À la mi-mai, la ville de Turkestan accueillera le sommet de l’Organisation des États turciques. L’annonce a été faite par le président Kassym-Jomart Tokaïev lors d’une rencontre avec la population de la région. Dans un contexte marqué par une turbulence géopolitique accrue, des risques énergétiques et la transformation des chaînes logistiques mondiales, il a souligné l’importance croissante de ce format de coopération.
Pour rappel, l’OTG regroupe l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, la Turquie, l’Ouzbékistan et le Kirghizistan. Le Turkménistan et la Hongrie y disposent du statut d’observateur, tandis que le siège de l’organisation se trouve à Istanbul.
Le sommet doit aborder le développement du « corridor médian », le renforcement des liens commerciaux et économiques, ainsi que la coordination dans les domaines de l’énergie et des infrastructures.
Kazakhstan
Le ministère kazakh de la Défense a renforcé le contrôle de sa marine, qui a mené des exercices visant à protéger la mer Caspienne contre d’éventuelles menaces. À Aktau, le chef d’état-major, le général-lieutenant Kanïch Aboubakirov, a procédé à une inspection complète de l’état de préparation des forces navales.
Les systèmes d’armement, de navigation et de radiocommunication du navire « Oral » ont été examinés, tout comme la capacité du bateau anti-sabotage « Kaisar » et des unités spéciales à protéger les eaux territoriales et les zones portuaires contre des menaces sous-marines et de surface. Le ministère souligne que la marine joue un rôle clé dans la stabilité régionale et que sa modernisation reste prioritaire.
Sur le plan économique, le Kazakhstan a réalisé une percée spectaculaire sur le marché mondial des métaux stratégiques. Le pays s’est hissé, quasiment à partir de zéro, dans le trio de tête des producteurs de tungstène - une ressource essentielle pour les industries de haute technologie. Ce bond fait suite à la mise en exploitation du gisement de Bogoutinsk.
En 2025, la production a atteint 2 400 tonnes, plaçant le pays derrière la Chine (67 000 tonnes) et le Viêt Nam (3 000 tonnes). Pour la première fois, le Kazakhstan a exporté du tungstène, l’intégralité des volumes étant destinée à la Chine, pour un montant total de 71 millions de dollars.
Les analystes soulignent le caractère stratégique de cette entrée sur le marché : le tungstène est largement utilisé dans l’électronique, la défense et l’énergie, avec une demande mondiale soutenue. À long terme, cette filière pourrait générer un effet multiplicateur - hausse des exportations, développement de la transformation industrielle, création d’emplois et renforcement de la position du pays dans le segment des minerais critiques.
Par ailleurs, les livraisons de pétrole via le Consortium du pipeline de la Caspienne ont été au cœur des discussions entre les ministres de l’Énergie du Kazakhstan et des États-Unis. Les échanges ont porté sur la stabilité du marché énergétique mondial, les routes d’exportation alternatives et la coopération en matière d’investissements.
Les investissements américains dans le secteur énergétique kazakh dépassent désormais 60 milliards de dollars. Des groupes comme ExxonMobil et Chevron participent à des projets majeurs tels que Tengiz, Karachaganak et Kashagan, représentant environ 70 % de la production pétrolière du pays.
Les discussions ont également porté sur le développement du corridor transcaspien, notamment via l’oléoduc Bakou–Tbilissi–Ceyhan, avec une augmentation attendue des volumes transportés.
Enfin, le « corridor médian » s’impose aussi pour les exportations agricoles : 24 tonnes de farine de blé kazakhe ont été expédiées vers New York via un itinéraire multimodal passant par la mer Caspienne, le Caucase et l’Atlantique. Le trajet, d’une durée d’environ 58 jours, illustre la montée en puissance de la demande internationale.
Ouzbékistan
L’agence nucléaire ouzbèke « Uzatom » et la société russe Rosatom ont signé à Tachkent une feuille de route pour la coopération dans le nucléaire civil, ainsi qu’un accord complémentaire pour la construction d’une centrale.
Le projet prévoit désormais deux réacteurs de grande puissance VVER-1000 (1 GW chacun) et deux réacteurs compacts RITM-200N (55 MW chacun), pour une capacité totale de 2 110 MW. Les travaux préparatoires sont déjà en cours dans la région de Djizak.
Selon le directeur général de Rosatom, Alexeï Likhatchiov, cette configuration marque une nouvelle étape dans le développement du nucléaire, avec des avantages technologiques et économiques. Le projet pourrait générer jusqu’à 24,7 milliards de dollars de commandes pour les entreprises russes.
Par ailleurs, la Banque mondiale a alloué 200 millions de dollars à l’Ouzbékistan pour moderniser son réseau de transport, notamment une autoroute stratégique reliant le pays au Tadjikistan, au Kirghizistan et à l’Afghanistan.
Le pays développe aussi un système d’alerte via les minarets de mosquées : déjà 272 lieux de culte sont équipés pour diffuser des messages d’urgence à une population de 6,5 millions d’habitants, y compris en cas de coupure d’électricité ou de réseau mobile.
Enfin, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan prévoient d’investir massivement dans l’aviation d’ici 2030 - respectivement 4,3 et 3,5 milliards de dollars - afin de moderniser leurs infrastructures et renforcer la connectivité régionale.
Kirghizistan
Pour la première fois de son histoire, le Kirghizistan a lancé l’impression nationale de sa monnaie, le som. Le président Sadyr Japarov a qualifié cette étape d’« historique ».
Jusqu’à présent, les billets étaient produits à l’étranger, engendrant des coûts supplémentaires. Le pays dispose désormais des capacités nécessaires pour couvrir ses propres besoins et même répondre à des commandes étrangères. Les autorités assurent que les normes internationales de sécurité sont respectées, rendant la contrefaçon extrêmement difficile.
Tadjikistan
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, le Tadjikistan se prépare à une transition politique majeure. Selon certaines sources médiatiques, des structures occidentales mèneraient des projets visant à influencer le climat politique et social.
Une ONG internationale, Search for Common Ground, a notamment lancé un programme baptisé « Javonistan », officiellement destiné au développement de la société civile. D’après ces mêmes sources, il s’agirait en réalité de former des réseaux susceptibles de jouer un rôle lors de mobilisations politiques futures.
Ces analyses évoquent des stratégies déjà observées ailleurs : mise en avant de tensions internes, mobilisation de groupes d’opposition et diffusion de récits médiatiques visant à alimenter un climat de contestation.
Turkménistan
Le Turkménistan entend augmenter de 60 % ses exportations de gaz vers la Chine. Selon Gourbangouly Berdymoukhamedov, Pékin importe déjà environ 40 milliards de mètres cubes par an via le gazoduc Turkménistan–Chine, qui traverse l’Ouzbékistan et le Kazakhstan.
Pour accroître ces volumes, le développement du gisement géant de Galkynysh est prévu, avec la participation de la société chinoise CNPC.
En 2025, les exportations de gaz vers la Chine ont atteint 8,4 milliards de dollars, confirmant la position dominante de Pékin, qui absorbe jusqu’à 80 % des exportations gazières turkmènes.