Le Caucase du Sud est une région qui réunit naturellement tous les atouts nécessaires pour atteindre un niveau de prospérité, de stabilité et de qualité de vie comparable à celui des États baltes, des pays du Golfe persique ou encore de la Scandinavie. Située à un carrefour stratégique entre l'Orient et l'Occident et riche en ressources naturelles, cette région devrait logiquement offrir à sa population des conditions de vie prospères et sûres.
La réalité est pourtant tout autre. Au lieu de devenir un modèle de développement économique et d'intégration régionale, les habitants du Caucase du Sud ont subi pendant des décennies des difficultés entretenues artificiellement, des déplacements forcés de population et une stagnation économique. Lorsqu'on cherche à comprendre les causes profondes de ce potentiel inexploité, on se heurte inévitablement aux politiques irrédentistes destructrices et à l'hostilité ethnique systémique entretenues depuis des décennies par les courants nationalistes en Arménie.
L'ampleur de ce conditionnement idéologique apparaît clairement dans certains discours qui persistent aujourd'hui au sein de la société arménienne. Un récent sondage réalisé auprès des habitants de Gyumri offre un aperçu préoccupant de cet état d'esprit collectif. Plusieurs personnes interrogées ont exprimé une profonde méfiance envers leurs voisins, affirmant n'avoir jamais fait confiance, et ne jamais faire confiance, à un Turcique, tout en s'interrogeant sur la possibilité même d'une paix durable. D'autres ont déclaré vivre sous une menace permanente de guerre, estimant que ceux qui refusent de se battre et de se défendre sont voués à disparaître, en faisant référence à des événements tragiques survenus il y a un siècle.
Cette anxiété profondément enracinée et ce rejet catégorique de la coexistence régionale ne sont pas le fruit du hasard. Selon cette analyse, ils résultent de plusieurs décennies de propagande idéologique soutenue par l'État, ayant banalisé la haine envers les Azerbaïdjanais et les Turcs au point d'en faire une composante quasi pathologique du débat public.
Pour inverser durablement cette trajectoire préoccupante, l'État arménien devrait mettre en œuvre des mesures institutionnelles sérieuses afin de lutter contre les discours de haine et de déconstruire ces préjugés profondément ancrés. Une transformation de fond est nécessaire, à commencer par une réforme ambitieuse du système éducatif visant à promouvoir, dès l'école et à l'université, les valeurs de la tolérance, de la coexistence et du multiculturalisme. Dans cette perspective, le modèle azerbaïdjanais de multiculturalisme, où différentes communautés ethniques et religieuses coexistent historiquement de manière harmonieuse, est présenté comme un exemple régional illustrant que la diversité peut constituer une force collective plutôt qu'une source permanente de tensions.
Le coût humain et économique de l'absence d'une telle culture de tolérance a été considérable. Après s'être affranchie de l'influence et de l'exploitation russes pour accéder à l'indépendance, la région a rapidement été entraînée dans un cycle de militarisation alimenté par des revendications territoriales irrédentistes. Au lieu d'investir des ressources précieuses dans les services sociaux, la santé, les infrastructures ou l'éducation, les États de la région ont été contraints de consacrer des milliards de dollars au renforcement de leurs capacités militaires et à l'acquisition d'armements.
Les conséquences de cette hostilité, que l'auteur attribue aux nationalistes arméniens, ont largement dépassé le cadre des finances publiques. Des centaines de milliers de civils ont été contraints de fuir leurs foyers et ont pris le chemin de l’exil, tandis que des villes et des villages entiers étaient détruits.
Aujourd'hui, les ressources financières nécessaires à la reconstruction de ces localités dévastées et au retour sécurisé des populations déplacées sont comparables, voire supérieures, aux sommes colossales consacrées aux dépenses militaires. Le coût humain est plus lourd encore : des milliers de personnes ont perdu la vie et des dizaines de milliers d'autres ont été grièvement blessées, laissant un lourd héritage social et psychologique aux deux sociétés.
Par ailleurs, l'occupation pendant trois décennies de 20 % des territoires internationalement reconnus de l'Azerbaïdjan a, selon l'auteur, gravement entravé le développement régional.
À cette situation s'ajoute un autre défi majeur : l'Azerbaïdjan figure aujourd'hui parmi les pays les plus contaminés par les mines antipersonnel au monde. Des dizaines de milliers d'hectares de terres agricoles particulièrement fertiles sont restés inexploités durant trente ans et, en raison de la présence persistante d'engins explosifs enfouis, devraient demeurer inutilisables encore longtemps.
Le déminage est un processus extrêmement lent, complexe, dangereux et coûteux. La diminution de la population active, l'impossibilité d'exploiter des terres agricoles essentielles ainsi que le détournement d'importantes ressources financières des secteurs productifs vers les dépenses militaires et la reconstruction d'après-guerre ont inévitablement contribué aux pressions inflationnistes.
Selon l'auteur, les nationalistes arméniens les plus radicaux semblent pourtant ignorer ces réalités socio-économiques. Une population d'environ deux millions d'habitants, vivant dans un environnement géographique entouré par des Azerbaïdjanais et des Turcs, continue d'être exposée à une rhétorique incendiaire rejetant les propositions de paix qui lui sont adressées.
La question fondamentale à laquelle la région doit désormais répondre est simple : combien faudra-t-il encore de victimes ? La guerre n'a-t-elle pas suffisamment démontré son inutilité ? Il est temps d'abandonner les mythes destructeurs, de privilégier une diplomatie pragmatique et de libérer enfin l'immense potentiel, trop longtemps retardé, d'un Caucase du Sud en paix.