LE PARTENARIAT AZERBAÏDJAN-OUZBÉKISTAN POURRAIT DEVENIR L’ÉPINE DORSALE DE LA CONNECTIVITÉ DU MONDE TURCIQUE

Analyses
6 Septembre 2026 16:16
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LE PARTENARIAT AZERBAÏDJAN-OUZBÉKISTAN POURRAIT DEVENIR L’ÉPINE DORSALE DE LA CONNECTIVITÉ DU MONDE TURCIQUE

La visite du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev en Ouzbékistan a marqué une nouvelle étape dans le rapprochement rapide entre Bakou et Tachkent. Les relations entre les deux pays se sont développées au-delà de l’agenda politique et social traditionnel, la coopération économique, les investissements, les partenariats industriels et la connectivité des transports prenant une importance croissante.

L’attention ne se limite désormais plus à l’augmentation des échanges commerciaux bilatéraux. L’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan étudient de plus en plus les possibilités de mettre en place des chaînes de production susceptibles de relier l’Asie centrale à la mer Caspienne, à la Turquie et aux marchés européens. Cette évolution confère au partenariat bilatéral une dimension stratégique plus large. L’Ouzbékistan, avec son vaste marché intérieur et son potentiel industriel, peut renforcer son accès aux marchés occidentaux, tandis que l’Azerbaïdjan peut consolider davantage son rôle de plaque tournante essentielle du transit et de la logistique entre l’Asie centrale et l’Europe.

L’analyste Emre Diner, dans un commentaire publié par AzerNEWS, a déclaré que la visite du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev en Ouzbékistan devait être interprétée comme le signe que le monde turcique dépasse désormais les discours sur l’unité culturelle et commence à émerger comme un centre de pouvoir économique et géopolitique.

« L’Azerbaïdjan n’est pas simplement un pays frère dans cette équation. Bakou constitue également un pont stratégique reliant l’Asie centrale à la Turquie et à l’Europe », a souligné Diner.

Il a insisté sur le fait que l’Ouzbékistan renforce le flanc oriental du monde turcique grâce à sa population, à ses capacités de production et à son influence politique en Asie centrale.

Selon l’expert, l’accent mis par les deux pays sur le commerce, les investissements, la logistique et les transports transcaspiens vise à contribuer à l’institutionnalisation de l’Organisation des États turciques à travers des projets concrets.

Diner a souligné que le développement du Corridor médian, l’expansion du commerce bilatéral et la mise en œuvre de projets économiques conjoints figuraient parmi les principaux sujets abordés lors des réunions.

Il a insisté sur la portée stratégique plus large de la visite du président Aliyev à Tachkent, affirmant que le rapprochement entre Bakou et Tachkent transformait la mer Caspienne, d’une séparation géographique en une voie de connectivité commune pour le monde turcique.

« Le passage d’un partenariat stratégique à une alliance, renforcé par le concept « d’amitié éternelle », représente une transformation qualitative des relations entre l’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan. Il démontre que la coopération entre les deux pays n’est plus limitée à l’évolution des intérêts économiques ou aux priorités politiques à court terme. Leurs relations sont en train d’être institutionnalisées comme un engagement stratégique à long terme », a déclaré Diner.

Il a ajouté que cette évolution comportait trois dimensions importantes : la confiance politique entre les deux dirigeants, une coordination accrue entre les institutions étatiques et l’élargissement de la coopération à la défense, à l’énergie, aux transports, aux investissements, à l’éducation et à la culture.

Diner a souligné que le concept d’« amitié éternelle » assurait également une continuité au-delà des mandats des présidents actuels.

« L’objectif est de transformer les relations étroites entre le président Ilham Aliyev et le président Shavkat Mirziyoyev en un partenariat durable entre les deux États et leurs peuples », a-t-il précisé.

L’expert en politique étrangère a souligné que la véritable importance de la nouvelle alliance dépendra de sa capacité à créer des institutions permanentes, des investissements conjoints et des résultats économiques mesurables.

« Il convient également de souligner que le dernier sommet a accordé une attention particulière à la traduction de chaque dimension de l’alliance en résultats concrets », a ajouté Diner.

Selon l’analyste, la visite du président Aliyev ne doit pas être considérée comme une simple rencontre symbolique entre deux pays frères, mais comme une étape importante dans la recherche, par le monde turcique, d’une souveraineté économique et d’une connectivité stratégique.

« Si cet axe émergent parvient à atteindre ses principaux objectifs, le monde turcique ne sera plus un acteur cherchant sa place au sein d’un ordre établi par d’autres. Il pourrait au contraire commencer à façonner l’ordre émergent en Eurasie. La visite du président Aliyev doit donc être interprétée comme une étape majeure vers cette transformation », a-t-il déclaré.

Il a également souligné que la coordination entre Bakou et Tachkent pouvait considérablement renforcer l’influence diplomatique des deux pays.

« Au sein de l’Organisation des États turciques, l’Azerbaïdjan fournit la connexion stratégique s’étendant vers la Turquie et l’Europe, tandis que l’Ouzbékistan représente l’un des principaux centres démographiques, économiques et politiques d’Asie centrale », a relevé l’analyste.

Diner a déclaré qu’une action conjointe de Bakou et de Tachkent pourrait aider l’Organisation des États turciques à dépasser son identité d’organisation essentiellement culturelle et à évoluer vers une plateforme efficace de coopération dans les domaines des transports, de l’énergie, du commerce, de la sécurité et de la politique étrangère.

« Une coordination plus étroite au sein des Nations unies pourrait également permettre aux deux pays d’élaborer des positions communes sur la souveraineté, l’intégrité territoriale, le développement durable, la diplomatie climatique, la connectivité régionale et la réforme des institutions internationales. Cette coopération permettrait aux États turciques de faire entendre une voix plus forte et plus unifiée sur les plateformes internationales, plutôt que d’agir comme des acteurs séparés. Une telle coordination ne doit pas être interprétée comme une tentative de créer un nouveau bloc contre d’autres puissances. Il serait plus juste de considérer ce processus comme un effort visant à renforcer l’autonomie stratégique et la capacité de négociation du monde turcique au sein d’un système international de plus en plus multipolaire », a-t-il souligné.

Diner a en outre fait remarquer que le partenariat croissant entre l’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan pouvait créer l’un des principaux ponts reliant l’Asie centrale au Caucase du Sud.

« L’Ouzbékistan peut atteindre le Caucase du Sud, la Turquie et l’Europe par l’intermédiaire du Corridor médian transcaspien, tandis que l’Azerbaïdjan peut étendre sa présence économique et politique plus profondément en Asie centrale », a souligné Diner.

Il a insisté sur le fait que la coopération dans les ports, les chemins de fer, les procédures douanières, les systèmes de documentation numérique, les centres logistiques, les réseaux de transport d’énergie et les projets industriels communs pourrait transformer cette connexion géographique en une véritable intégration économique.

Diner a ajouté que la participation de l’Azerbaïdjan aux mécanismes consultatifs des États d’Asie centrale renforçait encore son rôle de lien entre les deux régions.

Il a noté qu’à plus long terme, ce réseau de transport et de commerce pourrait s’étendre vers le Pakistan grâce aux corridors nord-sud et éventuellement compléter le Corridor économique Chine-Pakistan, ou CPEC.

Il a toutefois souligné qu’une telle expansion dépendrait du développement des infrastructures, de l’harmonisation des systèmes douaniers, de l’accès au financement et, surtout, de la sécurité et de la stabilité le long des itinéraires concernés.

« Le partenariat Azerbaïdjan-Ouzbékistan ne devrait donc pas être considéré uniquement dans le cadre des relations bilatérales. Il pourrait devenir l’axe central d’une architecture de connectivité plus vaste reliant l’Asie centrale, la mer Caspienne, le Caucase du Sud, la Turquie et l’Europe - et potentiellement le Pakistan à l’avenir », a ajouté Emre Diner.

En définitive, Bakou et Tachkent ne se contentent pas de renforcer leurs relations bilatérales : ils construisent l’épine dorsale politique et économique d’un monde turcique plus connecté et plus influent.

La visite à Tachkent indique que les États turciques commencent à créer une sphère d’action indépendante en renforçant leur connectivité mutuelle, plutôt que d’être contraints de choisir entre les grandes puissances.

Par Ulviyya Poladova