Le visage de Bakou s’est façonné au fil des siècles, intégrant des édifices de différentes époques - des constructions médiévales aux maisons d’habitation du début du XXᵉ siècle, jusqu’aux développements contemporains. Cette superposition de strates historiques a donné naissance à un environnement urbain unique, où chaque bâtiment reflète l’esprit de son temps et les faveurs architecturales de son époque.
Au sein de ce paysage urbain aux multiples couches, Icherisheher -le cœur historique de la ville - occupe une place à part. Réputé pour son architecture singulière et son atmosphère incomparable, ce quartier offre l’expression la plus évidente de la continuité des formes et des traditions architecturales. La Maison de Vahab Manafov constitue un exemple emblématique de l’architecture résidentielle de son époque et représente une composante essentielle du patrimoine architectural de Bakou.
Nichée dans les ruelles étroites d’Icherisheher, la Maison de Vahab Manafov illustre avec éloquence l’architecture résidentielle de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle, conjuguant les traditions locales de construction et des éléments décoratifs d’inspiration européenne. Sa façade est réalisée en pierre calcaire de Bakou soigneusement taillée, réputée pour sa plasticité et sa durabilité. La maçonnerie souligne la monumentalité de l’édifice, tandis que les détails ornementaux lui confèrent une véritable expressivité artistique.
La partie centrale de la façade est mise en valeur par une imposante porte en bois ornée de profondes sculptures. Le système décoratif repose sur la répétition de motifs végétaux géométrisés, témoignant de l’influence des traditions ornementales orientales. Au-dessus des fenêtres du deuxième étage, un bas-relief expressif représente deux lions se faisant face, séparés par un élément floral stylisé.
Une telle iconographie demeure rare dans l’architecture urbaine de Bakou et revêt vraisemblablement une signification symbolique : les lions incarnent traditionnellement la force d’une famille, la protection du foyer ou encore le statut social de son propriétaire. Autre élément marquant de la composition sculpturale de la façade, les volumes de balcons en saillie, réalisés en bois selon la technique du shushaband vitré. L’ensemble de la composition illustre une synthèse entre traditions locales et motifs empruntés, reflet de l’époque du boom pétrolier, lorsque se dessinait à Bakou une nouvelle esthétique urbaine.
La Maison de Vahab Manafov constitue ainsi un exemple éloquent de l’architecture comme vecteur de mémoire culturelle. Elle montre comment les techniques de construction locales s’harmonisent avec des emprunts décoratifs aux styles européens, donnant naissance à une synthèse artistique originale. De tels monuments permettent de retracer les transformations historiques et culturelles de la ville, en captant l’esprit de l’ère pétrolière et les ambitions de l’élite urbaine. Ils contribuent à façonner l’image globale du Bakou historique et à créer l’atmosphère singulière de la vieille ville, où chaque bâtiment raconte sa propre histoire. Ces maisons ne sont pas de simples objets architecturaux, mais de véritables symboles de l’identité culturelle et de la continuité historique de la capitale.