FORUM D'ACHGHABAD: LA CHINE A DES PROJETS TRES AMBITIEUX AU TURKMENISTAN

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6 Mai 2026 17:43
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FORUM D'ACHGHABAD: LA CHINE A DES PROJETS TRES AMBITIEUX AU TURKMENISTAN

Le forum d’affaires turkméno-chinois, tenu à Achgabat du 28 au 30 avril, s’est distingué moins par le volume de contrats signés que par l’ampleur des propositions concrètes présentées par les entreprises chinoises entrant sur le marché turkmène. Si une liste exhaustive des accords commerciaux n’a pas encore été publiée, la teneur des discussions et les initiatives annoncées dessinent déjà les contours de la future architecture de la coopération économique.

La délégation chinoise comptait plus de 200 entreprises, présentes au forum ainsi qu’à l’exposition organisée en parallèle à Achgabat. Celle-ci réunissait plus de 70 stands couvrant des secteurs tels que la construction, les technologies agricoles, les télécommunications et les équipements industriels. Au total, l’événement a rassemblé plus de 400 participants, dont 48 intervenants. La coordination de la participation chinoise a été assurée par la China Overseas Development Association (CODA), qui, aux côtés des institutions turkmènes, figurait parmi les principaux organisateurs.

Selon le président de la CODA, He Zhenwei, les investisseurs chinois ont identifié trois axes prioritaires au Turkménistan. Dans le domaine de l’énergie verte, la coopération devrait se concentrer sur l’application du savoir-faire chinois dans la construction de centrales solaires. En agriculture, l’accent sera mis sur le transfert de technologies avancées, tandis que le secteur de la chimie du gaz est considéré comme stratégique, avec pour objectif de passer de l’exportation de matières premières à la transformation du gaz et à la production de biens à plus forte valeur ajoutée.

Il a également souligné que ce forum marque un passage des déclarations d’intention à la mise en œuvre concrète, soutenue par un environnement bilatéral favorable.

Parmi les initiatives évoquées figure notamment un projet de centrale solaire d’une capacité estimée à environ 300 MW. Cette proposition, examinée avec des représentants du secteur énergétique turkmène, a été soumise à l’appréciation des autorités compétentes.

Dans le même temps, des groupes chinois de l’énergie et de l’industrie, dont Shaanxi Yulin Energy Group, ont manifesté leur intérêt pour un portefeuille de projets plus large, allant des énergies renouvelables à l’approvisionnement en charbon. La présence de ce dernier volet, aux côtés des initiatives bas carbone, illustre une approche multidirectionnelle des entreprises chinoises, offrant au Turkménistan un éventail élargi d’options de coopération énergétique.

Sur le plan industriel, les discussions ont porté sur la création de capacités de production sur le territoire turkmène. Des représentants de Shaanxi Yulin Energy Group ont proposé des projets visant à localiser la production de biens à plus forte valeur ajoutée, notamment dans les matériaux chimiques et les produits composites. La fabrication de polycarbonate et d’alliages de magnésium a notamment été évoquée, traduisant une volonté de dépasser un modèle fondé sur les matières premières.

Une part importante des propositions concernait le secteur pétrolier et gazier, pilier des relations bilatérales. Le vice-président du groupe public Turkmengaz, Myrat Archayev, a directement appelé les entreprises chinoises à s’impliquer davantage dans les appels d’offres internationaux, notamment pour la fourniture d’équipements, la mise en place de systèmes numériques de gestion de la production et la modernisation des infrastructures. Cela concerne aussi bien des projets en cours, comme le développement du gisement de Galkynysh, que l’introduction progressive de solutions numériques dans l’industrie gazière, ouvrant ainsi un accès accru au segment technologique turkmène.

L’élargissement de l’agenda à la numérisation et aux hautes technologies a également retenu l’attention. La partie chinoise a proposé de participer à des projets liés aux infrastructures informatiques et à l’innovation, en complément des accords intergouvernementaux déjà signés, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la coopération scientifique et technique pour la période 2026-2028. Autant d’éléments qui témoignent d’une montée en concrétisation de l’agenda technologique.

De son côté, le Turkménistan a clairement défini ses priorités : au-delà de l’énergie, celles-ci incluent le développement des sources renouvelables, la modernisation industrielle, la création de coentreprises et l’élargissement du potentiel d’exportation. Un signal fort a été donné par le vice-ministre de l’Énergie, Serdar Saparov, qui a désigné la Chine comme partenaire prioritaire pour les projets liés aux énergies renouvelables.

Dans l’ensemble, les résultats du forum traduisent moins l’apparition de nouveaux accords déclaratifs que la consolidation d’une tendance déjà engagée : l’élargissement de la coopération bilatérale au-delà du cadre énergétique traditionnel. Si le secteur gazier demeure la base des relations économiques, l’agenda évolue progressivement vers un modèle plus complexe et multidimensionnel, intégrant coopération industrielle, infrastructures de transport, technologies numériques et énergie « verte ».

La nature des discussions et des initiatives présentées reflète ainsi une complexification progressive du partenariat, où l’énergie cesse d’être l’unique élément structurant. Un cadre d’interaction plus large se dessine : le Turkménistan cherche à diversifier son économie grâce aux investissements et aux technologies chinoises, tandis que la Chine entend renforcer sa présence dans les secteurs clés du pays et accroître son rôle dans les chaînes logistiques et industrielles régionales.

Dans ce contexte, le forum apparaît comme une nouvelle étape dans l’approfondissement institutionnel des relations entre Achgabat et Pékin. L’accent se déplace progressivement d’un échange fondé sur les ressources vers un modèle de partenariat économique plus global, intégrant développement industriel et coopération technologique, sans rupture avec les fondements existants, mais avec un élargissement manifeste de ses champs sectoriels.