Par Namik Aliyev,
docteur en droit, professeur, ambassadeur
Zori Balayan est une figure dont le nom est devenu, pour le peuple azerbaïdjanais, synonyme d’idéologie de haine et de séparatisme, d’épuration ethnique, de cruauté et de justification idéologique de l’occupation.
Son activité de publiciste et d’acteur politique a posé les bases d’un conflit de longue durée, qui a infligé des souffrances incalculables aux populations civiles.
Principales accusations et crimes : chronique d’une terreur idéologique
Pendant des décennies, Zori Balayan a construit un système de haine qui a fini par déboucher sur une guerre à grande échelle et une catastrophe humanitaire. Son rôle dans le conflit a largement dépassé le cadre du journalisme, faisant de lui l’un des architectes des épurations ethniques.
Aux côtés de Silva Kaputikyan, il a constitué l’un des piliers idéologiques du séparatisme et des politiques d’épuration ethnique. Bien avant les premiers tirs, il s’est imposé comme le « cerveau » du mouvement visant à détacher le Karabakh.
Son livre « Ochag », ainsi que ses appels publics et ses lettres adressées à Mikhaïl Gorbatchev en 1988, ont servi de manifestes à l’expansionnisme arménien. Il y falsifiait ouvertement l’histoire de la région, niant l’héritage culturel du peuple azerbaïdjanais et présentant les Azerbaïdjanais comme des « étrangers » sur leur propre terre.
La propagande de l’exceptionnalisme arménien, issue de la doctrine nationaliste de Njdeh, en constituait une prolongation et un développement. Par le biais des médias, il diffusait l’idée de l’impossibilité de coexistence entre les deux peuples, préparant ainsi le terrain à la déportation de 250 000 Azerbaïdjanais d’Arménie entre 1987 et 1989. Sa rhétorique a contribué à déshumaniser l’adversaire, rendant possibles les violences ultérieures.
Le rôle dans la tragédie de Khodjaly
Le rôle de Balayan dans le massacre de Khodjaly (25–26 février 1992) est largement évoqué.
En Azerbaïdjan, il est officiellement considéré comme l’un des principaux responsables de cette tragédie, l’épisode le plus sanglant de la première guerre du Karabakh.
Selon de nombreux témoignages, il ne se serait pas contenté d’observer les événements : il se trouvait au sein des états-majors des formations armées, participant à la coordination sur le terrain et incitant les combattants à « nettoyer » le territoire.
Après le massacre, il aurait agi comme un rempart informationnel, cherchant à dissimuler l’ampleur des faits à la communauté internationale ou à les présenter comme une « nécessité militaire », contribuant ensuite à justifier les tueries de masse. La mort de 613 civils, ainsi que les milliers de blessés et de disparus, aurait été intégrée à une rhétorique de victoire.
Le livre « Le réveil de notre âme »
Les passages les plus choquants attribués à Balayan figurent dans son ouvrage « Le réveil de notre âme », publié en 1996.
Dans ce texte, l’auteur est accusé d’élever la violence extrême au rang de « devoir national ». Il y décrit, avec un niveau de détail particulièrement brutal, un acte de cruauté extrême commis dans une maison occupée à Khodjaly, présenté comme un « acte de vengeance » et associé à un sentiment de fierté.
Bien que la partie arménienne ait par la suite tenté de qualifier ce livre de falsification, ces extraits sont devenus, pour la société azerbaïdjanaise et pour certains chercheurs internationaux, le symbole de l’idéologie attribuée à Balayan — une idéologie où la violence la plus radicale est justifiée au nom du patriotisme.
Accusations liées au terrorisme international
Les accusations portées contre Balayan dépassent le cadre du conflit armé et concernent également des actes visant des civils en dehors de la zone de guerre.
Il est notamment accusé d’implication dans l’attentat du métro de Bakou en 1994. L’enquête aurait établi des liens entre lui et les organisateurs des explosions survenues à la station « 20 Janvier » ainsi qu’entre les stations « 28 Mai » et « Gandjlik », qui ont causé la mort de dizaines de personnes. Il aurait été mis en cause pour financement et soutien idéologique à des exécutants recrutés au sein de l’organisation « Sadval ».
Sur la base de ces accusations, le parquet général d’Azerbaïdjan a obtenu son inscription sur une liste de personnes recherchées par Interpol. En 2005, il a été arrêté dans le port de Brindisi, en Italie, mais aurait échappé à l’extradition à la suite de pressions politiques.
Bilan d’une « vie de haine »
Zori Balayan a vécu jusqu’à l’âge de 90 ans, devenant témoin de l’effondrement des idées qu’on lui attribue. Sa vie, associée à la confrontation et à la division, s’est achevée dans un contexte de réaffirmation de l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan.
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Pour le peuple arménien : ses idées sont présentées comme ayant contribué à l’isolement, aux difficultés économiques et à la perte de milliers de jeunes vies dans des conflits.
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Pour l’histoire : il demeure, selon cette lecture, un exemple de la manière dont le capital intellectuel peut être mobilisé pour attiser la guerre et justifier des crimes contre l’humanité.
Ces lignes se veulent un rappel : aucune idéologie ne saurait justifier le sang versé d’innocents, et la quête de justice historique, tôt ou tard, s’impose.