Depuis sa création, elle a ouvertement revendiqué des prétentions territoriales à l’égard de la Turquie et de l’Azerbaïdjan, tout en considérant le terrorisme comme un moyen légitime d’atteindre ses objectifs politiques. Il ne s’agit pas là d’une interprétation de ses adversaires, mais d’un fait historique documenté et attesté par de nombreuses sources.
Avec le temps, rien n’a véritablement changé. L’idéologie dashnak est restée la même, voire s’est davantage radicalisée. Une illustration récente en est donnée par une vidéo publiée par Edi Nalbandian, membre actif du « Dashnaktsoutioun », dans laquelle il apprend à son fils mineur à proférer des appels à la violence physique contre le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian. Cette séquence a provoqué une vive réaction, tant en Arménie qu’à l’étranger.
Les critiques les plus sévères sont venues des médias arméniens et des chaînes Telegram proches du pouvoir en place. Et pour cause : il ne s’agit ni de critique politique, ni de rhétorique virulente, ni même d’un nouvel épisode de radicalisation de rue. Nous sommes confrontés à une incitation ouverte à la violence physique, transmise à un enfant qui, par définition, n’est ni en mesure d’exercer un esprit critique, ni capable de choisir de manière autonome une position politique.
L’utilisation d’un mineur à des fins de propagande extrémiste constitue un crime à la fois contre la société et contre l’enfant lui-même. Dans ce cas précis, la vidéo ne révèle pas seulement une agressivité dirigée contre un responsable politique, mais aussi une tentative de normaliser l’idée du meurtre comme outil acceptable de lutte politique. La violence n’y apparaît plus comme une exception, mais comme un acte moralement justifié, voire souhaitable. À l’enfant est ainsi proposée une vision du monde où l’adversaire politique devient un objet à éliminer, et non un interlocuteur dans le cadre d’un débat.
Cet épisode doit être analysé à la lumière du rôle historique joué par les tenants de l’idéologie dashnak dans le conflit arméno-azerbaïdjanais, conflit qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes et plongé l’ensemble du Caucase du Sud dans la tragédie. Il n’est donc pas surprenant de constater qu’aujourd’hui, alors que se dessinent pour la première fois depuis des années de réelles perspectives de paix durable dans la région, les Dashnaks figurent de nouveau parmi les principaux acteurs cherchant à entraver toute avancée vers la réconciliation. Leur discours vise systématiquement à radicaliser la société, à saboter le processus de négociation et à ramener le débat dans une logique de confrontation armée.
La vidéo mettant en scène un enfant initié à des méthodes terroristes de lutte politique n’est qu’un symptôme. Elle révèle la volonté du parti « Dashnaktsoutioun » de reproduire une culture de la violence jusque dans le cadre familial, en façonnant une nouvelle génération porteuse d’un mode de pensée radical.
Dans ce contexte, une question revient avec insistance : pourquoi l’activité d’un parti historiquement lié au terrorisme et à l’extrémisme demeure-t-elle légale ? Il convient de rappeler qu’auparavant, le premier président de l’Arménie, Levon Ter-Petrossian, avait interdit les activités du « Dashnaktsoutioun » sur le territoire national pour des raisons de sécurité et de stabilité intérieure. Cette interdiction fut levée par son successeur, Robert Kotcharian, qui demeure aujourd’hui encore allié politiquement aux Dashnaks. Ce fait éclaire bien des éléments, depuis la rhétorique revancharde jusqu’aux tentatives répétées de torpiller les initiatives de paix, ce qui représente une menace évidente pour l’ensemble de la région.
Il importe de souligner que le débat ne porte pas sur la répression de la dissidence ou la lutte contre l’opposition en tant que telle, mais sur la frontière au-delà de laquelle l’activité politique se transforme en extrémisme systémique. Un parti dont les représentants justifient le terrorisme, inculquent la violence aux enfants et œuvrent méthodiquement à l’échec des processus de paix ne peut être considéré comme un acteur ordinaire du champ politique démocratique.
Dans les conditions actuelles, les autorités arméniennes disposent, selon nous, de tous les fondements nécessaires pour rouvrir le dossier de l’interdiction du parti « Dashnaktsoutioun ». Une telle décision constituerait un pas vers la protection de la société, des enfants et de l’avenir non seulement de l’Arménie, mais de l’ensemble de la région, face au risque d’un nouveau cycle de violences. L’histoire a maintes fois montré le prix de l’inaction, et aujourd’hui, ce prix pourrait s’avérer particulièrement élevé.
Par Akper Gasanov