KARABAKH : POURQUOI CRAINDRE À CE POINT UN DÉBAT ÉQUITABLE ? PAR S.E. LEYLA ABDULLAYEVA

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4 Octobre 2023 20:38
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KARABAKH : POURQUOI CRAINDRE À CE POINT UN DÉBAT ÉQUITABLE ? PAR S.E.  LEYLA ABDULLAYEVA

L’intervention de l'humoriste français d’origine arménienne Mathieu Madénian dans l’émission « RTL Matin » le 27 septembre 2023, invité du duo Yves Calvi-Amandine Bégot, me donne raison de dire haut et fort ce qui suit : il est temps d’arrêter de répandre des affirmations erronées et sans fondement, d’instiller des idées malsaines dans l’opinion publique française. Nous sommes en effet face à un procès à charge, qui est en réalité un véritable déni de réalité. On dit souvent à juste titre que la première victime des guerres est la vérité.

Il serait intéressant de savoir à quand remonte la dernière visite que Mathieu Madénian a effectuée en Arménie ? Est-il au courant des réalités de la région ou parle-t-il sur la base des nouvelles que lui présentent les groupes radicaux de la diaspora arménienne ? A cet égard, je juge appropriée d’attirer l’attention de Mathieu Madénian, ainsi que de ceux qui pensent comme lui, sur les faits suivants :

  • Le Karabakh est le territoire souverain de l'Azerbaïdjan reconnu par le droit international, et les Arméniens du Karabakh disposent des mêmes droits et libertés au même titre que toutes les autres minorités ethniques vivant sur notre territoire ;
  • M. Madénian accuse injustement l’Azerbaïdjan de nettoyage ethnique envers les Arméniens du Karabakh. L’Azerbaïdjan n’a jamais procédé à l’expulsion de quiconque. Seule l’Arménie a procédé à des nettoyages ethniques : le premier en 1987 où les 250. 000 azerbaïdjanais ont été exilés de leurs terres en Arménie, dont ils étaient les habitants légitimes depuis plusieurs générations. Cela pour être en mesure d’invoquer ensuite « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », sans risquer de se le voir invoquer en retour par les azerbaïdjanais d’Arménie. Le second s’est déroulé en 1992-1993 pendant la première guerre du Karabakh où les habitants azerbaïdjanais ont été chassés de leurs maisons. Au total, c’est près d’un million de réfugiés et de déplacés internes qui ont ainsi été jetés sur les routes.
  • Les Arméniens qui décident aujourd'hui de quitter le Karabakh le font de leur propre gré et de manière indépendante, et personne, si ce n’est les dirigeants séparatistes arméniens eux-mêmes, ne les y force. De ce fait, il ne peut s’agir, en aucun cas, d’un « exode forcé ». Bien au contraire, l'Azerbaïdjan considère les résidents arméniens du Karabakh comme ses citoyens, les appelle à ne pas quitter leur lieu de résidence et à faire partie de la société multiethnique de l'Azerbaïdjan, tout en déclarant que leurs droits et leur sécurité seront garantis par la loi. Il a été rappelé à maintes reprises que la population arménienne du Karabakh pouvait vivre en paix et en sécurité dans le cadre de l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan.
  • Si une partie de la population arménienne ne souhaite pas vivre dans le cadre de la législation azerbaïdjanaise ni s'y conformer, nous ne pouvons pas les y forcer. Suite à plusieurs rencontres ayant eu lieu avec des représentants des Arméniens du Karabakh dans les villes azerbaïdjanaises de Yevlakh et de Khodjali, l’Azerbaïdjan a livré, via la route Aghdam-Askarant-Khankendi, des cargaisons contenant des vivres et des produits hygiéniques, ainsi que de l’essence et du gasoil à destination de Khankendi. A la suite de l’explosion survenue récemment dans une station-service à Khankendi, l’Azerbaïdjan y a fourni de l’assistance médicale et envoyé une brigade de sapeurs-pompiers du ministère azerbaïdjanais des Situations d’Urgence pour porter secours aux victimes. Également, les hôpitaux des districts azerbaïdjanais ont été aménagés et renforcés par du personnel médical afin d’y accueillir des personnes blessées en provenance de Khankendi.
  • Les accusations d’atrocités que vous portez contre l’Azerbaïdjan ne reposent sur aucune réalité. Qui vous donne ce droit ? Est-il si facile de créer l'image d’un pays « méchant » sur de simples calomnies ?
  • Les territoires azerbaïdjanais - le Karabakh et les sept districts avoisinants - ont été occupés par l'Arménie pendant 30 ans, près d'un million d'Azerbaïdjanais, je le répète, ont été soumis à un nettoyage ethnique brutal, chassés de leurs foyers natals, et sont devenus des réfugiés et des personnes déplacées dans leur propre pays. De cette façon, l'épuration ethnique a conduit à une majorité absolue arménienne dans le Karabakh. Des milliers d'Azerbaïdjanais ont été tués ou mutilés. Pourquoi ne pas évoquer aussi le massacre de Khodjali, un génocide commis par l’Arménie ?
    Dans la nuit du 25 au 26 février 1992, 613 civils - personnes âgées, femmes, enfants ont été assassinés avec une cruauté sans précédent par les forces armées de l’Arménie, lors de la prise de la ville azerbaïdjanaise de Khodjali. Cette nuit-là, un crime contre l’humanité a été commis envers le peuple azerbaïdjanais. Depuis lors, le silence de la communauté internationale face à ce crime a été assourdissant et leur indifférence flagrante. M. Madénian, en avez-vous parlé au moins une fois durant toutes ces années d’occupation ? Avez-vous appelé l'Arménie à mettre fin à l'occupation des territoires azerbaïdjanais et restaurer les droits bafoués de centaines de milliers d'Azerbaïdjanais ? L’avez-vous appelée à la paix ? Hélas, non !
  • L’Azerbaïdjan a déclaré à maintes reprises qu’il n’avait pas les yeux braqués ni sur les territoires ni sur les richesses d’un autre État. Nous avons libéré, sur la base du droit de légitime défense et des résolutions du Conseil de Sécurité (822,853, 874, 884), les territoires qui nous appartiennent de droit. Nous y rétablissons l’ordre constitutionnel de notre pays et mettons fin au séparatisme radical. La présence illégale des forces armées arméniennes en Azerbaïdjan était le principal obstacle à la normalisation des relations interétatiques avec l’Arménie ainsi qu’au processus de réintégration des Arméniens du Karabakh. Aucun pays au monde, y compris la France, ne peut tolérer la présence des forces armées illégales étrangères sur son sol.
  • Nous sommes fiers de notre environnement multiethnique et multiconfessionnel, de même que de la laïcité régnant en Azerbaïdjan. Le respect et la confiance mutuels entre les minorités ethniques, pratiquant des religions différentes, ont fait de l’Azerbaïdjan un exemple de tolérance dans le monde. A cet égard, il y a lieu de rappeler que plus de 30 000 arméniens vivent actuellement dans différents endroits de l’Azerbaïdjan, notamment à Bakou. Une église arménienne rénovée et protégée par le gouvernement azerbaïdjanais se trouve au centre-ville de la capitale azerbaïdjanaise. Votre appel est infondé et déraisonnable, une tragique fiction. Comme le dit l’adage populaire, « le mensonge a beau courir, la vérité finit toujours par le rattraper » ;
  • En dernier lieu, je regrette que la balance ne soit pas équilibrée quant à la façon de présenter des derniers événements survenus au Karabakh. Pourquoi l’Azerbaïdjan ne reçoit-il pas un traitement médiatique égal par rapport à la partie arménienne ? Pourquoi craindre à ce point un débat équitable ?

Paris, le 28 Septembre 2023