EN AZERBAÏDJAN, L’UNIFORME SCOLAIRE PROMEUT UNE FORME D’ÉGALITÉ ENTRE ÉLÈVES SANS INTENTION D’ATTENTER À LA FOI, ESTIME UN THÉOLOGIEN

Analyses
15 Octobre 2026 17:02
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EN AZERBAÏDJAN, L’UNIFORME SCOLAIRE PROMEUT UNE FORME D’ÉGALITÉ ENTRE ÉLÈVES SANS INTENTION D’ATTENTER À LA FOI, ESTIME UN THÉOLOGIEN

La question de la tenue vestimentaire des élèves est devenue l’un des sujets les plus controversés du débat public en Azerbaïdjan. Elle dépasse désormais les considérations relatives à la discipline en classe pour toucher à des enjeux plus larges, tels que la laïcité de l’enseignement et la liberté religieuse dans le pays.

Ce qui avait commencé comme une discussion sur l’application du règlement relatif aux uniformes scolaires a progressivement pris une dimension politique, suscitant des réactions de commentateurs religieux, de responsables politiques et même de la Turquie, l’un des partenaires régionaux les plus proches de l’Azerbaïdjan.

Au cœur de cette question sensible se trouve une décision adoptée le 21 septembre par le Conseil des ministres d’Azerbaïdjan, modifiant le règlement régissant les uniformes dans les établissements publics d’enseignement général. En vertu de la résolution n° 309, les éléments vestimentaires qui contreviennent à l’uniforme réglementaire ou au principe de laïcité de l’enseignement général ne sont pas autorisés. La décision permet également le port de vêtements traditionnels nationaux lors d’événements scolaires consacrés à l’histoire, à la culture et aux valeurs nationales de l’Azerbaïdjan, sous réserve de l’approbation du conseil pédagogique de l’établissement.

Ces changements ont été mis en œuvre à la suite de l’adoption, cette année, d’une nouvelle version de la loi sur l’enseignement général, qui consacre les principes d’identité nationale et de laïcité. En outre, un règlement spécifique relatif à la tenue vestimentaire des enseignants dans les établissements publics a été approuvé le 6 octobre.

Cette distinction revêt une importance particulière en Azerbaïdjan, dont la Constitution établit le caractère laïque de l’État tout en garantissant la liberté de religion et de conscience. L’article 48 garantit à chacun le droit de pratiquer une religion ou de n’en pratiquer aucune, ainsi que celui d’exprimer ses convictions religieuses. Le débat porte donc essentiellement sur la manière dont ces garanties s’articulent avec les règles spécifiques applicables aux écoles publiques.

Dans un contexte de polarisation croissante, une autre question a émergé : le débat doit-il se limiter aux vêtements religieux ou doit-il également prendre en compte les traditions vestimentaires propres à l’Azerbaïdjan, notamment le « kelaghayi », foulard traditionnel en soie inscrit en 2014 par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité ?

Le théologien Tural Irfan a estimé que l’instauration d’un uniforme standard dans les établissements secondaires azerbaïdjanais devait être comprise comme une mesure visant à préserver l’égalité, la discipline et le caractère laïque de l’enseignement, et non comme une restriction de la liberté religieuse.

« L’instauration d’un uniforme standard dans les établissements secondaires protège non seulement l’égalité sociale, mais correspond également aux principes religieux et moraux, ainsi qu’aux exigences de la vie en société. La religion elle-même met l’accent sur l’égalité, la justice et la modestie, notamment sur l’importance d’éviter les démonstrations excessives de richesse ou de statut social, y compris à travers les vêtements.

À cet égard, nous avons parfois observé deux tendances différentes chez les élèves du secondaire, en particulier dans les classes supérieures. D’un côté, certains privilégiaient des tenues excessivement révélatrices ; de l’autre, certains adoptaient des vêtements particulièrement contraignants. Dans certains cas, ces tenues allaient au-delà des prescriptions religieuses et reprenaient des couleurs, des symboles et des traditions vestimentaires davantage associés aux coutumes nationales arabes ou persanes.

Un principe équitable et uniforme a donc été adopté afin de soumettre ces différentes tendances à une norme commune. Il n’y a rien d’exceptionnel à cela. Des pratiques similaires existent dans de nombreux pays du monde, y compris dans des pays à majorité musulmane. Différentes professions et institutions disposent de leurs propres uniformes, que ce soit dans l’armée, l’aviation, les transports publics ou d’autres secteurs. Certains établissements d’enseignement imposent eux aussi une tenue particulière. »

Établissant une distinction entre les institutions religieuses et les établissements secondaires d’enseignement général, Tural Irfan a soutenu que ces derniers devaient fonctionner selon un ensemble de règles communes, indépendamment de l’origine sociale ou de l’appartenance religieuse des élèves.

« Dans le même temps, les vêtements religieux, notamment le hijab et d’autres signes religieux, sont autorisés à l’Institut de théologie d’Azerbaïdjan et au Collège théologique de Bakou, car il s’agit d’établissements d’enseignement à vocation religieuse. Les écoles secondaires, en revanche, s’inscrivent dans un système éducatif laïque. Par conséquent, les différences raciales, nationales et religieuses ne devraient pas être mises en avant à travers les vêtements d’une manière susceptible de perturber le cadre éducatif commun.

Il s’agit également de préserver l’unité et l’égalité sociale. Certaines familles sont aisées, tandis que d’autres disposent de moyens financiers plus limités. Un élève peut avoir les moyens de s’offrir des vêtements coûteux, contrairement à un autre. Un uniforme scolaire commun permet d’éviter que ces différences ne deviennent des marqueurs visibles du statut social et contribue au maintien d’une norme partagée.

Le système scolaire et le processus éducatif répondent à des exigences qui leur sont propres. Les vêtements ne devraient pas devenir un moyen d’attirer l’attention ou d’afficher ses différences personnelles. Les écoles ne doivent pas se transformer en lieux où les élèves rivalisent par leur apparence, ni en espaces où les signes religieux, ethniques ou nationaux sont exhibés d’une manière qui perturbe le cadre éducatif général. »

Tural Irfan a toutefois reconnu que la controverse révélait également des lacunes dans la manière dont les règles relatives à l’uniforme avaient été introduites et expliquées au public.

« Au regard de ces principes, notamment des valeurs religieuses d’unité, d’égalité et de justice sociale, je considère que l’instauration d’un uniforme standard est tout à fait appropriée.

Cependant, je pense qu’une partie du mécontentement et les tentatives d’instrumentalisation de cette question dans différentes directions trouvent leur origine dans des lacunes qui ont pu s’installer au fil du temps. Peut-être la décision elle-même a-t-elle également été prise un peu tard. En raison de ces insuffisances passées, les gens se sont habitués à ce que les élèves se rendent à l’école dans des tenues variées. Lorsque des exigences plus strictes sont ensuite introduites, certains les perçoivent naturellement comme des restrictions de pratiques auxquelles ils s’étaient déjà accoutumés.

C’est pourquoi un important travail de sensibilisation du public est nécessaire. Les institutions religieuses, les spécialistes de l’éducation, les organisations de la société civile et les théologiens devraient expliquer l’objectif de ces règlements. Les gens doivent comprendre qu’il ne s’agit pas d’une interdiction générale du hijab en Azerbaïdjan. De nombreuses femmes portent le hijab, participent librement à la vie publique et pratiquent leur religion. »

Selon le théologien, une meilleure sensibilisation du public est indispensable pour éviter que le débat sur l’uniforme scolaire ne soit interprété comme une confrontation plus générale entre l’État et les communautés religieuses.

« L’Azerbaïdjan a créé des conditions favorables à la préservation de la religion ainsi que des valeurs nationales et morales, parfois dans une mesure supérieure à celle observée dans certains pays à majorité musulmane. Les communautés religieuses ont la possibilité de pratiquer leur foi, et il serait injuste de ne pas tenir compte de cette réalité.

Présenter le règlement sur les uniformes scolaires comme une interdiction du hijab à l’échelle nationale relève, à mon sens, d’une forme de manipulation influencée par des facteurs extérieurs. Malheureusement, nous n’avons peut-être pas suffisamment expliqué ces réalités au public. Nous n’avons pas assez clarifié la distinction entre les règles applicables aux établissements d’enseignement laïques et la liberté plus générale de pratiquer une religion. En conséquence, la question fait l’objet d’interprétations diverses, et des personnes qui ne comprennent pas pleinement le règlement risquent d’être induites en erreur.

On se rend à l’école pour recevoir une éducation. En dehors de l’école, chacun peut porter des vêtements religieux, une tenue traditionnelle nationale ou tout autre vêtement de son choix. Il n’est aucunement question d’une interdiction générale. »

Tural Irfan s’est également inquiété de ce qu’il décrit comme des tentatives de certains groupes d’exploiter les sensibilités religieuses à des fins politiques. Selon lui, ces évolutions doivent être examinées dans le contexte plus large de la protection de l’ordre constitutionnel laïque de l’Azerbaïdjan.

« Il est également établi que certaines personnes et certains groupes en Azerbaïdjan ont été influencés par des mouvements idéologiques originaires d’Iran et d’autres pays. Certains ont étudié à l’étranger ou reçu un enseignement religieux auprès de personnes liées à ces milieux. Selon mon analyse, certains groupes cherchent à promouvoir des idéologies politiques étrangères sous couvert de religion et à exploiter les sensibilités religieuses pour exercer des pressions sur l’État. De telles activités peuvent également constituer un défi pour l’ordre constitutionnel laïque.

Il va de soi que les institutions publiques compétentes ont la responsabilité de répondre à ces préoccupations. Dans le même temps, la société et les individus doivent comprendre leurs propres responsabilités à l’égard de l’État et de ses institutions. L’État garantit lui-même aux communautés religieuses la liberté d’exister et de pratiquer leurs croyances. Je considère donc que les citoyens croyants ont eux aussi la responsabilité de respecter et de protéger l’ordre constitutionnel qui rend ces libertés possibles. »

Le théologien a par ailleurs estimé que cette controverse pouvait offrir l’occasion de remédier aux lacunes existantes en matière d’éducation religieuse et de communication entre les institutions et le public.

« Nous devons néanmoins reconnaître que les insuffisances de l’éducation religieuse et de la communication avec le public ont contribué à l’apparition de ces tensions. J’espère que ces événements inciteront à examiner plus largement le domaine religieux, notamment les activités des communautés et des institutions religieuses, ainsi que celles des personnes ayant suivi une formation religieuse à l’étranger.

La nature de cette formation, les idées introduites en Azerbaïdjan et leur compatibilité avec nos traditions nationales méritent une attention sérieuse. Aborder ces questions pourrait contribuer à renforcer le modèle azerbaïdjanais de vie religieuse, qui s’est historiquement développé en parallèle avec des traditions de tolérance et de coexistence.

Si ce modèle est consolidé, les acteurs extérieurs auront davantage de difficultés à exploiter les malentendus entre les citoyens croyants et les institutions de l’État. »

Abordant la dimension culturelle du débat, Tural Irfan a mis en avant le « kelaghayi », le foulard traditionnel en soie de l’Azerbaïdjan, comme exemple de coexistence entre valeurs religieuses et traditions nationales.

« Un autre aspect important concerne les vêtements traditionnels de l’Azerbaïdjan. Bien que nous les qualifiions de tenues nationales, ils reflètent également les croyances religieuses et les pratiques culturelles qui ont existé dans notre région à différentes périodes de l’histoire.

Le « kelaghayi », foulard traditionnel porté par les femmes azerbaïdjanaises, incarne la dignité, la simplicité et l’élégance. À mon sens, il correspond également aux principes religieux associés à la modestie vestimentaire.

L’islam accorde une importance particulière à la modestie dans la tenue des femmes. Historiquement, certaines formes de voile étaient également associées à la protection des femmes contre les attentions indésirables ou les dangers potentiels, notamment dans le contexte social des siècles passés. Même si les femmes de l’Azerbaïdjan contemporain ne sont pas nécessairement confrontées aux mêmes circonstances, la modestie vestimentaire conserve un sens pour de nombreuses personnes en raison de leurs convictions religieuses.

Je pense que le « kelaghayi » incarne ces valeurs tout en préservant notre identité nationale singulière. C’est pourquoi les organisations de la société civile, les communautés religieuses et les institutions culturelles devraient accorder davantage d’attention à sa promotion. »

Il a soutenu que la valorisation des vêtements traditionnels azerbaïdjanais pourrait également contribuer à distinguer les pratiques culturelles locales des styles vestimentaires associés à d’autres sociétés.

« Nous devrions nous demander pourquoi les vêtements liés aux traditions nationales d’autres pays sont parfois présentés comme la seule expression appropriée de l’identité religieuse. Des tenues telles que le niqab, le tchador et certaines formes de vêtements couvrant intégralement le corps sont également liées à des traditions culturelles arabes et persanes particulières. Si le fait de se couvrir la tête constitue un principe religieux important pour de nombreux musulmans, ces formes vestimentaires spécifiques ne doivent pas automatiquement être confondues avec une exigence religieuse universelle.

À mon avis, notre propre « kelaghayi » représente une expression plus progressiste et contemporaine de la modestie vestimentaire, tout en intégrant les valeurs que les croyants associent à leur foi.

Je considère donc que les organisations religieuses, les institutions publiques et les associations culturelles devraient promouvoir activement le « kelaghayi », non pas seulement comme un vêtement, mais comme un symbole commun de notre identité nationale et spirituelle. Il incarne le lien entre nos traditions culturelles et notre héritage religieux ».

Pour Tural Irfan, la préservation de la tradition du « kelaghayi » pourrait également constituer une réponse aux affirmations selon lesquelles les politiques éducatives laïques de l’Azerbaïdjan seraient incompatibles avec l’expression religieuse.

« La promotion de cette tradition permettrait également de répondre aux accusations selon lesquelles l’Azerbaïdjan serait hostile aux vêtements religieux ou à l’expression de la foi. Elle montrerait que nous soutenons la préservation de la vie religieuse sous des formes compatibles avec nos valeurs nationales et morales.

En réalité, l’Azerbaïdjan a instauré des conditions favorables à la pratique religieuse. Nous disposons de l’Institut de théologie d’Azerbaïdjan et du Collège théologique de Bakou, où les étudiants reçoivent une formation religieuse et peuvent porter des vêtements religieux, notamment le hijab, ou conserver la barbe conformément à leurs convictions. Nous comptons également de nombreux lieux de culte où les croyants accomplissent librement leurs rites religieux en portant les vêtements qu’ils jugent appropriés.

Nous ne devons toutefois pas confondre ces lieux avec les établissements secondaires d’enseignement général. Les écoles, à l’instar des institutions militaires et de certains environnements professionnels, sont soumises à des exigences vestimentaires spécifiques. Ces normes sont nécessaires pour garantir la discipline, l’ordre, la propreté et l’égalité sociale. »

En conclusion, le théologien a réaffirmé qu’il considérait cette controverse comme une question de normes éducatives plutôt que comme une interdiction religieuse, tout en mettant de nouveau en garde contre l’instrumentalisation politique des sentiments religieux.

« Malheureusement, cette question a été instrumentalisée. Je pense que certaines influences idéologiques extérieures cherchent à exploiter les sentiments religieux et le manque de connaissances de certains croyants afin de servir des intérêts politiques et d’exercer des pressions sur l’État.

Il ne s’agit pas de restreindre la religion. Au contraire, je tiens à souligner une nouvelle fois que l’instauration d’un uniforme standard dans les écoles peut également contribuer à résoudre d’autres problèmes au sein du cadre éducatif.

Auparavant, il arrivait que des élèves se rendent à l’école dans des tenues très différentes, attirant parfois inutilement l’attention ou suscitant des difficultés liées à l’apparence et aux inégalités sociales.

Un uniforme commun contribue à protéger l’égalité sociale et à maintenir les normes éducatives. L’égalité figure également parmi les valeurs fondamentales mises en avant par la religion. Pour ces raisons, je considère que le règlement sur les uniformes scolaires est conforme aussi bien aux exigences de l’enseignement laïque qu’aux principes plus généraux d’équité et de responsabilité sociale. »

Par Akbar Novruz