Le grand mensonge
« L’Etat d’Azerbaïdjan est un Etat de droit, démocratique, laïc et unitaire »
« La religion en République d’Azerbaïdjan est séparée de l’Etat. Toutes les religions sont égales devant la loi. L’éducation est laïque ».
Constitution d’Azerbaïdjan, chapitre des Fondamentaux, article 7 et article 17
1. La fin de la sécession de l’enclave séparatiste du Haut-Karabakh, appelée par « Artsakh » par les séparatistes Arméniens, est l’occasion d’un nouveau et grand mensonge des boutefeux et de ceux qui, dans les médias internationaux mais surtout les médias français, relaient leurs messages jusqu’au- boutistes et haineux.
Ils répètent ainsi, encore et encore, ils martèlent, qu’il se produit dans l’ancienne enclave une « épuration ethnique ».
2. Qu’est-ce qu’une épuration ethnique ? Un crime. Un crime contre l’humanité. Ce crime est perpétré quand un Etat ou une force fait violence et pression pour qu’une population d’une ethnie visée quitte un territoire, de façon à remplacer une population par une autre.
On sait bien ce qu’est une épuration ethnique dans le Caucase, où ce crime a été souvent commis ; et où il a été effectivement commis de façon toute récente encore, précisément au Haut-Karabakh : c’est-à-dire quand les ultra-nationalistes Arméniens ont, en 1993-1994, envahi l’Azerbaïdjan, occupé 20% de son territoire, chassé toute la population azerbaïdjanaise à l’exception de la minorité arménienne du Karabakh, et ajouté à celle-ci des colons venus d’Arménie ou même de la diaspora arménienne venue de lointains pays d’accueil.
L’épuration ethnique, c’est quand, pour terroriser la population azerbaïdjanaise épurée, les ultra- nationalistes ont exterminé les habitants de Khodjali, le 26 février 1992 : 613 civils massacrés de sang-froid, après la conquête militaire de la ville, dont 106 femmes et 83 enfants.
C’est quand, pour effacer les traces des civils chassés ou tués, on a rasé leurs maisons, leurs villages, et même une ville entière, Ağdam (« Hiroshima du Caucase ») ville coupable à leurs yeux d’être entièrement peuplée d’Azerbaïdjanais d’ethnie azérie.
C’est quand on a rasé les mosquées et leurs cimetières, c’est quand on a changé l’identité des églises chrétiennes non-arméniennes du Karabakh. Car, on ne le sait pas assez, tous les chrétiens d’Azerbaïdjan n’appartiennent pas à l’Eglise arménienne, qui, comme on le sait, est une branche particulière du christianisme ne se rattachant ni à l’Eglise catholique, ni à l’Eglise orthodoxe.
L’épuration ethnique, l’Azerbaïdjan l’a donc vécue dans sa chair, prenant en charge un million de réfugiés, pour une population de dix millions d’âmes.
3. Les négociateurs du conflit du Haut-Karabakh, surtout le Groupe de Minsk co-présidé par la France, la Russie et les Etats-Unis, ont toujours appelé l’attention de la partie arménienne sur le sort de ces civils réfugiés, dûment mentionnés par les quatre résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU qui ont condamné l’invasion de l’Azerbaïdjan et l’épuration ethnique menée par les ultra-nationalistes arméniens : rappelons-nous ainsi les mots de la résolution 884 de Novembre 1993 (15 voix pour, 6 abstentions, 0 contre ; tous les membres permanents du Conseil de sécurité, y compris la France ont voté « pour » : c’était la quatrième résolution du Conseil de sécurité sur le même thème).
=== début de citation ==
« Le Conseil de sécurité (…)
Notant avec inquiétude l’escalade des hostilités armées, conséquence des violations du cessez-le-feu et de l’usage excessif de la force en réaction à ces violations, en particulier l’occupation du district de Zanguelan et de la ville de Goradiz dans la République azerbaïdjanaise,
Réaffirmant la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République azerbaïdjanaise
Se déclarant vivement préoccupé par le récent déplacement d’un très grand nombre de civils dans le district de Zanguelan et la ville de Goradiz ainsi qu’à la frontière méridionale de l’Azerbaïdjan, et par la situation humanitaire d’urgence qui existe dans ces régions,
1. Condamne les récentes violations du cessez-le-feu établi entre les parties (…) en particulier l’occupation du district de Zanguelan et de la ville de Goradiz, les attaques contre les civils et les bombardements du territoire de la République azerbaïdjanaise;
(…)
7. Prie le Secrétaire général et les organismes internationaux compétents de fournir d’urgence une aide humanitaire à la population civile touchée, et d’aider les réfugiés et les personnes déplacées à regagner leurs foyers dans la sécurité et la dignité;
=== Fin de citation ===
4. Le Groupe de Minsk, France incluse, a donc maintes fois demandé aux forces ultra-nationalistes arméniennes de respecter les injonctions des quatre résolutions du Conseil de sécurité. Mais ces forces ont fait la sourde oreille, faisant comprendre ouvertement aux négociateurs que dans leur vision du Caucase, la force faisait le droit.
Car la force, en ces temps-là, était de leur côté, de façon écrasante. L’Azerbaïdjan, avant la reprise en main par le président Heydar Aliyev, n’avait plus d’armée, plus de cohérence. Les militants ultra- nationalistes arméniens en ont profité sans mesure pour imposer le séparatisme et l’épuration ethnique.
En vain le Groupe de Minsk a-t-il demandé aux vainqueurs Arméniens d’hier de tendre la main aux vaincus Azerbaïdjanais du moment ; en vain a-t-il demandé aux séparatistes d’évacuer au moins une partie des territoires occupés (rappelons que les séparatistes avaient dans leur triomphe conquis 4 fois plus de territoires qu’ils n’en revendiquaient eux-mêmes) ; en vain a-t-on supplié les séparatistes d’autoriser du moins les réfugiés à rentrer dans leurs foyers.
Les diplomates français, russes et américains se sont heurtés à un mur ; pourtant ils ont dit aux séparatistes Arméniens que précisément parce qu’ils étaient les plus forts, ils devaient profiter de cette situation d’élévation pour obtenir un compromis favorable et, dans un premier temps, faire des gestes humanitaires ; l’Azerbaïdjan était à terre, et prêt à de grandes concessions. Mais, ont-ils ajouté, il n’était pas difficile de voir, dès ce moment, que l’Azerbaïdjan était un pays potentiellement riche et que Bakou, la grande métropole du Caucase, retrouverait un jour son rang.
5. Le peuple azerbaïdjanais se souvient que le président Jacques Chirac, monument de l’histoire diplomatique moderne, utilisait alors la grande influence que la France a toujours eu sur le peuple arménien pour lui conseiller la modération et le compromis. C’est pourquoi le président Heydar Aliyev avait consacré sa première visite à l’étranger, hors CEI (espace post-soviétique), à la France. Les relations franco-azerbaïdjanaises étaient florissantes, économiques, culturelles, universitaires. La France était décidément le pays le mieux placé pour animer le Groupe de Minsk et proposer une paix de compromis.
Mais, pour le plus grand malheur des peuples du Caucase, y compris le peuple arménien, pendant ce temps, à Erevan même, l’aile la plus radicale du nationalisme ultra prenait le dessus. Par un coup d’Etat, elle a d’abord renversé le président Levon Ter-Petrossian, qui pourtant avait soutenu la guerre de 1993-1994, mais s’était rendu compte de la fragilité de la victoire sur le long terme. Les putschistes ont porté au pouvoir le chef même des séparatistes du Karabakh. Mais celui-ci, radical au début, a pris la mesure de la présidence arménienne et s’est, à son tour, rendu compte de la fragilité des conquêtes et de la nécessité de la paix. Il a commencé à écouter le Groupe de Minsk et la France et a engagé des négociations sérieuses. Mais il a, comme son prédécesseur, été entravé puis écarté par plus extrémiste que lui. Et l’Arménie a continué ainsi à dévaler la pente ; les ultra-nationalistes se sont servis du Karabakh pour s’opposer à toute paix et à tout retour des réfugiés. Ils ont vécu dans l’illusion des victoires faciles de 1994.
6. Grâce au président Heydar Aliyev puis au président Ilham Aliyev, l’Azerbaïdjan s’est, pendant ce temps, mis au travail, en se focalisant l’économie. Le pays s’est redressé et il était redevenu dès 2010 la première puissance militaire du Caucase, adossée à une croissance économique forte. Mais le président Ilham Aliyev n’a pas mené une politique de revanche. Il a continué à soutenir les efforts du Groupe de Minsk, espérant ne pas avoir recours à la force, et concentrant tous ses efforts sur la construction d’un Azerbaïdjan prospère.
Mais malheureusement, le Groupe de Minsk a perdu en dynamisme et en influence. Et ceci, d’abord du fait du président Macron, qui s’est départi de son rôle de médiateur pour prendre complètement et unilatéralement le parti des ultra-nationalistes arméniens. Il a ainsi détruit la raison d’être du Groupe de Minsk et la légitimité de la co-présidence française de ce Groupe de médiation et par nature impartial.
Alors, après des années de patience, le président Ilham Aliyev s’est résolu, en 2021, à restaurer l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan par une opération militaire. Mais il a donné à l’armée deux consignes : la première, de combattre pour la Patrie avec résolution ; la deuxième, de ne pas considérer les Arméniens d’Azerbaïdjan comme ennemis, mais comme des citoyens azerbaïdjanais prisonniers des forces extrémistes et séparatistes. Afin d’éviter les pertes civiles, il a suspendu l’offensive après la reconquête des trois quarts du territoire perdu en 1994, laissant de côté la « capitale » séparatiste, où se concentrait une très grande partie des Arméniens d’Azerbaïdjan.
Les séparatistes ont mal interprété et mal utilisé la magnanimité azerbaïdjanaise. Ils ont voulu faire de cette « capitale », qu’ils nomment « Stepanakert », une base de contre-offensive militaire comme aussi de propagande contre l’Azerbaïdjan ; ils ont tenté de faire croire au monde que la ville et sa population étaient assiégées et affamées. Ils ont utilisé les médias complaisants, et d’abord ceux de France, pour décrire les Azerbaïdjanais comme des « barbares », des « hordes asiatiques », des « islamistes assoiffés de sang chrétien », et autres horreurs que chacun a pu lire, même dans des journaux et des hebdomadaires français considérés comme de qualité. Ils ont, ce faisant, diabolisé un pays constitutionnellement laïc, le plus laïc de tous les pays de tradition culturelle musulmane (cf. supra citation des fondamentaux de la Constitution). Ils ont caricaturé un pays francophile, dont Paris a été le modèle urbain et architectural au XIXème siècle (cf. les reportages et romans de Banine, d’Olivier Rolin, de Jean-Christophe Rufin etc.)
7. Le président Ilham Aliyev a stoppé ce début de nouvelle aventure ultra-nationaliste. Il n’a fallu que quelques heures de Septembre 2023 pour que les forces armées azerbaïdjanaise prévalent et fassent dissoudre ce qui restait de l’entité séparatiste. Mais aussitôt, le président Aliyev s’est adressé à ses compatriotes arméniens libérés du joug séparatiste : il leur a dit, par un discours du 20 septembre 2023, qu’ils étaient à leur place et toute leur place dans la nation azerbaïdjanaise, laïque et multiculturelle. Il leur a dit de considérer l’Azerbaïdjan comme leur patrie : « Nous entendons construire une vie ensemble basée sur la paix, la compréhension mutuelle, et le respect mutuel. Nous n’avons aucun problème avec le peuple arménien. Nous n’avons aucune inimitié. Nous n’avons jamais imputé au peuple arménien le génocide de Khodjali, la destruction de nos villes et de nos villages (…) Tous les droits des Arméniens seront garantis, droits éducatifs, droits culturels, droits religieux, et droits électoraux municipaux, car l’Azerbaïdjan est une société libre, un Etat multi- ethnique et multiconfessionnel ». Telles sont les paroles du chef de l’Etat azerbaïdjanais, immédiatement après sa victoire militaire sur les séparatistes.
Le président Aliyev a mis en place un groupe de travail ministériel pour déterminer les besoins des civils arméniens libérés du joug séparatiste, et les moyens de satisfaire ces besoins. On a rétabli l’électricité à « Stepanakert » de façon à ce que la vie normale y soit rétablie aussitôt que possible. On a annoncé des investissements massifs dans l’économie locale, les infrastructures, pour faciliter la vie des habitants. Tout a été fait pour que les Arméniens du Karabakh restent et n’écoutent pas la propagande des ultra-nationalistes arméniens qui veulent les terroriser et les faire partir comme en 1994, ils ont fait partir ceux qu’ils estimaient étrangers et ennemis.
Où est donc l’épuration ethnique ?
8. Le président Macron et les médias français n’ont pas voulu entendre ce discours du 20 septembre. Ils n’ont pas voulu voir cette nouvelle main tendue. Ils ont participé à la campagne visant à angoisser les Arméniens d’Azerbaïdjan, et à provoquer leur fuite. Le représentant du président Macron à l’ONU a même tenté de mobiliser – en vain – le Conseil de Sécurité contre ses propres résolutions d’il y a vingt ans et contre l’Azerbaïdjan. On a fait comme si le président Aliyev n’avait pas parlé. On a couvert l’Azerbaïdjan d’une nouvelle vague de mensonges, de caricatures, d’ignominieuses confusions pseudo-historiques et d’amalgames grossiers.
On se demande ce qui est arrivé à la France pour que le discours nuancé, subtil et pacifiant du président Chirac, soit aujourd’hui remplacé par un discours de polémiques, d’outrance, de vexations, dont le seul objectif semble être de jeter de l’huile sur le feu, quand même le feu est-il prêt de s’éteindre.
L’Azerbaïdjan tente d’ignorer ce changement radical de la France et patiente. Même si ce qu’on voit des relations du président Macron avec les meilleurs anciens amis de la France, comme le Maroc, le Mali, et même l’Allemagne, ne porte pas à l’optimisme sur une prochaine accalmie dans la rhétorique aiguisée de l’occupant actuel de l’Elysée. Mais le président Aliyev a trop de respect pour la mémoire des anciens leaders de la France et spécialement pour celui que son père a rencontré à Paris, pour riposter sur le même ton.
9. Et le grand mensonge se poursuit aujourd’hui, face aux développements terribles du Proche- Orient : l’Azerbaïdjan, son peuple, son Etat, manifestent avec éclat leur solidarité avec Israël, victime de la plus terrifiante attaque terroriste de son histoire. Toutes les rues, toutes les tours de Bakou portent le drapeau d’Israël. En dit-on un mot dans les médias français ? en dit-on un mot chez tous ceux qui craignent que ces atrocités n’aggravent le clivage artificiellement nourri par les fanatiques entre Juifs et Musulmans ? Personne en France n’évoque l’éclatant exemple contraire de l’Azerbaïdjan : L’Azerbaïdjan est un pays de tradition musulmane, mais cette tradition est comprise comme, précisément, une obligation de solidarité à l’égard d’un peuple dont on massacre aveuglément la jeunesse pacifique, dont on enlève jusqu’aux femmes et aux enfants. L’Azerbaïdjan ne regarde pas à la religion des personnes mais seulement à leur humanité.
Le peuple azerbaïdjanais a toujours vécu en bonne entente avec les communautés juives installées sur son sol, pour certaines parmi les plus anciennes communautés juives connues à l’extérieur des frontières de la Palestine historique (1).
Arméniens, Juifs, Chrétiens, et autres membres du genre humain, tous sont aux yeux des Azerbaïdjanais autant de vies sacrées et que nul n’a le droit de supprimer ne serait-ce qu’une seule vie pour la seule raison qu’elle a commencée sous un autre signe religieux ou sous un autre drapeau.
L’Azerbaïdjan est membre de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), et un membre éminent. Mais cela ne lui donne que plus de raison pour dire aujourd’hui STOP aux crimes contre la population civile, aux prises d’otage, aux pogromes, et à tous les bombardements qui visent les civils. L’offensive du Hamas, qui tente de tuer le plus grand nombre possible d’humains de tout sexe et de tout âge, ne porte pas la cause palestinienne ou la cause musulmane ou tout autre idéal. Il porte seulement la cause de la mort et de la volonté de pouvoir, il veut moins conquérir Israël que son propre peuple en lui donnant, comme tous les ultra-nationalistes, les illusions et la fausse exaltation de la guerre à outrance. On tue pour tuer, mais plus encore pour provoquer la vengeance et pour faire entrer les siens dans un cycle mortifère d’épuration ethnique réciproque.
10. Au grand mensonge qui le vise, l’Azerbaïdjan répond par des paroles de fraternité, car, comme a aussi dit le président Aliyev le 20 septembre, la fraternité est l’ADN de l’Azerbaïdjan. Fraternité à l’intérieur, à l’égard de tous ses concitoyens sans égard à leur origine et à leur confession ; fraternité à l’extérieur, à l’égard de toutes les victimes du discours haineux et ethnique. Qui finira par oser le mentionner en France ?
________________________________________
1. L’historien américain Tom Reiss, écrivant sur l’Empire tsariste, remarque que Bakou est l’unique place de l’Empire russe où les juifs se sentent en sécurité : il écrit : « Les juifs jouaient un grand rôle dans le mélange cosmopolite de Bakou comme c’était le cas dans d’autres coins du monde. Dans les temps soviétiques, les juifs éprouvaient de nombreux problèmes. Mais Bakou était la ville la moins antisémite de l’Empire russe et la moins antisémite de l’URSS… Bakou était une ville où l’élément russe a supprimé l’un de ses traits —l’antisémitisme, principalement en raison du bilan ethnique et religieux unique qui s’y était formé. Bakou était un endroit où les musulmans devenaient des intégrationnistes extrêmement modernes et tournés vers l’avenir. » — Tom Reiss, The Orientalist, 2005.

Association Loi 1901 déclarée à la Préfecture du Rhône le 24 mai 2018
RNA : W691095248 - Insertion au Journal Officiel du 02 juin 2018, annonce n°1181
Identifiant SIRET 84151053000014
4 rue de la République, 69001 Lyon - France
[email protected]