LA CASPIENNE : UNE PÉRIPHÉRIE DES CONFLITS ACTUELS , MAIS AU CENTRE DE L’ATTENTION ET UN ANGLE MORT DES PUISSANCES OCCIDENTALES

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28 Août 2026 13:21
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LA CASPIENNE : UNE PÉRIPHÉRIE DES CONFLITS ACTUELS , MAIS AU CENTRE DE L’ATTENTION ET UN ANGLE MORT DES PUISSANCES OCCIDENTALES

La mer Caspienne fait depuis quelque temps l’objet d’une attention internationale soutenue en raison du transport, par cette voie maritime, de cargaisons militaires entre la Russie et l’Iran, ainsi que des répercussions périodiques de la guerre en Ukraine. Les États-Unis et Israël, ainsi que les milieux occidentaux, sont particulièrement préoccupés par le fait que la mer Caspienne devienne la principale voie d’acheminement de cargaisons militaires entre la Russie et l’Iran, sans aucun contrôle international.

Les États-Unis, Israël et l’Occident s’inquiètent du fait que la Caspienne devienne la principale voie de transport de cargaisons militaires entre la Russie et l’Iran, sans aucun contrôle international.

Récemment, la presse occidentale a publié une enquête sur le déplacement, en mer Caspienne, de navires chargés d’explosifs entre la Russie et l’Iran. Selon ces publications, dans la partie nord de la mer Caspienne, le port russe d’Olia est devenu la principale plaque tournante de transit de Moscou pour l’importation de composants iraniens destinés aux drones et aux munitions.

Par ailleurs, selon un document d’un gouvernement européen cité par NBC News le 18 août, la Russie aurait lancé une vaste opération logistique visant à acheminer des explosifs, des munitions et des composants essentiels pour les drones à travers la mer Caspienne jusqu’en République islamique d’Iran. Ce transport maritime stratégique vise à aider Téhéran à reconstituer rapidement ses stocks de missiles et de drones après les frappes dévastatrices menées par les États-Unis et Israël.

Le Jerusalem Center for Foreign and Security Affairs (JCFA), un centre d’analyse israélien indépendant, montre dans une vaste étude que les autres États riverains - l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan - observent avec une inquiétude croissante la militarisation de la mer Caspienne.

« Cette voie maritime d’approvisionnement en armes, qui se développe rapidement, constitue une évolution profonde du partenariat militaire entre Moscou et Téhéran. Alors que l’attention du monde s’est largement concentrée sur la mer Noire, la mer Rouge et le détroit d’Ormuz, la mer Caspienne est discrètement devenue une artère centrale de l’axe anti-occidental. Protégée de l’influence de l’OTAN et de la marine américaine, la mer Caspienne offre un corridor sécurisé pour les cargaisons militaires illégales », souligne le rapport d’analyse.

Le centre d’analyse israélien souligne que le fait que la mer Caspienne soit entièrement enclavée constitue un avantage stratégique important pour la Russie et l’Iran. Les forces navales occidentales ne peuvent pas entrer dans la mer Caspienne. Il n’existe pas de goulets d’étranglement contrôlés par des alliés des États-Unis, ni de détroits internationaux où le droit de passage en transit permettrait de déployer des forces opérationnelles multinationales chargées d’intercepter les navires. Les bâtiments peuvent quitter des ports russes tels qu’Astrakhan ou Makhatchkala et naviguer directement vers des ports iraniens comme Anzali, Amirabad ou Nowshahr, sans traverser d’eaux internationales contrôlées par des navires de renseignement occidentaux.

En 2018, les cinq États riverains ont signé la Convention sur le statut juridique de la mer Caspienne, qui a de fait transformé celle-ci en une zone fermée aux opérations navales des puissances extérieures à la région, indique le rapport du JCFA.

Selon le JCFA, le transport maritime d’armes entre deux États souverains est normalement régi par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM/UNCLOS), qui constitue la base du droit maritime international. Cependant, la mer Caspienne occupe une place unique et très controversée dans la jurisprudence internationale. Pendant des décennies, son statut juridique a fait l’objet de vifs débats : s’agit-il d’une « mer » ou d’un « lac » ? Si elle était considérée comme une mer, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer s’appliquerait pleinement et imposerait la délimitation des eaux territoriales, des zones économiques exclusives (ZEE) et de la haute mer. Si elle était considérée comme un lac, le droit international prévoirait traditionnellement une répartition équitable de ses ressources entre les États riverains, ou leur gestion dans le cadre d’une administration commune.

En 2018, les cinq États riverains ont signé la Convention sur le statut juridique de la mer Caspienne. Ce traité a instauré un régime juridique particulier. La Convention interdit expressément la présence, dans la mer Caspienne, de forces armées d’États qui ne sont pas riverains.

« La Convention de 2018 a de fait transformé la mer Caspienne en une zone fermée aux opérations navales des États non riverains. Par conséquent, les instruments juridiques habituellement utilisés par la communauté internationale pour faire respecter les embargos sur les livraisons d’armes sont neutralisés par les particularités juridiques de la mer Caspienne », indique le rapport.

Le JCFA souligne qu’en raison des sanctions, les compagnies d’assurance occidentales n’assurent pas les navires russes et iraniens qui naviguent en mer Caspienne. Ces navires ont désormais recours aux mécanismes des compagnies d’assurance publiques russes et iraniennes.

« Si un accident majeur entraînait la fermeture des ports de Bakou ou d’Aktaou, ou si un navire clandestin entrait en collision avec un pétrolier commercial, les conséquences économiques pour l’Asie centrale seraient catastrophiques », écrit Ella Rosenberg.

L’auteure du rapport, chercheuse principale au JCFA, Ella Rosenberg, rappelle que pour le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan, la mer Caspienne constitue un maillon essentiel du corridor médian (ou Route internationale de transport transcaspienne). Les voies commerciales traditionnelles du nord étant bloquées par les sanctions occidentales contre la Russie, les pays d’Asie centrale cherchent désespérément à exporter leurs ressources énergétiques, leurs minerais et leurs produits agricoles via la mer Caspienne jusqu’en Azerbaïdjan, puis à travers la Géorgie et la Turquie vers l’Europe.

Le corridor d’acheminement d’armes russo-iranien traverse perpendiculairement cette artère économique est-ouest. L’augmentation du nombre de navires clandestins, de bâtiments de transport militaire et le risque inhérent d’accidents catastrophiques impliquant des navires transportant des munitions menacent la viabilité commerciale du corridor médian. Les entreprises logistiques occidentales et leurs assureurs sont de plus en plus réticents à transporter des marchandises de grande valeur sur cette voie maritime, qui se transforme rapidement en un centre actif de logistique militaire.

« Si un accident majeur entraînait la fermeture des ports de Bakou ou d’Aktaou, ou si un navire clandestin entrait en collision avec un pétrolier commercial, les conséquences économiques pour l’Asie centrale seraient catastrophiques », écrit-elle.

Selon Rosenberg, afin de réduire le risque que la mer Caspienne se transforme en une véritable « boîte noire », les agences de renseignement occidentales devraient renforcer leur coopération avec l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan. En fournissant à ces pays des technologies avancées de connaissance de la situation maritime (MDA), telles que des radars satellitaires à synthèse d’ouverture (SAR) et des moyens de renseignement d’origine électromagnétique (SIGINT), l’Occident pourrait au moins suivre les mouvements de la flotte fantôme.