Lors de la première réunion du Conseil pour la paix à Washington, le 19 février, la liste des pays participant à l’initiative de reconstruction de Gaza a été annoncée. Parmi les États censés contribuer au programme d’assistance de 7 milliards de dollars figurait également l’Azerbaïdjan.
L’information s’est rapidement propagée sur les réseaux sociaux, suscitant des interrogations - à l’image de l’annonce précédente de l’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies concernant un supposé accord de l’Azerbaïdjan pour envoyer des forces de maintien de la paix dans la bande de Gaza.
Le souhait de voir l’Azerbaïdjan associé à diverses initiatives internationales est compréhensible. Même une puissance mondiale comme les États-Unis recherche le partenariat de Bakou pour la mise en œuvre de ses projets. L’Azerbaïdjan est un leader régional, et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev est une figure politique d’une grande autorité, réputée pour sa capacité à résoudre des défis complexes. La présence de Bakou dans un projet en renforce l’attrait pour d’autres partenaires potentiels.
Cependant, même les grandes puissances doivent comprendre que, pour le président de l’Azerbaïdjan, l’intérêt national prime toujours. Ses décisions ne sont pas dictées par les tendances internationales lorsque celles-ci ne coïncident pas avec les intérêts du pays. Le maintien de la paix au Moyen-Orient constitue sans aucun doute un objectif important - qui concerne également l’Azerbaïdjan, compte tenu de la proximité géographique du Caucase du Sud avec cette région instable. Néanmoins, Ilham Aliyev a déjà défini le cadre dans lequel Bakou est prêt à coopérer.
À la suite des déclarations faites lors de cette réunion, l’assistant présidentiel et chef du département de politique étrangère de l’administration présidentielle, Hikmet Hajiyev, a clarifié la situation dans un message publié sur son compte X.
L’Azerbaïdjan, a-t-il écrit, en tant qu’État fondateur, soutient les objectifs et les intentions du Conseil pour la paix et pourrait, à l’avenir, participer à des projets d’investissement à Gaza dans ce cadre. « Toutefois, nous souhaitons préciser un point. L’Azerbaïdjan n’est pas envisagé comme participant au projet financier de 7 milliards de dollars pour Gaza évoqué lors de la réunion d’aujourd’hui », indique le message.
Bakou a également dû préciser sa position après des déclarations américaines sur une éventuelle participation du pays à une opération de maintien de la paix à Gaza. L’Azerbaïdjan sort à peine d’une guerre, et ces sujets sont perçus avec une grande sensibilité par la société.
Le 5 janvier, dans une interview accordée aux chaînes de télévision locales, Ilham Aliyev a abordé la question en détail.
Le chef de l’État a indiqué que Bakou avait effectivement été approché à ce sujet et disposait d’une expérience considérable en matière de maintien de la paix. Toutefois, dans le cas de Gaza, de nombreuses questions restent sans réponse - au premier rang desquelles le mandat de la mission, ainsi que ses objectifs et ses tâches. En outre, l’Azerbaïdjan n’a pas l’intention de participer à une quelconque opération d’imposition de la paix. Les militaires azerbaïdjanais n’ont jamais pris part à des opérations de combat en dehors du territoire national, et une telle option n’est pas envisagée.
Le président a également souligné que la vie de chaque citoyen azerbaïdjanais lui est précieuse. Le pays a déjà subi de lourdes pertes lors des deux guerres du Karabakh. Par conséquent, Bakou n’a donné son consentement par aucun canal. « Il est possible qu’en affirmant que l’Azerbaïdjan avait accepté, on ait cherché à attirer quelqu’un d’autre dans le processus - je n’exclus pas cette hypothèse. Mais si tel est le cas, c’est absolument inacceptable. Nous avons préparé un questionnaire de plus de vingt questions et l’avons soumis à la partie américaine. Tant que ces questions ne seront pas clarifiées, la participation de l’Azerbaïdjan à une quelconque mission n’est pas envisagée », a déclaré le chef de l’État.
Donald Trump avait pour la première fois proposé la création de forces de stabilisation à Gaza à Charm el-Cheikh en octobre dernier. L’initiative s’inscrivait dans un plan en vingt points visant à un règlement global de la question de Gaza.
Comme déjà indiqué, toute participation de l’Azerbaïdjan à des initiatives de maintien de la paix ou à des programmes financiers à l’étranger est une question sensible pour la société azerbaïdjanaise. Non pas parce que les Azerbaïdjanais seraient indifférents ou réticents à aider, mais parce que chaque citoyen se souvient des épreuves que le pays a dû surmonter seul - de la guerre à la restauration de la vie dans les territoires libérés. Aujourd’hui encore, l’Azerbaïdjan ne bénéficie d’aucune assistance internationale pour la reconstruction en cours des villes, des infrastructures et des écosystèmes au Karabakh et au Zanguezour oriental.
L’Azerbaïdjan ne figure ni parmi les plus grandes économies mondiales ni parmi les détenteurs de vastes réserves de devises. Pourtant, sans solliciter d’aide extérieure, il résout ses problèmes de manière indépendante.
Depuis 2020, plus de 25 milliards de manats ont été alloués par le budget de l’État à la restauration des territoires libérés de l’occupation (dont 3,5 milliards depuis le début de 2026). La majorité de ces fonds a été consacrée aux projets d’infrastructures. Pour les États-Unis ou d’autres pays, cette somme peut paraître modeste. Pour l’Azerbaïdjan, elle est colossale. Ces ressources auraient pu être dirigées vers la protection sociale, le développement économique ou d’autres priorités. Elles doivent au contraire financer la reconstruction des districts libérés et la création, à partir de rien, des conditions nécessaires à une vie normale. Le déminage, qui se poursuit depuis six ans, constitue par ailleurs un fardeau considérable.
Aujourd’hui, près de 30 000 anciens déplacés internes sont déjà retournés dans leurs villes et villages restaurés. Au total, la population des territoires libérés dépasse 70 000 personnes. Ce chiffre ne peut sembler modeste qu’à ceux qui ignorent dans quel état les sept districts et le Karabakh ont été restitués à leurs propriétaires légitimes.
Ces réalités ne peuvent être ignorées. Pas plus que le fait que l’essentiel des travaux de reconstruction reste à accomplir. Cela signifie que le pays doit utiliser ses ressources avec prudence, car personne ne créera de fonds d’aide spéciaux pour l’Azerbaïdjan.
Dans ce contexte, les informations faisant état d’une participation de l’Azerbaïdjan à une initiative de 7 milliards de dollars ou à une mission de maintien de la paix à Gaza ont naturellement suscité confusion et inquiétude au sein de l’opinion publique.
La position de Bakou repose toujours sur les principes d’une politique étrangère responsable et sur la prise en compte de l’opinion publique intérieure.
Cela ne signifie pas que l’Azerbaïdjan s’abstiendra totalement des initiatives liées à Gaza. Le pays a acquis une vaste expérience en matière de déminage, de missions humanitaires et de reconstruction de villes réduites en ruines. En cinq années d’après-guerre, en agissant exclusivement par ses propres moyens, il a développé une expertise pratique significative qu’il peut partager avec Gaza. Il pourrait également participer à certains projets d’investissement - dans des limites raisonnables, bien entendu.
L’Azerbaïdjan fournit actuellement une aide humanitaire à l’Ukraine, qui lutte pour son intégrité territoriale. Par l’intermédiaire des institutions des Nations unies et sur une base bilatérale, le pays a également apporté à plusieurs reprises une aide humanitaire à la Palestine. Nul ne peut donc prétendre que Bakou ignore les difficultés du peuple palestinien.
Bakou n’ignore personne. Mais pour le président de l’Azerbaïdjan, les intérêts de l’Azerbaïdjan et du peuple azerbaïdjanais passeront toujours en premier. C’est une règle de fer.