Le forum international « White City Ashgabat - 2026 », organisé les 24 et 25 mai, s’est imposé comme une importante plateforme sectorielle consacrée à la construction et aux infrastructures urbaines. C’est dans ce cadre que le Turkménistan a présenté le concept « Ashgabat-2045 », qui prévoit la transformation à long terme de la capitale en une ville intelligente moderne dotée d’infrastructures numériques, écologiques et connectées.
Ce projet revêt une importance particulière dans la mesure où Achgabat concentre aujourd’hui une part considérable de l’activité économique du pays. Selon le ministre turkmène des Finances et de l’Économie, Mammethguly Astangulov, la capitale génère plus de 27 % du PIB national, englobant l’industrie, la construction, les transports, les communications, les institutions financières ainsi que les réseaux de commerce de détail.
Par ailleurs, d’après les résultats officiels du recensement, près de 14,6 % de la population du Turkménistan réside à Achgabat. La ville constitue ainsi le principal centre de gouvernance administrative, de services financiers, d’infrastructures et de population active sur le plan économique. Il est donc logique que la transformation numérique du pays débute par sa capitale.
À bien des égards, le concept « Ashgabat-2045 » reflète une stratégie plus large visant à faire évoluer le Turkménistan vers de nouveaux modèles de développement économique. Ces dernières années, la transition vers une économie numérique est devenue une priorité croissante. Comme l’avait précédemment souligné Trend dans son article « Le Turkménistan mise sur l’IA, la 5G et Musk : les dynamiques régionales imposent une accélération », l’un des principaux moteurs de cette numérisation réside dans les évolutions observées en Asie centrale, qui exigent une action coordonnée des cinq pays de la région.
À titre d’exemple, le développement des corridors de transport internationaux traversant l’Asie centrale nécessite la suppression des goulets d’étranglement qui freinent leur efficacité. Ceux-ci concernent souvent les procédures douanières liées au traitement des marchandises aux frontières fragmentées de la région, ainsi que certaines inefficacités dans la distribution logistique et l’entreposage. L’unification des bases de données, l’accélération des échanges d’informations et la création d’une plateforme numérique de suivi des flux logistiques et des processus commerciaux pourraient considérablement améliorer la situation.
Dans ce contexte, le concept de ville intelligente dépasse largement le simple cadre du développement urbain. Aujourd’hui, une « smart city » constitue en réalité une plateforme numérique unifiée intégrant les transports, les services publics, l’énergie, les communications, les services urbains, les systèmes de surveillance et certains éléments de l’administration publique.
À long terme, une telle infrastructure pourrait servir de fondement à un système plus vaste de gestion numérique de l’économie. Étant donné qu’Achgabat concentre les institutions gouvernementales, le secteur financier et la coordination d’une part importante de l’activité industrielle, la capitale pourrait devenir un véritable laboratoire pour tester les mécanismes numériques de suivi des processus économiques.
Cela pourrait inclure la mise en place de systèmes de suivi des indicateurs clés de performance sectoriels (KPI), le contrôle de la productivité des entreprises, l’analyse de la consommation des ressources, l’automatisation des rapports et l’intégration de différents acteurs économiques au sein d’un même écosystème numérique. Si ces mécanismes sont validés à Achgabat, ils pourraient ensuite être déployés dans les autres régions du Turkménistan.
Cette évolution est particulièrement importante pour l’industrie, l’un des piliers de l’économie nationale. Le pays s’attache déjà à moderniser ses capacités de production, à développer la transformation locale des matières premières et à renforcer les infrastructures du secteur de la construction. Dans une intervention prononcée en 2025, Mammethguly Astangulov soulignait notamment le rôle majeur joué par la production d’électricité, l’industrie des matériaux de construction ainsi que les secteurs du textile et de l’agroalimentaire dans l’économie de la capitale.
Parallèlement, le concept de ville intelligente ne profite pas uniquement à l’État ou à l’économie : il apporte également des avantages directs à la population. L’expérience internationale montre que le déploiement de systèmes intelligents de gestion urbaine s’accompagne généralement d’une amélioration tangible de la qualité de vie.
À Singapour, la numérisation des services publics et la gestion intelligente des transports ont permis de réduire les lourdeurs administratives et d’accroître l’efficacité des infrastructures urbaines. À Dubaï, l’initiative Smart Dubai a favorisé une transformation numérique de grande ampleur des services gouvernementaux tout en accélérant les interactions entre les entreprises et l’administration. En Corée du Sud, Songdo est devenue l’un des exemples les plus emblématiques d’intégration des infrastructures fondées sur l’Internet des objets (IoT), avec une gestion automatisée des services publics et des systèmes intelligents de traitement des déchets.
À mesure que le concept de ville intelligente gagne en importance, les organisations internationales considèrent de plus en plus la numérisation urbaine comme un levier d’amélioration de la qualité de vie, de l’efficacité de la gouvernance et de la résilience économique. Le Forum économique mondial souligne que les « villes intelligentes » modernes ne doivent pas seulement se concentrer sur les technologies, mais également sur l’amélioration du cadre de vie, la participation citoyenne et le renforcement des relations entre l’État et la société.
De leur côté, la Banque mondiale et ONU-Habitat estiment que les infrastructures numériques, les systèmes de données et les technologies intelligentes peuvent accroître l’efficacité économique des villes, améliorer l’accès aux services, réduire les inégalités et créer de nouvelles opportunités de développement. Une attention particulière est accordée au développement des compétences numériques, à l’intégration des services et à l’utilisation des technologies pour optimiser la gouvernance urbaine et la gestion des ressources.
Concrètement, les villes intelligentes permettent généralement d’obtenir plusieurs résultats : une gestion plus efficace des transports, une réduction des délais de prestation des services publics, un allègement de la pression sur les réseaux urbains, une meilleure maîtrise de la consommation énergétique, une amélioration des conditions environnementales et, plus globalement, une gouvernance urbaine plus performante.
Pour Achgabat, cette modernisation revêt une importance particulière en raison des contraintes climatiques. Dans un contexte de fortes températures et de sollicitation élevée des systèmes énergétiques, les questions d’efficacité énergétique, d’approvisionnement en eau et d’utilisation rationnelle des ressources ne relèvent plus seulement de la technologie, mais constituent de véritables impératifs économiques.
Les priorités environnementales occupent également une place centrale dans cette vision. Elles s’inscrivent dans la logique générale d’« Ashgabat-2045 », où la ville intelligente, l’économie verte et l’économie circulaire sont progressivement intégrées dans un modèle unique de développement à long terme.
L’ampleur du projet implique toutefois des défis importants. Sa mise en œuvre nécessitera des investissements considérables, la formation d’une main-d’œuvre qualifiée et le développement continu des infrastructures numériques. Les questions liées à l’intégration des systèmes, à la dépendance vis-à-vis des technologies étrangères et aux délais de réalisation demeureront également des facteurs déterminants.
Malgré ces défis, la logique globale du projet apparaît déjà clairement. Le Turkménistan cherche à faire d’Achgabat un projet urbain moderne et une plateforme destinée à accompagner la transformation technologique progressive de l’économie nationale. Compte tenu du fait que la capitale produit déjà plus d’un quart du PIB du pays et concentre une part significative de ses systèmes financiers, administratifs et infrastructurels, elle pourrait devenir le principal terrain d’expérimentation de la future numérisation à l’échelle nationale.