ILLUSTRATION DU LOBBYING DES DIASPORAS : UNE ALLIANCE ARMÉNO-GRECQUE ET LE CONGRÈS VEULENT FAIRE OBSTACLE À LA TURQUIE

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20 Juillet 2026 20:17
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ILLUSTRATION DU LOBBYING DES DIASPORAS : UNE ALLIANCE ARMÉNO-GRECQUE ET LE CONGRÈS VEULENT FAIRE OBSTACLE À LA TURQUIE

À l’approche de la visite du président américain Donald Trump à Ankara pour participer au sommet de l’OTAN, des organisations de la diaspora arménienne aux États-Unis, étroitement liées au parti Dachnak, avaient uni leurs efforts à ceux du lobby grec au Congrès afin de mener une offensive contre la Turquie. Cette mobilisation a été déclenchée par l’annonce selon laquelle Donald Trump était prêt à autoriser la vente à la Turquie de moteurs à réaction F110, fabriqués par General Electric, sans attendre l’approbation du Congrès. À cela s’ajoutent des informations laissant entendre qu’il pourrait également lever l’embargo sur la vente des chasseurs F-35 à Ankara.

Les moteurs F110 sont essentiels au programme turc de développement du chasseur de cinquième génération KAAN, la Turquie n’étant pas encore en mesure de produire ses propres turboréacteurs. La société nationale d’aéronautique Turkish Aerospace Industries (TAI) négocie avec General Electric l’acquisition de ces moteurs, déjà utilisés sur les chasseurs américains F-16, afin d’équiper le KAAN. Le lobby grec au Congrès s’oppose toutefois à cette transaction. La Maison-Blanche a d’ailleurs averti la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants que l’accord pourrait être conclu sans l’aval du Congrès.

Dès que le Comité national arménien d’Amérique (ANCA) a eu connaissance de cette mise en garde, il a immédiatement engagé des consultations avec les organisations de la diaspora grecque et tenté d’utiliser ses relais au Congrès pour faire obstacle à l’accord.

Cependant, ce qui inquiète davantage encore les milieux anti-turcs aux États-Unis, ce sont les informations selon lesquelles Donald Trump pourrait, lors de son déplacement à Ankara, lever les sanctions CAATSA visant la Turquie, ouvrant ainsi la voie à une reprise des ventes de chasseurs F-35 au pays.

Selon plusieurs informations relayées par des sources occidentales, Ankara envisagerait de vendre ses systèmes de défense antiaérienne russes S-400 à la Corée du Sud afin de faciliter son retour dans le programme F-35. Pour mémoire, la Turquie en avait été exclue en 2019 après l'acquisition de ces systèmes russes.

Le Comité national arménien d’Amérique (ANCA) a aussitôt mobilisé tous ses moyens pour tenter de faire échouer tout accord entre la Turquie et Donald Trump.

Israël et la Grèce s’opposent de longue date à la vente d’avions de combat américains à la Turquie, estimant qu’une telle décision réduirait leur avantage technologique et modifierait l’équilibre militaire régional. Si la Grèce a commandé des F-35, Israël exploite pour sa part une version spécialement modifiée de cet appareil, déjà engagée dans des opérations au Liban, en Syrie et en Iran.

À la veille de la visite de Donald Trump à Ankara, le représentant républicain Mike Lawler avait lancé une nouvelle initiative visant à empêcher toute future vente de F-35 à la Turquie. Il avait rédigé une lettre adressée au président américain, l’appelant à maintenir l’interdiction instaurée en 2019 et à renoncer à toute livraison de ces appareils à Ankara. Le document circule actuellement parmi les membres du Congrès afin de recueillir des signatures.

Mike Lawler, membre du groupe de pression grec à la Chambre des représentants, rappelle que c’est l’administration Trump elle-même qui avait exclu la Turquie du programme F-35 après l’achat des S-400 russes. Selon lui, « le message était clair : la Turquie ne peut pas rester dans le programme tout en exploitant un système russe ».

Le parlementaire invoque également la loi sur l’autorisation de la défense nationale pour l’exercice budgétaire 2020, soulignant que le Congrès y a inscrit des dispositions interdisant le transfert de F-35 et des équipements associés tant que la Turquie conservera les systèmes S-400.

La lettre souligne également qu’Ankara maintient une présence militaire dans le nord de Chypre et « mène des actions agressives à l’encontre de la Grèce ». Elle évoque en outre le « durcissement de la rhétorique anti-israélienne » de la Turquie ainsi que ses relations bilatérales avec l’Iran. Les auteurs concluent que, bien que membre de l’OTAN depuis 1952, « la Turquie ne peut guère être considérée aujourd’hui comme un partenaire fiable ».

Une autre initiative contre Ankara a été présentée par la représentante démocrate Dina Titus, proche du lobby arménien. Elle a déposé un projet de résolution visant à bloquer la vente des moteurs F110 à la Turquie. Le texte a également été cosigné par plusieurs membres influents des groupes de pression arménien et grec au Congrès.

Donald Trump, qui devait s’entretenir en tête-à-tête avec Recep Tayyip Erdoğan en marge du sommet de l’OTAN, est devenu ainsi le premier président américain à se rendre en Turquie depuis la visite de Barack Obama en 2015. À l’inverse, durant les quatre années de la présidence de Joe Biden, Washington avait maintenu Ankara à distance.

Erdoğan et Trump se sont entretenus à de nombreuses reprises par téléphone au sujet de la Syrie, de Gaza et plus largement de la situation au Moyen-Orient. La Turquie a également rejoint le « Conseil pour la paix » créé à l’initiative de Donald Trump afin de superviser le cessez-le-feu à Gaza.

Le président américain ne cache pas son estime pour son homologue turc, qu’il qualifie régulièrement de « proche ami ». Cette relation privilégiée entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdoğan suscite une vive inquiétude au sein des cercles américains les plus hostiles à la Turquie.

Par Farhad Mammadov,