VERS « L’ABOLITION » DE LA POLICE DES MŒURS. L’IRAN, FAIT UN GESTE ENVERS LES MANIFESTANTS ?

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5 Décembre 2022 15:16
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VERS « L’ABOLITION » DE LA POLICE DES MŒURS. L’IRAN, FAIT UN GESTE ENVERS LES MANIFESTANTS ?

La « patrouille de la guidance islamique » a été à l’origine de l’arrestation de Mahsa Amini, la jeune Kurde iranienne de 22 ans dont la mort trois jours plus tard a déclenché un vaste mouvement de contestation dans tout le pays. Selon des militants et sa famille, la jeune femme aurait succombé après avoir été battue, mais les autorités ont lié son décès à des problèmes de santé, démentis par ses parents.

Trois mois plus tard, à la suite d’une forte contestation qui agite encore l’Iran, la dissolution de cette police, illustrerait « toute la fragilité du régime », analyse Mahnaz Shirali, la sociologue et autrice du livre « Fenêtre sur l’Iran : Le cri d’un peuple bâillonné ».

« On ne peut qu’y voir un signe prouvant la faiblesse du pouvoir face au mouvement contestataire. Malgré les arrestations et les violences qu’ils subissent, les manifestants sont en voie de faire plier le régime. Les Iraniens, armés de leur seule colère, se montrent plus fort que la République islamique qui ne cesse pourtant de les réprimer avec cruauté », souligne la spécialiste de l’Iran.

Instaurée sous la révolution islamique de 1979, la police des mœurs a été créée pour « répandre la culture de la décence et du hijab ». Autrement dit, veiller au respect du code vestimentaire de la République islamique, imposant notamment le port du voile pour les femmes. Composée d’hommes en uniforme vert et de femmes portant le tchador noir, cette section patrouille dans les rues, scrutant les tenues et menant des arrestations souvent dénoncées par ses détracteurs comme arbitraires.

Les protestations des femmes, qualifiées d'« émeutes » par les autorités, ont balayé l'Iran depuis la mort de cette Iranienne d'origine kurde de 22 ans, le 16 septembre, trois jours après son arrestation par la police des mœurs à Téhéran.

« La police des mœurs n'a rien à voir avec le système judiciaire » et a été abolie, a déclaré le procureur général Mohammad Jafar Montazeri, cité par l'agence de presse ISNA.

Ce commentaire a été fait lors d'une conférence religieuse, où il a répondu à un participant qui demandait « pourquoi la police des mœurs avait été fermée », selon le rapport.

La police des mœurs - connue officiellement sous le nom de Gasht-e Ershad ou « patrouille d'orientation » - avait été créée par le président Mahmoud Ahmadinejad, partisan de la ligne dure, pour « diffuser la culture de la modestie et du hijab », le couvre-chef obligatoire des femmes.

Ces unités avaient commencé à patrouiller en 2006.

L'annonce de leur suppression est intervenue un jour après que M. Montazeri eut déclaré que « le Parlement et le pouvoir judiciaire travaillent (sur la question) » de savoir s'il faut modifier la loi obligeant les femmes à se couvrir la tête.

Le président Ebrahim Raïssi a déclaré samedi, dans des commentaires télévisés, que les fondements républicains et islamiques de l'Iran étaient ancrés dans la Constitution, « mais il existe des méthodes de mise en œuvre de la Constitution qui peuvent être flexibles. »

Le hijab est devenu obligatoire quatre ans après la révolution de 1979 qui a renversé la monarchie soutenue par les États-Unis et établi la République islamique d'Iran.

Les agents de la police des mœurs ont d'abord émis des avertissements avant de commencer à sévir et à arrêter des femmes il y a 15 ans.

Les brigades des mœurs étaient généralement composées d'hommes en uniforme vert et de femmes vêtues de tchadors noirs, des vêtements qui couvrent la tête et le haut du corps.

Le rôle de ces unités a évolué mais a toujours été controversé, même parmi les candidats à la présidence.

Les normes vestimentaires ont progressivement changé, notamment sous l'ancien président modéré Hassan Rouhani. Mais en juillet de cette année, son successeur conservateur, M. Raïssi, a appelé à la mobilisation de « toutes les institutions de l'État pour faire appliquer la loi sur le foulard. »

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