l’appellation combinée « Novruz Bayramı ».

En conclusion, il convient de distinguer deux traditions originellement indépendantes : le Bayram turcique, célébré dès l’origine à l’équinoxe de printemps (22 mars), et le Novruz perse, initialement fixé au solstice d’été (22 juin) avant d’être déplacé en 1079. Ces différences témoignent d’évolutions historiques distinctes et permettent d’affirmer que la version azerbaïdjanaise de Novruz Bayram constitue une tradition ancienne, autonome et profondément différente de la version perse associée au zoroastrisme.