PAR CE CONFLIT, L'IRAN EST ENGAGEE DANS UNE NOUVELLE ERE GEOPOLITIQUE DE SON HISTOIRE

Actualités
4 Mars 2026 15:14
32
PAR CE CONFLIT, L'IRAN EST ENGAGEE DANS UNE NOUVELLE ERE GEOPOLITIQUE DE SON HISTOIRE

La frappe conjointe américano-israélienne qui a coûté la vie au Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, n’a pas mis fin à la structure politique de l’État, mais elle marque un tournant décisif dans l’escalade en cours.

Les événements récents ont mis en lumière de sérieuses vulnérabilités au sein de l’architecture sécuritaire iranienne. Téhéran n’a pas été en mesure d’empêcher des frappes ciblées contre des figures de premier plan, notamment Ismail Haniyeh en 2024, ainsi que contre de hauts responsables militaires et des cadres des Gardiens de la révolution lors du conflit de douze jours en 2025.

Un conseil de direction provisoire s’emploie désormais à assurer la continuité de l’État. Dans le même temps, l’Iran a lancé des frappes de missiles et de drones visant des sites à Dubaï, à Bahreïn et en Arabie saoudite. Ces actions traduisent une volonté de répondre à la pression extérieure croissante dans un contexte régional en mutation rapide.

Un examen de l’équilibre militaire souligne l’asymétrie de l’affrontement.

L’Iran aurait causé la mort de trois militaires américains et d’environ dix civils israéliens. En riposte, les États-Unis et Israël ont mené des frappes d’ampleur visant des dirigeants de haut rang, des institutions judiciaires, des quartiers généraux militaires et des éléments de l’infrastructure de commandement et de contrôle iranienne. L’aviation israélienne aurait établi une supériorité aérienne au-dessus de Téhéran.

Le conflit illustre le déséquilibre entre, d’un côté, une superpuissance mondiale et une armée régionale technologiquement avancée et, de l’autre, un État dont les capacités conventionnelles ont peiné sous une pression soutenue.

Les partenaires régionaux de l’Iran - longtemps perçus comme une profondeur stratégique - font eux-mêmes face à de fortes contraintes. Le Hezbollah est soumis à une pression intense au Liban ; le Hamas a subi des revers majeurs à Gaza ; le gouvernement Bashar al-Assad en Syrie est tombé ; et les Houthis n’ont pas encore apporté de soutien militaire direct à Téhéran.

Ainsi, le réseau plus large souvent désigné comme « l’Axe de la résistance » n’a, jusqu’à présent, pas été en mesure d’infléchir la trajectoire de l’escalade actuelle.

L’une des décisions les plus lourdes de conséquences pour Téhéran a été d’élargir ses frappes au-delà d’Israël. Des centaines de missiles et de drones auraient visé les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït, l’Arabie saoudite, la Jordanie et Oman - y compris des pays qui avaient auparavant adopté des rôles diplomatiques ou de médiation.

Des incidents ont été signalés à l’aéroport de Dubaï, à proximité du Burj Al Arab, au port de Jebel Ali, dans des quartiers résidentiels de Manama, ainsi que dans les aéroports d’Abou Dhabi et du Koweït. Des infrastructures saoudiennes auraient également été touchées.

Les partisans de Téhéran présentent ces actions comme une démonstration de détermination après l’élimination de Khamenei. Leurs détracteurs estiment qu’elles risquent d’élargir le conflit et de compliquer davantage la diplomatie régionale.

Les frappes contre les États du Golfe soulèvent des interrogations sur l’intention stratégique, d’autant que plusieurs de ces pays n’étaient pas directement impliqués dans l’opération américano-israélienne initiale et avaient limité leur engagement.

En réaction, les Émirats arabes unis ont fermé leur ambassade à Téhéran et retiré leur mission diplomatique. L’Arabie saoudite a convoqué l’ambassadeur d’Iran. Le Qatar, Bahreïn et le Koweït ont condamné ce qu’ils ont qualifié de violations de leur souveraineté territoriale. L’espace aérien dans certaines parties du Golfe a été temporairement fermé, tandis que les marchés mondiaux ont réagi avec volatilité.

Il en résulte une nette détérioration des relations entre l’Iran et plusieurs États du Golfe, y compris avec des pays engagés récemment dans un processus de rapprochement.

La précision des frappes visant Khamenei et d’autres centres névralgiques du commandement suggère un niveau significatif de pénétration des services de renseignement. Israël a déjà démontré sa capacité à mener des opérations ciblées de haut niveau contre des scientifiques du nucléaire et des responsables de premier plan.

Certains analystes attribuent ces développements à des opérations de renseignement sophistiquées ; d’autres évoquent des tensions politiques et institutionnelles internes susceptibles d’avoir fragilisé la cohésion de certaines composantes du système iranien.

Sur le plan intérieur, l’Iran a connu d’importants troubles au cours de l’année écoulée. Les manifestations de janvier ont fait des milliers de victimes, intensifiant les débats sur la gouvernance, la légitimité et l’orientation future du pays.

Les répercussions de la crise dépassent désormais le théâtre immédiat des opérations.

Au Pakistan, au moins 22 personnes ont été tuées lors de manifestations devant des installations diplomatiques américaines. Dans certaines zones, les rassemblements ont dégénéré, avec des attaques signalées contre des bureaux internationaux.

Si de nombreux Pakistanais ont exprimé leur solidarité après la mort de Khamenei, des analystes mettent en garde contre les tensions confessionnelles et le risque d’ingérences d’acteurs régionaux dans la dynamique intérieure d’un État doté de l’arme nucléaire et déjà confronté à des défis sécuritaires.

Le Pakistan, qui gère des tensions le long de la frontière afghane et des préoccupations sécuritaires internes, subit une pression supplémentaire dans un contexte d’escalade régionale.

À ce stade, l’Iran fait face à un environnement stratégique complexe. Ses partenariats régionaux sont fragilisés, sa structure dirigeante a été perturbée et ses relations avec les États du Golfe se sont détériorées.

La crise pourrait encore s’étendre si les canaux diplomatiques ne sont pas rétablis.

La trajectoire actuelle laisse entrevoir une phase volatile et imprévisible de la géopolitique moyen-orientale - portée non seulement par des calculs militaires, mais aussi par des recompositions politiques, en Iran comme au-delà.