LA B.E.R.D. ET LE TADJIKISTAN: COMMENT LES INVESTISSEMENTS INTERNATIONAUX TRANSFORMENT LES INFRASTRUCTURES DU PAYS

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11 Juin 2026 17:55
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LA B.E.R.D. ET LE TADJIKISTAN: COMMENT LES INVESTISSEMENTS INTERNATIONAUX TRANSFORMENT LES INFRASTRUCTURES DU PAYS

Le vice-président chargé des politiques et des partenariats à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), Mark Bowman, a effectué une visite au Tadjikistan du 25 au 28 mai. Au cours de ce déplacement, il devait s’entretenir avec le Premier ministre du pays, les dirigeants de la Banque nationale ainsi qu’avec les ministres des Finances, de l’Énergie et de l’Industrie. Il a participé également à une conférence internationale de haut niveau organisée dans le cadre de la Décennie d’action des Nations unies pour l’eau 2018-2028.

Outre Douchanbé, la délégation de la BERD se rendra à Khodjent afin d’évaluer la mise en œuvre des projets financés par l’institution. À ce jour, les investissements cumulés de la BERD au Tadjikistan dépassent un milliard d’euros, répartis sur 192 projets.

La visite de Mark Bowman s’inscrit dans un processus beaucoup plus large : l’approfondissement progressif de la coopération entre la BERD et le Tadjikistan. Ces dernières années, ce partenariat a dépassé le cadre d’un financement ponctuel d’infrastructures. Une véritable stratégie d’engagement à long terme est en train d’émerger, dans laquelle l’énergie, les ressources hydriques, la modernisation des réseaux et la résilience climatique sont de plus en plus envisagées comme les composantes d’un même ensemble cohérent.

Il est significatif que les questions liées à l’énergie et à la gestion de l’eau occupent une place centrale dans l’agenda des discussions. Pour le Tadjikistan, il s’agit d’un enjeu systémique. Le pays dispose de l’un des plus importants potentiels hydroélectriques de la région, tout en étant confronté à des infrastructures vieillissantes, à d’importantes pertes d’électricité et à la nécessité d’une modernisation à grande échelle de son réseau énergétique.

Dans ce contexte, les négociations entre le ministère tadjik de l’Énergie et des Ressources hydriques et la BERD se sont intensifiées ces derniers mois. Lors des entretiens entre le ministre Daler Juma et le directeur de la BERD au Tadjikistan, Holger Wiefel, les parties ont évoqué la mobilisation de financements concessionnels destinés à réduire les pertes d’électricité, le développement des capacités de production solaire ainsi que la construction de centrales hydroélectriques dans le bassin de la rivière Zeravchan. Une attention particulière a également été portée aux mécanismes permettant d’attirer des investisseurs privés dans le secteur énergétique.

L’architecture financière de cette coopération devient, elle aussi, de plus en plus sophistiquée. La récente décision d’allouer 49,6 millions d’euros au Tadjikistan pour des projets visant à réduire les pertes d’électricité dans les régions de Soghd et de Khatlon illustre l’évolution vers des mécanismes de soutien combinés. Sur ce montant, 28 millions d’euros seront accordés sous la forme d’un prêt à vingt ans, assorti d’un taux d’intérêt de 0,5 % auquel s’ajoute l’Euribor, tandis que le reste sera versé sous forme de subvention. De tels dispositifs permettent aux institutions financières internationales de soutenir la modernisation des infrastructures tout en limitant l’alourdissement de la dette nationale.

Le portefeuille actuel de la BERD au Tadjikistan est estimé à environ 509 millions d’euros et comprend 73 projets. Plus important encore, la banque élargit progressivement son champ d’action au-delà des infrastructures publiques en cherchant à encourager davantage la participation du secteur privé. Bien que celui-ci ne représente actuellement qu’environ 11 % du portefeuille, l’accent mis sur cette dimension témoigne d’une évolution de l’approche des institutions financières internationales à l’égard de l’économie du pays.

À l’échelle régionale, le renforcement des relations entre Douchanbé et la BERD s’inscrit dans un contexte de transformations plus larges en Asie centrale. Les institutions financières internationales considèrent de plus en plus la région comme une plateforme prometteuse pour les projets liés à la transition énergétique, à la sécurité hydrique et à la connectivité des transports. Dans cette perspective, le Tadjikistan, grâce à ses abondantes ressources en eau et à son potentiel énergétique, dispose d’une opportunité de consolider son rôle au sein de l’architecture régionale émergente des infrastructures.

À l’avenir, les relations entre la BERD et le Tadjikistan pourraient évoluer selon plusieurs scénarios. Le premier prévoit une accélération du développement des projets énergétiques et d’infrastructures, avec une implication accrue des capitaux privés internationaux et un essor des énergies renouvelables. Un second scénario consisterait à maintenir le modèle actuel, centré principalement sur la modernisation des réseaux existants et l’amélioration de l’efficacité du système électrique.

Une autre possibilité réside dans l’extension progressive de la coopération à des domaines dépassant le seul secteur énergétique, notamment la gestion des ressources en eau, la modernisation industrielle et les infrastructures de transport régionales. Dans tous les cas, l’évolution future dépendra à la fois de la politique économique intérieure du Tadjikistan et des stratégies d’investissement plus larges adoptées par les institutions financières internationales en Asie centrale.