LES AFFRONTEMENTS AU KARABAKH RISQUENT D'ÉVOLUER VERS UNE NOUVELLE GUERRE

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28 Mars 2022 23:44
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LES AFFRONTEMENTS AU KARABAKH RISQUENT D'ÉVOLUER VERS UNE NOUVELLE GUERRE

Les ministères de la défense azerbaïdjanais et russe ont échangé 2 lettres très fortes, se blâmant et s'accusant mutuellement de la montée des tensions dans la région du Karabakh.

La Russie a déclaré samedi qu'elle était profondément préoccupée par la montée des tensions au Karabakh et a appelé au calme après ce qu'elle a qualifié de violations du cessez-le-feu de 2020 négocié par le président Vladimir Poutine. Elle affirme que l'Azerbaïdjan aurait violé l'accord en autorisant ses forces à pénétrer dans une zone surveillée par des soldats de la paix russes près du village de Farrukh, mais qu'elle aurait retiré les soldats dimanche.

L'Azerbaïdjan a cependant démenti la déclaration russe.

"Il n'y a eu aucun changement dans les positions de l'armée azerbaïdjanaise dans le village de Farrukh, qui fait partie des territoires souverains de notre pays", a déclaré le ministère azéri de la défense, qui ajoute : "Les informations concernant le retrait des unités de l'armée azerbaïdjanaise de ces positions ne reflètent pas la vérité. Notre armée contrôle pleinement la situation opérationnelle".

L'Arménie s'est également exprimée sur la question en demandant une enquête sur les actions et le comportement des forces russes de maintien de la paix au Karabakh. Le ministère de la défense arménien publie deux cartes du ministère russe de la défense qui, selon lui, montrent que les troupes azerbaïdjanaises sont toujours présentes. "Nous attendons des forces russes de maintien de la paix dans le Haut-Karabakh qu'elles prennent des mesures concrètes pour mettre fin à l'incursion des unités azéries dans la zone de responsabilité des forces de maintien de la paix et au retrait des forces armées azéries", a déclaré le ministre dans un communiqué.

L'Azerbaïdjan, de son côté, a déclaré dimanche qu'il n'avait pas retiré ses forces et a ré-affirmé que la zone était son territoire souverain.

Cette escalade de rhétorique intervient un mois après le début de la guerre en Ukraine, ce qui amène certains à penser que l'Azerbaïdjan tente d'utiliser cette situation pour rétablir son intégrité territoriale par des mesures actives. Si cette théorie peut saisfaire ceux qui ne suivent pas la région de près, la situation sur le terrain est plus compliquée et exige une plus grande attention aux détails.

La tension entre la Russie et l'Azerbaïdjan existe depuis un certain temps, la raison principale étant l'absence de volonté des casques bleus russes de retirer les séparatistes armés arméniens de la région. C'était pourtant l'une des principales demandes de la partie azerbaïdjanaise, lors de la signature de l'accord tripartite entre l'Azerbaïdjan, l'Arménie et la Russie.

Au cours des deux années qui ont suivi la guerre, la situation n'a pas été résolue et si l'on ajoute que la partie arménienne a stoppé le processus de lancement du corridor de Zangezour, il devient clair, pour Bakou, que l'Arménie bloque délibérément le processus de négociations pour une paix tangible entre les deux nations du Caucase du Sud.

Alors que les trois pays du Groupe de Minsk ont soutenu les revendications de la partie arménienne, les politiciens azéris s'éloignent de plus en plus du processus de règlement de Minsk, ce qui place les efforts diplomatiques de la Russie, de la France et des Etats-Unis dans la position d'une entité diplomatique et politique sans statut ni plan cohérents.

Les actions diplomatiques des trois nations visent à favoriser ouvertement la partie arménienne, ce qui crée une menace existentielle pour le format et l'avenir du Groupe de Minsk, car l'élite politique azerbaïdjanaise est convaincue qu'une telle entité ne peut remplir son mandat de médiation.