Par Yalchin Aliev
La question de la reconnaissance de l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan et de l’appartenance de la région du Karabagh a suscité de vives discussions dans les espaces médiatiques arménien et russe à la suite de la récente rencontre entre le Premier ministre arménien Nikol Pachinian et le président russe Vladimir Poutine.
Lors des négociations tenues à Moscou le 1er avril 2026, le dirigeant russe avait souligné que la reconnaissance du Karabagh comme partie intégrante de l’Azerbaïdjan par la partie arménienne à Prague en 2022 avait fait basculer le processus dans une « dimension intra-azerbaïdjanaise », excluant toute légitimité d’une intervention extérieure. En réponse, Pachinian avait fait valoir qu’Erevan n’avait franchi ce pas qu’après des déclarations publiques correspondantes de la plus haute direction russe.
Cet échange déclencha une vague d’accusations réciproques dans le champ informationnel, centrées sur une question rhétorique : qui, et à quel moment, a « le premier » reconnu cette réalité politique d’un Karabagh territoire d’Azerbaïdjan Pourtant, du point de vue du droit international, de telles controverses sont dénuées de sens juridique, car le statut de l’Azerbaïdjan comme État unifié a été fixé par la communauté internationale bien avant les turbulences politiques actuelles.
Le fait fondamental demeure l’adhésion de la république à l’Organisation des Nations unies en 1992, dans les frontières de l’ancienne RSS d’Azerbaïdjan. Conformément au principe de uti possidetis juris, les frontières administratives des anciennes républiques soviétiques se sont automatiquement transformées en frontières étatiques protégées au moment de l’accession à la souveraineté. Ainsi, l’admission de l’Azerbaïdjan au sein de l’ONU a constitué un acte de reconnaissance collective définitive de son intégrité territoriale, incluant la région du Karabagh, sans nécessiter de confirmations supplémentaires de la part de dirigeants individuels au gré des conjonctures.
Ce socle juridique a été définitivement consolidé en 1993 par quatre résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Ces textes ne se limitaient pas à appeler à un cessez-le-feu : ils confirmaient sans ambiguïté la souveraineté de l’Azerbaïdjan et exigeaient le retrait immédiat des forces d’occupation. L’architecture juridique ainsi établie est restée inchangée pendant des décennies, indépendamment de l’évolution des négociations ou des positions personnelles des responsables politiques. Dans ce contexte, présenter la reconnaissance du Karabagh comme une « concession récente » relève d’une manipulation des faits. Les déclarations contemporaines, qu’elles soient faites à Prague, Sotchi ou Moscou, ne font que constater une réalité déjà existante, et non en créer une nouvelle.
On peut en conclure que la politisation de cette question dans les segments russe et arménien vise principalement un public intérieur, dans le but de transférer la responsabilité des résultats du conflit. Ce faisant, un élément essentiel est occulté : la légitimité des frontières de l’Azerbaïdjan repose sur la Charte de l’ONU et sur la Déclaration d’Alma-Ata de 1991. Le droit international ne fonctionne pas selon une logique d’autorisations personnelles ; la souveraineté sur l’ensemble du territoire national a été, en pratique, tranchée il y a plus de trente ans. La situation actuelle n’est que le rétablissement concret d’un ordre juridique mis à mal par des décennies d’occupation. Ignorer cet aspect conduit à une perception erronée de la réalité, où l’intégrité d’un État semblerait dépendre des humeurs de certains acteurs.
La prise en compte de ces constantes juridiques est essentielle pour la logique du règlement régional. Le processus de paix doit reposer non sur la recherche de « nouvelles » reconnaissances, mais sur le respect des engagements pris par toutes les républiques lors de la dissolution de l’URSS. La position de l’Azerbaïdjan sur ce point est demeurée constante : l’intégrité territoriale n’est pas un objet de négociation, mais le point de départ de celle-ci. Les manœuvres diplomatiques actuelles ne font que ramener le débat dans le cadre du droit international dont il avait été détourné.
En résumé, les polémiques médiatiques sur la « primauté » relèvent d’une construction artificielle destinée à masquer un fait évident : la souveraineté de Bakou n’a jamais été remise en question par aucune organisation internationale majeure, ce qui constitue la seule base solide pour une paix durable.
CONSTANT