À l’issue de discussions avec le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev à Gabala, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré envisager la tenue de pourparlers avec la Russie sur le territoire de l’Azerbaïdjan.
« Nous sommes clairement prêts à engager de nouvelles négociations en Azerbaïdjan, à condition que la Russie fasse preuve d’une réelle volonté diplomatique », a-t-il affirmé. Le chef de l’État ukrainien a également exprimé son intention de participer à des discussions dans un format inédit : « Nous avons informé la partie azerbaïdjanaise de notre disponibilité pour des négociations trilatérales. »
Le Kremlin n’a pas réagi officiellement à cette proposition. Toutefois, Vladimir Djabarov, membre du Conseil de la Fédération de Russie, a estimé que l’Azerbaïdjan pourrait constituer une plateforme appropriée pour des discussions entre Moscou et Kiev.
Selon le quotidien allemand Berliner Zeitung, si la Russie acceptait cette initiative, une première rencontre en face à face entre Zelensky et Vladimir Poutine depuis le début du conflit pourrait se tenir à Bakou. Le journal souligne la portée géopolitique d’une telle perspective : « Le choix de l’Azerbaïdjan comme lieu potentiel de négociations est parlant. Depuis des années, Bakou mène une politique étrangère dite multivectorielle : le pays soutient l’intégrité territoriale de l’Ukraine tout en maintenant des relations étroites avec la Russie. »
Les auteurs de l’article estiment également qu’un sommet à Bakou revêtirait une « dimension historique ». L’Ukraine, la Russie et l’Azerbaïdjan faisaient autrefois partie de l’Union soviétique, et de nombreux liens politiques, économiques et sécuritaires issus de cette période continuent d’influencer leurs relations actuelles.
Au fil des dernières décennies, Bakou s’est affirmée comme un acteur indépendant, à la croisée de l’Est et de l’Ouest. Sa culture, façonnée par des influences européennes, russes, turques et iraniennes, confère au pays une identité hybride. Selon plusieurs observateurs, cette singularité pourrait en faire un terrain propice à des négociations entre des parties en conflit partageant un héritage commun.
Le Berliner Zeitung note que cet équilibre s’est illustré lors de la récente visite de Zelensky. Quelques jours auparavant, Moscou et Bakou avaient réglé publiquement un différend lié à la destruction d’un avion de ligne azerbaïdjanais. Malgré cela, le président Aliyev a accueilli son homologue ukrainien avec une attention particulière, mettant en avant la coopération bilatérale.
L’idée de faire de l’Azerbaïdjan un lieu de dialogue s’inscrit dans une dynamique plus large. Des négociations entre l’Ukraine et la Russie se sont déjà tenues en Turquie, dans les pays du Golfe et en Suisse. Le Caucase du Sud pourrait désormais s’imposer comme une nouvelle scène diplomatique.
D’après des informations du journal allemand, les autorités azerbaïdjanaises se montreraient ouvertes à cette initiative. Des responsables de Bakou envisageraient l’organisation de pourparlers de haut niveau, tandis que les services de sécurité seraient en contact avec les deux parties afin d’en définir les modalités.
Rien ne garantit toutefois la tenue d’une rencontre entre Zelensky et Poutine. Malgré plusieurs tentatives diplomatiques, aucune réunion directe au sommet n’a eu lieu depuis le début de la guerre. Néanmoins, le simple fait que Bakou soit évoquée comme un possible lieu de dialogue témoigne de la rapidité des évolutions géopolitiques. L’Azerbaïdjan affirme de plus en plus son rôle de médiateur - et une telle rencontre pourrait, peut-être, envoyer un signal positif et amorcer une nouvelle dynamique dans ce conflit enlisé.