UNE NOUVELLE ETAPE DU CONCEPT DE DEVELOPPEMENT S'EST ENGAGEE AVEC LA RECONSTRUCTION DU KARABAGH

Analyses
22 Avril 2026 11:19
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UNE NOUVELLE ETAPE DU CONCEPT DE DEVELOPPEMENT S'EST ENGAGEE AVEC LA RECONSTRUCTION DU KARABAGH

Au Karabakh, une nouvelle phase de développement s’est ouverte. C’est ce qu’a déclaré à Trend le politologue Azer Garaev.

« La guerre patriotique, achevée en 2020, a marqué dans l’histoire récente de l’Azerbaïdjan non seulement une victoire militaire, mais aussi le début d’une nouvelle étape de développement. La libération des régions du Karabagh et du Zanguezour oriental de l’occupation a placé le pays face à une tâche totalement différente et plus complexe. Si, pendant la période de guerre, l’objectif principal était le rétablissement de l’intégrité territoriale, la phase d’après-guerre a fait de la reconstruction de la vie sur ces terres, du retour des populations et du redressement économique de la région une priorité définie par le chef de l’État.

Les premières images de l’état dans lequel les territoires libérés ont été laissés par les Arméniens ont clairement montré l’ampleur de la tâche. Des villes entièrement détruites, des villages rayés de la carte, des infrastructures sociales et économiques anéanties. Des villes comme Agdam, Fizuli ou Jabrayil se sont littéralement transformées en ruines. Ce tableau reflétait non seulement des destructions matérielles, mais aussi les conséquences d’années de vie interrompue.

Cette réalité a conduit l’Azerbaïdjan à adopter une approche différente du modèle classique de reconstruction. Le processus en cours au Karabagh ne se limite pas à une simple reconstruction : il s’agit, en essence, d’un projet de construction à partir de zéro. À ce titre, les travaux réalisés ces dernières années dans la région font l’objet d’une attention soutenue, tant au niveau national qu’international », a-t-il souligné.

Selon le politologue, l’un des principaux problèmes apparus immédiatement après la guerre a été celui des mines. Une grande partie des territoires était piégée de mines et de munitions non explosées, ce qui a retardé le retour des populations et entravé le lancement des travaux de reconstruction.

« La menace des mines demeure l’un des obstacles les plus sérieux à la reconstruction du Karabagh. Chaque parcelle de terre représentait un danger potentiel, et sans éliminer ce risque, il était impossible de bâtir des localités ou de relancer une activité économique. C’est pourquoi le déminage est devenu l’un des axes majeurs de la politique publique et se poursuit encore aujourd’hui.

Parallèlement, le rétablissement des infrastructures était vital dès les premières étapes. Sans électricité, approvisionnement en eau et réseau routier, aucune activité n’était envisageable. Les premières années ont donc été consacrées en priorité à ces secteurs : mise en place de lignes électriques temporaires, réhabilitation des sources d’eau, construction des principales artères de transport. De nouvelles approches de gouvernance ont également été introduites afin de coordonner l’action des différentes institutions impliquées dans la reconstruction. Grâce à ces mécanismes, les projets ont pu être mis en œuvre de manière plus systématique et plus rapide », a-t-il précisé.

Azer Garaev a souligné que l’un des facteurs clés du renouveau du Karabagh réside dans les importants financements alloués par l’État. Au cours des dernières années, plus de 17 milliards de manats ont été investis dans la reconstruction et le développement de ces territoires. Les montants annuels témoignent de l’ampleur de l’effort : 55 millions en 2020, 2,188 milliards en 2021, 4,311 milliards en 2022, 5,652 milliards en 2023 et 5,347 milliards en 2024.

« Une grande partie de ces fonds est consacrée aux infrastructures : construction de routes, de ponts, de tunnels et de réseaux énergétiques. Parallèlement, la construction de logements, la création d’équipements sociaux et le développement de zones industrielles occupent une place importante. La reconstruction du Karabagh ne vise pas seulement à répondre aux besoins immédiats : elle s’inscrit dans une stratégie de long terme, avec pour objectif de faire de la région un futur pôle de développement économique de l’Azerbaïdjan, dans le respect des principes du développement durable », a-t-il indiqué.

Il a également mis en avant le rôle des pays partenaires et amis de l’Azerbaïdjan dans ce processus : construction d’une mosquée à Fizuli à l’initiative du Turkménistan, d’un centre de créativité pour enfants par le Kazakhstan, d’une école moderne avec le soutien de l’Ouzbékistan, d’un établissement scolaire offert par le Kirghizistan dans le district d’Agdam, participation active d’entreprises turques à de nombreux projets, ou encore contribution de la Biélorussie à un complexe agricole. « Les relations du président Ilham Aliyev avec les dirigeants de ces pays constituent ici un facteur déterminant », a-t-il ajouté.

Le politologue a insisté sur l’importance particulière des infrastructures de transport. Après des années d’occupation, les routes étaient totalement impraticables. Depuis la fin du conflit, des travaux d’envergure ont été lancés : plus de 3 000 kilomètres de routes sont en construction, reliant villes et villages entre eux et au reste du pays. Les tunnels et ponts en zone montagneuse, bien que techniquement complexes, sont essentiels au développement régional. Par ailleurs, trois aéroports internationaux - à Fizuli, Zangilan et Latchine - sont déjà opérationnels, renforçant le potentiel économique et touristique du Karabagh et son intégration aux réseaux de transport internationaux.

Selon lui, l’un des aspects les plus remarquables des travaux est l’application de principes urbanistiques modernes. « Il ne s’agit pas de restaurer à l’identique les anciennes villes, mais de créer un nouveau modèle urbain », a-t-il expliqué. Huit plans directeurs ont déjà été approuvés, intégrant des critères d’équilibre écologique, d’efficacité énergétique et de développement technologique. Le projet de « village intelligent » d’Agali, dans le district de Zangilan, en est un exemple emblématique.

La décision de faire du Karabagh et du Zanguezour oriental une « zone d’énergie verte » constitue également un choix stratégique majeur. Une grande centrale solaire est en construction dans le district de Jabrayil, avec des investissements d’environ 200 millions de dollars. D’autres projets d’énergies renouvelables, dont la réhabilitation de petites centrales hydroélectriques, sont également en cours, renforçant le potentiel énergétique de la région.

Le développement économique repose aussi sur un environnement favorable aux affaires : exonérations fiscales et douanières, subventions, aides à l’investissement. Les résidents des territoires libérés bénéficient notamment d’exemptions d’impôts pendant dix ans, d’avantages sur la TVA et les droits de douane, ainsi que de mécanismes de soutien à l’entrepreneuriat. Des zones industrielles, comme le parc industriel d’Agdam, accueillent déjà plusieurs entreprises, créant des emplois et dynamisant l’économie locale.

Toutefois, souligne le politologue, le facteur humain reste central. « L’objectif principal est le retour des populations sur leurs terres et le rétablissement de conditions de vie normales. » Le programme de « Grand retour » a déjà permis à des dizaines de milliers de déplacés internes de revenir progressivement dans la région. Ce processus s’accompagne de la création d’emplois, de services sociaux et d’infrastructures adaptées.

La reconstruction ne se limite pas au logement : écoles, jardins d’enfants, hôpitaux et autres équipements sociaux sont en cours de construction. Les établissements scolaires répondent aux normes modernes, tandis que de nouvelles infrastructures médicales améliorent l’accès aux soins.

La question de l’emploi reste néanmoins cruciale. Des programmes publics - formations professionnelles, foires à l’emploi, aides à l’auto-emploi - sont mis en œuvre pour favoriser l’intégration économique des habitants. Des milliers de personnes travaillent déjà dans l’agriculture, la construction, les services et l’industrie, contribuant à la relance de l’activité.

Le Karabagh possède également un fort potentiel culturel et touristique. La ville de Choucha, en particulier, est en train de redevenir un centre culturel grâce à la restauration de ses monuments historiques. Le relief montagneux, la richesse naturelle et l’histoire de la région en font une destination prometteuse.

Enfin, Azer Garaev reconnaît que, malgré les avancées, des défis subsistent, au premier rang desquels la menace des mines, qui continue de peser sur la sécurité et le développement économique. L’Azerbaïdjan mène des opérations de déminage à grande échelle, avec le soutien de partenaires internationaux.

« Les projets en cours montrent que le Karabagh ne se contente pas d’être reconstruit : il devient un modèle de développement pour l’avenir. L’utilisation de technologies modernes, la stratégie énergétique verte et les nouvelles approches urbanistiques peuvent transformer la région en l’une des plus avancées du pays.

Ce qui se passe aujourd’hui au Karabagh n’est pas seulement une reconstruction : c’est la création d’un nouveau modèle économique et social. Ce modèle pourrait servir d’exemple à d’autres régions. La renaissance du Karabagh est l’un des projets les plus ambitieux et les plus significatifs de l’Azerbaïdjan ces dernières années, et elle se poursuit sous le contrôle direct du chef de l’État.

Ce processus repose non seulement sur des ressources matérielles, mais aussi sur une volonté politique, une vision stratégique et l’engagement du peuple. Les transformations en cours montrent qu’il est possible de faire renaître une région moderne à partir de ruines. Beaucoup reste à faire, mais les progrès réalisés confirment la pertinence de la voie choisie. Le Karabagh devient progressivement un espace où se conjuguent la mémoire du passé et les espoirs d’avenir », a conclu le politologue.