LE CHÂLE TRADITIONNEL EN SOIE D’AZERBAÏDJAN : LE « KELAGHAYI », UNE PIÈCE DU PATRIMOINE

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15 Octobre 2026 16:33
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LE CHÂLE TRADITIONNEL EN SOIE D’AZERBAÏDJAN : LE « KELAGHAYI », UNE PIÈCE DU PATRIMOINE

Le « kelaghayi » est bien plus qu’un simple accessoire vestimentaire. Il reflète l’identité des Azerbaïdjanais, leur savoir-faire artistique et les coutumes transmises par leurs ancêtres. Son histoire se confond avec celle du pays, des anciennes cités de production de la soie jusqu’à Bakou, aujourd’hui.

Lorsque les rues se parent de couleurs, Bakou change de visage. Le défilé célébrant le « kelaghayi » traverse la vieille ville d’Icherisheher, passe devant la Tour de la Vierge et la place des Fontaines, puis se dirige vers le boulevard de Bakou.

Des femmes et des hommes vêtus de tenues traditionnelles marchent aux côtés de représentants d’organisations et de passionnés de la culture azerbaïdjanaise. Ils prennent des photos, échangent des sourires avec des inconnus et transforment une simple promenade en ville en une célébration du patrimoine national.

Au cœur du cortège, une étoffe de soie portée par les femmes azerbaïdjanaises depuis des siècles. Si légère qu’elle peut se plier en un carré, si délicate qu’elle frémit au moindre souffle d’air, le « kelaghayi » revêt une importance bien supérieure à ce que ses dimensions pourraient laisser supposer.

Ses couleurs, ses motifs et ses techniques de fabrication révèlent beaucoup sur les artisans qui l’ont créé, les mains qui l’ont façonné et les communautés qui en ont préservé les traditions. En Azerbaïdjan, pays où l’identité culturelle s’est aussi, comme ailleurs, exprimée à travers les vêtements, l’artisanat, la musique et la tradition orale, le « kelaghayi » occupe une place particulière. À la fois accessoire du quotidien et symbole culturel, il relie la vie de tous les jours à un héritage artistique bien plus ancien.

Le « kelaghayi », un foulard ancré dans le patrimoine national de l’Azerbaïdjan

Les vêtements traditionnels témoignent généralement de ce qu’une société considère comme beau, de sa conception du statut social et de son sentiment d’appartenance. Le « kelaghayi » ne fait pas exception. Depuis des générations, il fait partie de la garde-robe des femmes azerbaïdjanaises, qui le portent différemment selon leur âge, les circonstances, leur région d’origine et leurs préférences personnelles.

Le « kelaghayi » accompagne les femmes tout au long des différentes étapes de leur vie, mais aussi lors des grands événements familiaux et sociaux. La place qu’il occupe dans les coutumes lui a conféré des significations qui dépassent largement le domaine de la mode, en l’associant à la féminité, à la dignité, aux valeurs familiales et à la continuité entre les générations.

Forte d’une longue tradition de sériciculture et de commerce textile, la région de Cheki s’est forgé une réputation de centre de production de la soie. Dans le district d’Ismayilli, le village de Basqal est, quant à lui, particulièrement réputé pour la fabrication du « kelaghayi ». Ses ateliers ont perpétué des techniques exigeant patience, précision et connaissance approfondie de la matière.

Si l’importance du « kelaghayi » dépasse l’histoire de la production de la soie, il est aujourd’hui devenu un élément à part entière de l’identité azerbaïdjanaise. Il incarne un patrimoine façonné par l’artisanat local, les coutumes sociales et les savoir-faire transmis de génération en génération.

Le patrimoine culturel est l’un des moyens par lesquels un pays se fait connaître du reste du monde, en donnant à voir son histoire à travers ses réalisations et son expérience historique.

La couleur permet de reconnaître un « kelaghayi » au premier regard. Un examen plus attentif en révèle toute la finesse. Les motifs traditionnels déclinent notamment des rouges intenses, des bleus profonds, des verts, des dorés et bien d’autres nuances. Le choix des couleurs dépend des préférences personnelles, des traditions locales et de l’usage auquel le foulard est destiné.

Les motifs revêtent une importance tout aussi grande. Formes florales, feuilles stylisées et compositions géométriques témoignent de l’influence des arts azerbaïdjanais, où l’ornementation est omniprésente, des tapis aux détails architecturaux, en passant par les céramiques et d’autres objets artisanaux. Les bordures méritent une attention particulière : souvent plus finement travaillées que la partie centrale, elles encadrent le foulard et donnent au dessin son rythme et son harmonie.

En 2014, l’art traditionnel et le symbolisme du « kelaghayi » ont été inscrits sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Cette reconnaissance a attiré l’attention sur une tradition qui fait depuis longtemps partie de la vie culturelle de l’Azerbaïdjan.

L’inscription a consacré à la fois les connaissances et les compétences nécessaires à la confection de ces foulards de soie, ainsi que les coutumes sociales et les significations associées à leur port. Elle a également souligné l’importance de transmettre cette tradition d’une génération à l’autre afin d’en assurer la pérennité.

Le « kelaghayi » demeure un élément essentiel de l’identité azerbaïdjanaise, porteur de l’histoire, du savoir-faire et des traditions de celles et ceux qui l’ont façonné. Le préserver, c’est maintenir ces traditions vivantes, soutenir les artisans qui perpétuent cet art et veiller à ce que les jeunes générations connaissent l’histoire qui se cache derrière la soie qu’elles portent.

Par Laman Ismayilova