LE COMPLEXE MILITARO-INDUSTRIEL ITALIEN ET L'AZERBAIDJAN

Analyses
5 Mai 2026 13:07
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LE COMPLEXE MILITARO-INDUSTRIEL ITALIEN ET L'AZERBAIDJAN

La visite en Azerbaïdjan de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, était attendue. Elle aura constitué une nouvelle illustration du haut niveau atteint par les relations entre les deux pays. Les liens entre Bakou et Rome démontrent de manière éloquente que l’Occident et l’Orient ne sont pas aussi éloignés qu’on pourrait le croire. Lorsqu’il existe une compréhension mutuelle et des intérêts communs, la distance entre États et peuples perd toute importance, y compris dans des domaines aussi sensibles que la défense et la sécurité.

L’Azerbaïdjan et l’Italie renforcent activement leur coopération militaire, se considérant mutuellement comme des partenaires stratégiques. Les deux pays participent ensemble à des exercices multinationaux, tiennent des rencontres de haut niveau et examinent des projets conjoints, notamment en matière de sécurité et de formation. Cette coopération se développe dans le cadre de plans bilatéraux, mais aussi souvent en lien avec l’OTAN. Les experts militaires des deux États entretiennent un dialogue régulier sur des questions telles que la cybersécurité ou la formation du génie militaire. Des délégations azerbaïdjanaises ont ainsi pris part en Italie à des exercices multinationaux de coopération civilo-militaire (CIMIC), y compris en qualité d’observateurs lors de la « Journée des observateurs de haut niveau ». Aujourd’hui, Rome et Bakou discutent également d’une coopération dans la formation des cadres militaires et la recherche scientifique conjointe.

La semaine dernière, le ministre azerbaïdjanais de la Défense, Zakir Hasanov, s’est rendu en Italie. Lors de sa rencontre avec son homologue italien, Guido Crosetto, les deux parties ont examiné les relations bilatérales fondées sur un partenariat stratégique ainsi que leurs perspectives. Les discussions ont porté en détail sur le développement futur de la coopération dans les domaines militaire, technico-militaire et de la formation, ainsi que sur d’autres questions d’intérêt commun.

À l’issue de cette rencontre, Guido Crosetto a souligné le rôle fondamental de l’Azerbaïdjan dans la région eurasiatique, confirmant la volonté mutuelle d’élargir le dialogue.

Un accord de coopération militaire et de défense entre les ministères des deux pays, signé en 2012, encadre notamment la formation des personnels, l’échange d’expériences et les projets conjoints dans l’industrie militaro-technique.

En février 2020, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a effectué sa première visite d’État en Italie. À cette occasion, 28 documents bilatéraux ont été signés dans divers domaines, dont la défense. Parmi eux figure une déclaration relative à la fourniture d’avions d’entraînement italiens M-346, considérés comme parmi les plus modernes au monde pour la formation des pilotes d’avions de combat de générations 4 et 4,5.

En 2023, un contrat a été conclu avec la société italienne Leonardo pour la livraison d’avions de transport militaire C-27J Spartan à l’Azerbaïdjan. Selon l’entreprise, ce programme d’acquisition résulte de discussions techniques approfondies entre les ministères de la Défense des deux pays.

Cet accord s’inscrit dans le programme de modernisation des forces armées azerbaïdjanaises, qui accorde une attention croissante aux produits du complexe militaro-industriel italien. Les appareils de Leonardo ont déjà fait leurs preuves dans des conditions d’exploitation difficiles. Le C-27J Spartan est capable de remplir un large éventail de missions, tant militaires que civiles : transport, parachutage de troupes et de matériel, soutien tactique, opérations des forces spéciales, aide humanitaire ou interventions en cas de catastrophe.

Le 26 juin 2024, à l’occasion de la Journée des forces armées azerbaïdjanaises, le premier C-27J Spartan livré au pays a été présenté au président Ilham Aliyev à l’aéroport international Heydar Aliyev. La cérémonie s’est déroulée en présence de Guido Crosetto, du vice-ministre italien des Affaires étrangères Edmondo Cirielli et du président de Leonardo, Stefano Pontecorvo. Il a été indiqué que cet avion serait utilisé pour des missions de transport militaire, des opérations aéroportées ainsi que des missions médicales.

En novembre 2025, des spécialistes du ministère de la Défense azerbaïdjanais et de l’état-major italien ont tenu une réunion d’experts consacrée aux opérations de recherche et de sauvetage en zone montagneuse. Celle-ci s’est déroulée sur la base du 15e escadron à Cervia, en Italie, avec la participation de militaires de l’armée de l’air azerbaïdjanaise spécialisés dans les opérations aéroportées et de secours.

Pour Bakou, l’Italie apparaît comme un partenaire particulièrement avantageux dans le domaine de la défense. Son complexe militaro-industriel, parmi les plus développés d’Europe, couvre un large éventail de secteurs : aéronautique, missiles, véhicules blindés et construction navale. Il repose sur de grandes entreprises publiques et privées telles que Leonardo, Fincantieri et Iveco Defence Vehicles, qui contribuent aux capacités de l’OTAN. Les principaux centres de production se situent à Milan, Turin et Gênes.

Dans le domaine aéronautique, l’Italie se distingue par la production d’avions de combat, d’hélicoptères et de drones, ainsi que par sa participation à des programmes internationaux tels que Eurofighter et F-35. Fincantieri est par ailleurs l’un des leaders mondiaux dans la construction de porte-avions, destroyers et frégates, destinés aussi bien à la marine italienne qu’à l’export. Les entreprises italiennes développent également des chars, des véhicules de combat d’infanterie, des systèmes d’artillerie, des systèmes modernes de défense aérienne, ainsi que des solutions avancées en électronique et communications.

Les équipements militaires italiens sont activement achetés par des pays de l’Union européenne, mais aussi du Moyen-Orient, notamment le Qatar, le Koweït et l’Égypte, ainsi que par l’Afrique du Sud et les États-Unis.

À ce propos, le système de défense aérienne dit « Dôme Michel-Ange », développé par Leonardo, est présenté par les médias italiens comme une solution révolutionnaire reposant sur l’intelligence artificielle. Le projet, actuellement à un stade avancé, devrait être pleinement opérationnel d’ici la fin de la décennie. Sa principale caractéristique réside dans sa polyvalence : son logiciel, conforme aux normes de l’OTAN, n’est pas lié à des types d’armements spécifiques et peut être intégré à différentes plateformes - avions, chars ou systèmes de missiles - provenant de divers fabricants. Le directeur général de Leonardo, Roberto Cingolani, qualifie d’ailleurs ce projet de « plus grand programme d’intégration de l’histoire de l’industrie de la défense ».

Le fait que la visite de la délégation azerbaïdjanaise conduite par le ministre de la Défense à Rome ait eu lieu une semaine avant celle attendue de Giorgia Meloni à Bakou n’est sans doute pas fortuit. Sans tirer de conclusions hâtives, on peut toutefois s’attendre à de nouvelles évolutions dans la coopération militaire entre l’Azerbaïdjan et l’Italie.

Par Leyla Tariverdieva