LE DÉPLACEMENT DE NETANYAHOU À WASHINGTON : CE QU’ISRAËL ATTEND DE TRUMP

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28 Juillet 2026 12:22
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LE DÉPLACEMENT DE NETANYAHOU À WASHINGTON : CE QU’ISRAËL ATTEND DE TRUMP

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou se rend à Washington à un moment où plusieurs crises au Moyen-Orient semblent approcher d’un tournant décisif. Sa rencontre avec le président américain Donald Trump est prévue le 28 juillet.

Au-delà de l'agenda diplomatique officiel, la visite devrait porter sur l'Iran, la future gouvernance et les dispositifs de sécurité à Gaza, le déploiement éventuel d'une force internationale de stabilisation, les livraisons d'armes américaines à Israël, ainsi que l'avenir du partenariat stratégique entre les deux pays.

Netanyahou a déclaré qu'il entendait discuter de l'ensemble des dossiers figurant actuellement à l'ordre du jour bilatéral et régional, en mettant particulièrement l'accent sur l'Iran. Concrètement, cette visite vise à rapprocher les stratégies israélienne et américaine à un moment où Washington et Jérusalem partagent la même perception des principales menaces, mais divergent sur l'ampleur de la pression militaire et politique à exercer.

La question iranienne devrait dominer les discussions.

Cette visite intervient alors que des efforts sont déployés pour éviter une nouvelle escalade entre les États-Unis et l'Iran et créer les conditions de négociations sur le programme nucléaire iranien, les activités militaires régionales de Téhéran et la sécurité des routes maritimes dans le Golfe.

Pour Trump, la priorité immédiate pourrait être d'empêcher les États-Unis d'être entraînés dans un conflit régional prolongé, de réduire les risques pesant sur les installations et le personnel militaires américains, et d'assurer la libre circulation du trafic maritime stratégique, notamment dans le détroit d'Ormuz.

La position d'Israël est nettement plus ferme. Netanyahou devrait soutenir que tout futur accord avec Téhéran devra porter non seulement sur l'enrichissement de l'uranium, mais aussi sur le programme de missiles balistiques iranien, ses infrastructures militaires et sa capacité à reconstituer rapidement ses capacités nucléaires.

La question centrale est donc de savoir si Trump et Netanyahou peuvent s'accorder sur l'objectif ultime de la pression exercée contre l'Iran.

La Maison-Blanche pourrait être disposée à soutenir un accord diplomatique gelant les aspects les plus dangereux du programme nucléaire iranien et réduisant le risque d'une guerre régionale plus vaste. Israël, en revanche, ne considérera probablement pas qu'une simple pause temporaire soit suffisante si Téhéran conserve les bases technologiques, militaires et industrielles nécessaires pour rétablir ses capacités stratégiques.

Netanyahou cherchera donc à obtenir l'assurance que Washington n'acceptera pas un accord limité qui ne ferait que repousser le problème tout en laissant intacte l'essentiel de l'infrastructure militaire iranienne.

Le deuxième grand sujet devrait être l'avenir de la bande de Gaza.

Les discussions se sont intensifiées autour du déploiement éventuel d'une force internationale de stabilisation chargée d'assurer la sécurité, de soutenir les opérations humanitaires et de favoriser la mise en place d'une nouvelle administration civile dans le territoire.

Selon les plans actuellement étudiés, des personnels étrangers provenant de pays jugés acceptables par Israël pourraient être déployés dans certaines zones de Gaza. Leur mandat pourrait inclure la protection des zones humanitaires, l'appui à la reconstruction et l'accompagnement du transfert des responsabilités administratives à une autorité palestinienne technocratique.

Toutefois, plusieurs questions majeures restent sans réponse.

On ignore encore quels pays seraient prêts à fournir des troupes, qui dirigerait la mission, quelles seraient les règles d'engagement, comment elle serait financée et si elle disposerait du pouvoir d'affronter des groupes armés.

Israël insistera pour que toute présence internationale ne limite pas la liberté d'action de Tsahal et n'offre pas au Hamas la possibilité de rétablir son contrôle militaire et politique.

De son côté, les États-Unis souhaitent démontrer des progrès vers un cadre d'après-guerre permettant de réduire la présence militaire israélienne, d'améliorer l'accès humanitaire et de mettre en place un nouveau système de gouvernance à Gaza.

Un compromis pourrait consister en un déploiement progressif de forces internationales dans certaines zones, tandis qu'Israël conserverait le droit d'approuver les pays participants et de mener des opérations contre les groupes armés qu'il considère comme une menace pour sa sécurité.

La réussite d'un tel plan dépendrait également de la mise en place d'une administration civile palestinienne crédible et du désarmement ou de l'éviction du Hamas du pouvoir. Aucune de ces deux conditions n'est aujourd'hui pleinement réunie.

L'aide militaire et les livraisons d'armes constitueront un autre volet important des discussions.

La coopération sécuritaire demeure le pilier de la relation entre les États-Unis et Israël. Le protocole d'accord actuel, couvrant les exercices budgétaires 2019-2028, prévoit 38 milliards de dollars d'aide militaire américaine.

Sur ce montant, 33 milliards de dollars sont destinés au programme de financement militaire étranger (Foreign Military Financing) pour l'achat d'armes et d'équipements militaires, tandis que 5 milliards de dollars supplémentaires financent les programmes de défense antimissile.

L'aide militaire annuelle américaine s'élève donc à environ 3,8 milliards de dollars.

Une part importante de ces fonds est consacrée à l'achat d'armes, de composants et de services produits par l'industrie américaine de défense. L'armée de l'air israélienne dépend largement d'avions fabriqués aux États-Unis, tandis que le système multicouche de défense antimissile du pays est étroitement lié au financement, aux technologies et aux chaînes d'approvisionnement américaines.

Le partenariat comprend également des projets conjoints portant sur l'interception de missiles, la lutte contre les drones, la détection des tunnels et d'autres systèmes de défense avancés.

En complément de cette aide régulière, Washington a autorisé plusieurs ventes potentielles d'armes à Israël.

Elles comprennent notamment des munitions guidées de précision, des bombes, des kits de guidage, des fusées, des missiles Hellfire, des hélicoptères d'attaque Apache, des véhicules tactiques légers, des moteurs, un soutien logistique pour les véhicules blindés ainsi que des hélicoptères militaires légers.

La valeur annoncée de ces programmes peut atteindre plusieurs milliards de dollars. Toutefois, ces montants représentent généralement une estimation maximale des transactions possibles. La valeur finale des contrats signés, les quantités effectivement achetées et le calendrier des livraisons peuvent varier sensiblement.

Pour Netanyahou, l'accélération des livraisons revêt une importance particulière après de longues opérations militaires et l'utilisation massive d'intercepteurs de défense aérienne, de munitions de précision et d'autres armements.

Israël cherchera probablement à obtenir des garanties concernant le réapprovisionnement de ses stocks, des délais de livraison plus rapides et un accès continu aux technologies militaires américaines les plus avancées.

Washington pourrait toutefois utiliser le calendrier et les conditions de certaines livraisons comme levier dans les discussions portant sur Gaza, l'Iran et la stratégie régionale d'Israël.

La visite pourrait également ouvrir une réflexion plus large sur l'avenir de l'aide militaire américaine après l'expiration de l'accord actuel en 2028.

Les États-Unis et Israël réfléchissent déjà à ce que pourrait être un nouveau cadre de coopération. Netanyahou a déjà évoqué la possibilité de réduire progressivement la dépendance d'Israël à l'égard de l'aide directe américaine au profit d'un modèle fondé sur les investissements conjoints, la recherche, la production de défense, les capacités cybernétiques et les technologies de pointe.

Une telle évolution permettrait à Israël de se présenter moins comme un bénéficiaire d'aide que comme un partenaire stratégique et technologique des États-Unis.

Néanmoins, il sera extrêmement difficile pour Israël de remplacer à court terme le soutien américain. Ses forces armées restent tributaires des avions, des munitions, des pièces détachées et des composants de défense antimissile fournis par les États-Unis.

Le scénario le plus réaliste n'est donc pas la fin de l'aide américaine, mais sa transformation.

Un futur accord pourrait mettre davantage l'accent sur la production conjointe, le développement de nouveaux systèmes d'armes, une coopération industrielle renforcée et des projets de défense américano-israéliens destinés à l'exportation vers des pays tiers.

Cette approche correspondrait également à la préférence de Trump pour des accords favorisant les contrats, les investissements et l'emploi aux États-Unis.

Les relations économiques entre les deux pays vont bien au-delà de la coopération militaire.

Le volume total des échanges de biens et de services entre les États-Unis et Israël a atteint environ 55 milliards de dollars en 2024. Le commerce des biens à lui seul s'est élevé à plus de 34 milliards de dollars en 2025.

Les États-Unis ont exporté vers Israël pour environ 13,8 milliards de dollars de marchandises et en ont importé pour environ 20,6 milliards de dollars, ce qui s'est traduit par un déficit commercial américain d'environ 6,7 milliards de dollars.

Les échanges portent notamment sur les machines, l'électronique, les produits pharmaceutiques, les produits chimiques, les diamants, les équipements médicaux, les produits agricoles et les technologies de pointe.

Cette relation repose sur l'Accord de libre-échange entre les États-Unis et Israël, entré en vigueur en 1985, qui fut le premier accord de libre-échange conclu par les États-Unis.

Israël est également un partenaire important des États-Unis dans les domaines de la cybersécurité, de l'intelligence artificielle, de la médecine, des technologies de défense, de la gestion de l'eau et de l'innovation agricole.

Dans le même temps, les échanges commerciaux bilatéraux demeurent politiquement moins importants que la coopération en matière de sécurité. L'aide militaire, le partage de renseignements, les livraisons d'armes et les programmes communs de défense antimissile constituent les principaux leviers d'influence de Washington sur les décisions stratégiques israéliennes.

Le déplacement de Netanyahou ne doit donc pas être considéré comme une simple visite diplomatique.

Il s'agit d'une tentative de coordonner une nouvelle stratégie régionale à un moment où le Moyen-Orient connaît une nouvelle phase de profonde transformation.

L'issue des discussions pourrait influencer la décision des États-Unis de renforcer ou de limiter la pression sur l'Iran, le déploiement éventuel d'une force internationale à Gaza, les armements qu'Israël recevra dans les années à venir et la manière dont le soutien militaire américain sera organisé après 2028.

Netanyahou a besoin de plus qu'une nouvelle démonstration publique de solidarité américaine. Il recherche des engagements concrets en matière de sécurité, une accélération des livraisons d'armes et des garanties selon lesquelles Washington n'acceptera pas des accords qu'Israël juge stratégiquement dangereux.

De son côté, Trump cherchera à obtenir des décisions israéliennes permettant aux États-Unis de se présenter comme le principal architecte d'un nouvel ordre régional.

La rencontre sera donc marquée par une négociation délicate : Israël souhaite conserver une liberté d'action maximale et bénéficier d'un soutien américain durable, tandis que Trump veut obtenir des résultats diplomatiques tangibles qu'il pourra présenter comme la preuve de la puissance américaine et de sa capacité à conclure des accords.

Par Samir Muradov