ATTITUDE DOUBLE DE BRUXELLES: L'U.E. VEUT A LA FOIS LE GAZ AZERBAIDJANAIS ET LA LIBERATION DES CRIMINELS DE GUERRE

Analyses
23 Avril 2026 13:29
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ATTITUDE DOUBLE DE BRUXELLES: L'U.E. VEUT A LA FOIS LE GAZ AZERBAIDJANAIS ET LA LIBERATION DES CRIMINELS DE GUERRE

Par Akbar Novruz

Le mercredi 16 avril aura été une journée particulièrement chargée à Bruxelles. Dans une salle, une délégation de haut niveau venue d’Azerbaïdjan s’entretenait avec des représentants du Service européen pour l’Action Extérieure dans le cadre des négociations sur un nouvel accord de partenariat. Dans une autre salle, des résolutions étaient soumises au vote des parlements belge et néerlandais, appelant à la libération immédiate des prisonniers arméniens détenus par l’Azerbaïdjan et au retrait de ses troupes d’Arménie. Quatre jours plus tard, Bakou convoquait les ambassadeurs de Belgique et des Pays-Bas. Rien de surprenant. Disons simplement que le moment choisi pour ce type d’initiatives avait de quoi susciter la perplexité.

Les événements du 16 avril sont loin d’être une exception. Ils illustrent au contraire le fonctionnement habituel de la politique étrangère européenne vis-à-vis de l’Azerbaïdjan : une stratégie faite à la fois d’engagement et de critique, comme si ces deux approches coexistaient sans se voir - ou du moins sans se soucier l’une de l’autre. Tandis que l’exécutif européen cherche à séduire Bakou comme fournisseur de gaz naturel pour compenser la perte russe, comme acteur clé du corridor médian et comme partenaire géopolitique dans le Caucase du Sud, ni aligné sur Moscou ni sur Téhéran, le Parlement européen, de temps à autre - et cette fois de manière quelque peu anachronique - rappelle à lui-même et à Bakou que les mesures « antiterroristes » de septembre 2023 étaient « injustifiées ».

La résolution belge, portée par les députés Michel de Maegd et Els Van Hoof, respectivement président et vice-présidente de la commission des affaires étrangères, réclame la libération des prisonniers de guerre arméniens, le retour de la population arménienne du Karabagh sous garanties internationales de sécurité, ainsi que le retrait des troupes azerbaïdjanaises à leurs positions d’avant mai 2021. La résolution néerlandaise, déposée par le député Don Seder, s’inscrit globalement dans la même logique et évoque également, brièvement, la reconnaissance du génocide arménien - un sujet récurrent que l’Azerbaïdjan n’hésite pas à amalgamer avec la question du Karabagh dans son ensemble. Aucune de ces résolutions n’a de caractère contraignant, mais toutes deux ont été adoptées, sans que cela constitue une première.

Dans un communiqué, le Parlement azerbaïdjanais a rejeté ces textes comme étant le produit « d’une imagination malsaine et du racisme de forces traditionnellement anti-azerbaïdjanaises et islamophobes ». Quelle que soit la cible de cette déclaration, il est peu probable qu’elle améliore la position de Bakou. Le ton du ministère des Affaires étrangères s’est montré plus mesuré, tout en dénonçant une « violation flagrante du droit international » fondée sur « des préjugés profondément enracinés contre l’Azerbaïdjan ». Il convient de rappeler que la Cour internationale de justice a déjà refusé d’examiner les demandes de l’Arménie concernant la libération des détenus, et que le groupe de travail des Nations unies avait conclu, en mars 2025, à la légalité de ces arrestations.

Le calendrier et l’audace de ces résolutions apparaissent d’autant plus paradoxaux qu’elles ont été adoptées le jour même d’une rencontre bilatérale entre les présidents des parlements arménien et azerbaïdjanais - une initiative diplomatique discrète mais efficace, que les auteurs des textes ont peut-être ignorée, ou choisi d’ignorer. De son côté, Nikol Pachinian a récemment expliqué à son opinion publique que ressasser les torts passés était incompatible avec le processus de paix engagé par les deux gouvernements. La Déclaration de Washington de 2025 sur la normalisation des relations existe. L’initiative du corridor TRIPP existe. Le rapprochement de l’Arménie avec la Turquie est en cours. Dans ce contexte, exiger un retour aux lignes de 2021 - déconnectées des réalités politiques actuelles - ne semble guère contribuer à ces avancées.

Tout cela, au fond, n’a rien d’étonnant. Ce n’est pas la première fois que l’Union européenne semble faire abstraction de certaines réalités au nom d’une prétendue neutralité. On peut comprendre qu’elle défende les droits humains, mais il est plus difficile d’ignorer qu’elle néglige ainsi un principe fondamental qu’elle a longtemps soutenu : le respect des frontières internationalement reconnues. Les revendications avancées apparaissent aujourd’hui dépassées, en décalage avec la situation actuelle.

Et pourtant, une exception notable subsiste concernant le traité de paix signé à Washington - et elle ne concerne pas l’engagement de l’Azerbaïdjan à libérer les prisonniers. Aucune des déclarations issues du sommet d’août n’évoque cette question. Si leur libération ne devait pas être réglée dans le cadre du traité lui-même, alors ces résolutions parlementaires européennes pourraient constituer, malgré leurs limites - calendrier discutable, influence des diasporas, absence de force contraignante - l’un des rares leviers disponibles. Peut-être, en fin de compte, revient-il aux deux pays d’en décider.

Cela renforce une idée difficile à admettre : le problème de la « main droite et de la main gauche » de l’Europe n’est pas toujours le fruit d’un simple désordre. Dans le cas précis et limité de la responsabilité en matière de droits humains, il pourrait bien relever d’un choix délibéré.