Les grandes raffineries de pétrole du Kazakhstan n’ont pas utilisé les quotas qui leur avaient été attribués pour livrer de l’essence à la Russie, ont indiqué à Reuters quatre sources du secteur.
Selon ces sources, le ministère kazakh de l’Énergie avait autorisé en juillet l’envoi sur le marché russe de 17 500 tonnes d’essence AI-92 produites par la raffinerie de Pavlodar, la deuxième plus importante du pays, avec une capacité de 5,5 millions de tonnes par an. Un quota similaire a été accordé en août à la raffinerie d’Atyraou, dont la capacité est également de 5,5 millions de tonnes par an.
Malgré cela, les propriétaires des produits pétroliers ne prévoient pas d’exporter l’essence, selon les sources de Reuters. Ils invoquent notamment les difficultés liées aux paiements par l’intermédiaire des banques russes ainsi que le risque de faire l’objet de sanctions occidentales. « Personne ne veut être sanctionné », a déclaré l’une des sources à l’agence.
Par ailleurs, les volumes de carburant disponibles sur le marché intérieur kazakh sont actuellement insuffisants, soulignent les sources de Reuters : la demande est élevée en raison de la saison, tandis que les pays voisins connaissent eux aussi une pénurie, à la suite de celle observée en Russie.
La seule raffinerie kazakhe ayant accepté de fournir de l’essence à la Russie est la petite raffinerie « Kondensat », d’une capacité de 850 000 tonnes par an. En août, elle a reçu par voie ferrée un premier lot de pétrole russe de 4 100 tonnes. Auparavant, elle achetait notamment du naphta à Tatneft. En juillet, la raffinerie avait envoyé 9 000 tonnes d’essence en Russie.
L’essence produite par la raffinerie d’Atyraou est trop chère pour les importateurs russes, indiquent les sources de Reuters : elle coûte 1 100 à 1 200 dollars la tonne d’AI-92, soit environ 101 300 roubles. Ce prix est supérieur de 43 % au cours actuel à la Bourse de Saint-Pétersbourg - 70 828 roubles la tonne.
La production intérieure d’essence en Russie ne couvre actuellement que les deux tiers de la demande, estime Dmitri Prokofiev, directeur des communications externes de NEFT Research. Depuis le début de l’année, des drones ukrainiens ont attaqué les raffineries russes plus de 70 fois. Début août, au moins 18 raffineries étaient complètement à l’arrêt ou fonctionnaient à capacité réduite, et au cours des quatre dernières semaines, cinq autres raffineries ont totalement interrompu leur production de carburant.
Selon les estimations de Rystad Energy, les volumes de raffinage en Russie sont actuellement environ 30 % inférieurs à la normale saisonnière, soit autour de 4 millions de barils par jour. En septembre, les compagnies pétrolières ne seront pas en mesure de résorber la pénurie grâce à leur propre production : dans le scénario le plus optimiste, la production de carburant n’augmentera que de 10 à 15 %, ont indiqué des sources du secteur au journal Kommersant.