Face à la détérioration des relations entre l'Europe et les États-Unis, les pays européens prennent progressivement conscience de l'importance stratégique de la Turquie. À l'approche du sommet de l'OTAN, le président turc Recep Tayyip Erdoğan devrait mettre en avant le rôle essentiel de son pays au sein de l'Alliance, rapporte Bloomberg. Le sommet se tiendra les 7 et 8 juillet à Ankara.
L'agence souligne qu'il y a encore deux ans, Erdoğan faisait figure d'exception au sein de l'OTAN en s'opposant à l'adhésion de la Suède. Aujourd'hui, selon plusieurs diplomates, son image de dirigeant fort, bénéficiant du respect du président américain Donald Trump, pourrait lui permettre de maintenir le sommet sur une ligne constructive, alors que la plupart des dirigeants européens entretiennent des relations tendues avec le locataire de la Maison-Blanche.
Par ailleurs, la Turquie est devenue un fournisseur majeur d'équipements militaires pour l'Europe, qui accélère son réarmement dans le contexte de la guerre en Ukraine et sous la pression exercée par Donald Trump. L'an dernier, environ 56 % des exportations d'armement turques étaient destinées aux États-Unis, à l'Europe et à d'autres alliés occidentaux.
Le 24 juin, lors d'une rencontre à la Maison-Blanche avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, Donald Trump a déclaré qu'il acceptait de participer au sommet uniquement par respect pour le dirigeant turc, qu'il a qualifié de « très bon ami ».
Lors du précédent sommet de l'OTAN, le secrétaire général avait convaincu les pays européens d'augmenter leurs dépenses de défense, conformément aux exigences du président américain. Par la suite, Donald Trump a toutefois reproché aux alliés de l'Alliance de ne pas avoir suffisamment soutenu les États-Unis dans leur confrontation avec l'Iran, allant jusqu'à menacer de retirer son pays de l'OTAN.
Afin de s'attirer les bonnes grâces de Donald Trump cette année, l'OTAN prévoit d'annoncer à Ankara plusieurs accords majeurs dans le domaine de la défense, ont indiqué des sources de Bloomberg. Selon elles, Mark Rutte a demandé que toute annonce concernant ces contrats soit reportée jusqu'à l'ouverture du sommet.
L'agence estime que, dans un contexte de réduction du soutien américain, la principale question pour l'OTAN n'est plus de savoir si les Européens consacreront davantage de ressources à leur défense, mais s'ils seront capables de renforcer leurs capacités industrielles et militaires.
Dans ce contexte, la Turquie entend combler le vide qui se creuse entre l'Europe et les États-Unis, tout en cherchant à conclure de nouveaux accords dans le secteur de la défense, souligne Bloomberg.
En mai, Ankara a également proposé un projet d'oléoduc d'une valeur de 1,2 milliard de dollars, destiné à approvisionner en carburant les alliés de l'OTAN situés sur le flanc oriental de l'Alliance.