L'ECONOMIE MONDIALE SE PREPARE A DES TURBULENCES PETROLIERES

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4 Mars 2026 18:27
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L'ECONOMIE MONDIALE SE PREPARE A DES TURBULENCES PETROLIERES

L’économie mondiale se prépare à des turbulences pétrolières

L’échange de frappes entre l’Iran et ses adversaires transforme rapidement un conflit régional en risque énergétique mondial. Des attaques de drones contre des installations de Saudi Aramco à Ras Tanura, un incendie sur des infrastructures dans la région d’Ahvaz, ainsi que des informations faisant état d’un arrêt quasi total du trafic des pétroliers dans le détroit d’Ormuz dressent un tableau alarmant pour le marché mondial du pétrole.

Le complexe de raffinage en Arabie saoudite n’est pas un simple site industriel. Saudi Aramco représente une part significative des exportations mondiales de brut, et toute perturbation de ses activités est immédiatement perçue par les marchés comme un risque direct pour l’approvisionnement. Même si les dégâts s’avéraient limités, la simple suspension de la production suffit à attiser l’anxiété des traders.

Parallèlement, des informations ont fait état d’un incendie sur un oléoduc à Ahvaz, centre stratégique de la production pétrolière iranienne dans la province du Khouzestan. Déjà vulnérable pendant la guerre Iran-Irak, la région revient au premier plan comme zone à haut risque militaire. Ahvaz constitue un carrefour clé pour l’acheminement du brut issu des plus grands gisements d’Iran, qui assurent jusqu’à un quart de la production nationale. Toute menace sur ces infrastructures ravive les inquiétudes quant à la stabilité de l’offre. La ville abrite en outre le plus grand champ pétrolier du pays, produisant environ 750 000 à 800 000 barils par jour, soit 20 à 25 % de la production totale.

Cependant, l’enjeu central n’est ni Ahvaz ni Saudi Aramco. Ce qui préoccupe au plus haut point exportateurs et importateurs, c’est le sort du détroit d’Ormuz. Environ un cinquième de la consommation mondiale de pétrole et une part importante du commerce de gaz naturel liquéfié transitent par ce corridor stratégique. Selon les estimations de la U.S. Energy Information Administration, près de 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers y circulent chaque jour. L’Iran lui-même exporte entre 90 et 99 % de son pétrole via cette voie maritime. Le pétrole et le gaz représentent environ 25 % du PIB du pays et 45 % des recettes budgétaires de l’État.

Les experts préviennent qu’une réduction, même partielle, du trafic maritime pourrait provoquer une flambée des prix. Un blocus total et prolongé entraînerait de facto les grands importateurs asiatiques, au premier rang desquels la Chine et l’Inde, fortement dépendants du brut moyen-oriental, plus profondément dans le conflit. Pour cette raison, nombre d’analystes estiment que l’Iran ne pourrait maintenir longtemps la fermeture du détroit.

Le 1er mars, Reuters a rapporté que les forces navales du Corps des gardiens de la révolution islamique avaient annoncé par radio VHF l’interdiction de franchir le détroit d’Ormuz, déclarant sa fermeture. Les grandes compagnies pétrolières avaient déjà suspendu leurs expéditions de brut, de carburant et de GNL avant même cette annonce.

Dans le même temps, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a affirmé dans un entretien à Al Jazeera que Téhéran n’avait pas l’intention de bloquer le détroit ni de perturber la navigation. À ce stade, a-t-il assuré, aucune mesure n’est envisagée pour entraver le trafic maritime.

L’ambassadeur d’Iran en Azerbaïdjan, Mojtaba Demirchilou, a également confirmé lundi que le détroit restait ouvert à la navigation, soulignant qu’il s’agit de l’une des principales artères économiques mondiales.

Néanmoins, une frappe de missile iranienne contre le pétrolier Skylight, battant pavillon des Palaos, a semé le doute parmi les transporteurs. Le navire a pris feu avant de couler le 1er mars. D’autres pétroliers hésitent désormais à s’engager dans le détroit, malgré les assurances du ministère iranien des Affaires étrangères. Selon Reuters, au moins 100 pétroliers se sont rassemblés au large des côtes des Émirats arabes unis et d’Oman, en dehors du détroit d’Ormuz.

Les prix mondiaux du pétrole évoluent au rythme des développements dans le détroit. Comme l’a rapporté Deutsche Welle, le 2 mars, le baril de Brent pour livraison en avril a bondi de 14 % dans les premières minutes des échanges, à 82,37 dollars, son plus haut niveau depuis juillet 2024. Le brut américain West Texas Intermediate a grimpé à 75,33 dollars, un sommet inédit depuis juin 2025. Après ce pic initial, les cours ont légèrement reflué, mais les gains restaient d’environ 9 %.

Si le conflit s’enlise, si les attaques contre les infrastructures pétrolières en Iran et dans les États du Golfe se poursuivent et si les routes commerciales sont bloquées, les experts estiment que les prix pourraient dépasser les 100 dollars le baril.

Le pétrole n’est pas le seul à progresser : l’or a également grimpé lundi. À l’ouverture des marchés le 2 mars, l’once troy s’échangeait à 5 393 dollars, se rapprochant du record de 5 600 dollars atteint fin janvier.

La banque d’investissement Goldman Sachs anticipe également une forte hausse des prix du gaz. Habituellement, le gaz est moins sensible aux chocs géopolitiques, qui se répercutent d’abord sur le pétrole, référence du marché mondial des combustibles. Cette fois-ci, toutefois, comme le souligne Bloomberg, un arrêt des livraisons de GNL lié à la fermeture des routes maritimes pourrait entraîner une flambée de 130 % des prix du gaz naturel en Europe et du GNL au comptant en Asie.

Même en l’absence d’une explosion spectaculaire des prix, les développements actuels auront inévitablement un impact sur le marché pétrolier. Lors de la guerre de 12 jours, les prix du Brent avaient déjà bondi de 7 %, à 74 dollars le baril, quelques heures seulement après une frappe contre l’Iran, alors même que les infrastructures pétrolières et gazières iraniennes et voisines n’avaient pas été touchées. Les échanges de tirs étaient alors moins intenses et s’étaient rapidement apaisés.

Aujourd’hui, la donne a changé. Donald Trump a promis de bombarder l’Iran « aussi longtemps que nécessaire pour atteindre l’objectif ». Les frappes de représailles iraniennes ont, elles aussi, gagné en intensité.

Si les nouvelles de lundi offrent peu de motifs d’apaisement, l’espoir subsiste que la raison finisse par l’emporter. Mais cet espoir semble aujourd’hui bien plus ténu qu’en juin dernier.