La victoire de l’Azerbaïdjan lors de la guerre patriotique de 2020 et le rétablissement complet de sa souveraineté en septembre 2023 ont servi de véritable révélateur, mettant en lumière l’attitude réelle de différents pays et communautés à l’égard de notre État. Parmi ceux qui n’ont pas accepté le triomphe de la justice et de la puissance azerbaïdjanaises figure la Suisse.
Le foyer de la politique anti-azerbaïdjanaise dans ce pays est devenu son Parlement bicaméral. Parmi les initiatives hostiles adoptées par cet organe, il convient de souligner tout particulièrement la « Swiss Peace Initiative for Nagorno-Karabakh », lancée au printemps 2025 et approuvée par la majorité des membres des deux chambres. Cette initiative appelle les autorités suisses à « créer une plateforme distincte de dialogue entre les représentants du “Haut-Karabakh” et l’Azerbaïdjan ». « L’objectif de cette initiative est d’assurer un retour sûr, collectif et digne de la population arménienne déplacée de force vers sa patrie historique », précise le document. Le 26 mai 2025, une commission multipartite composée de 19 députés a commencé ses travaux afin de favoriser la mise en œuvre de cette initiative.
Rappelons - et Bakou l’a déclaré à maintes reprises - que les Arméniens ont quitté volontairement la région du Karabakh. Malgré la proposition d’un programme d’intégration par l’Azerbaïdjan, les représentants de la population arménienne du Karabakh ont refusé d’en discuter, avant d’inciter les habitants à quitter le territoire azerbaïdjanais. De plus, les autorités azerbaïdjanaises ont souligné à différents niveaux que le retour des Arméniens dans la région du Karabakh n’est envisageable que sur la base du principe de réciprocité, c’est-à-dire à condition que des centaines de milliers de réfugiés azerbaïdjanais et leurs descendants puissent, eux aussi, retourner en Arménie, d’où ils ont été expulsés de force à la fin des années 1980. Enfin, le gouvernement arménien lui-même, parfaitement conscient de ces facteurs, a retiré de son agenda la question du retour des Arméniens du Karabakh.
Dans ces circonstances, l’activité des parlementaires suisses ne peut être interprétée autrement que comme une tentative de raviver les forces revanchistes en Arménie. L’un des dirigeants de la commission, le notoirement turcophobe Stefan Müller-Altermatt, a ainsi déclaré : « Il vaut sans doute mieux ne pas nourrir trop d’illusions quant aux intentions de l’Azerbaïdjan. Ilham Aliyev n’est pas intéressé par la paix. » Ces propos visent pourtant un pays et un dirigeant qui ont été les premiers à proposer une initiative de paix, soumettant à l’occupant vaincu cinq principes de règlement fondés sur la reconnaissance mutuelle de la souveraineté et de l’intégrité territoriale - sans exiger de contributions ni de réparations, pourtant courantes dans de telles situations.
Récemment, Müller-Altermatt, accompagné d’un autre député, Fonebel, et de l’activiste chrétien des Droits de l’Homme Aibner, s’est rendu à Erevan, où ils ont visité le bureau du régime autoproclamé et rencontré le « président par intérim » de l’entité dissoute, Danielyan.
Il est évident que ces démarches visent à nier les nouvelles réalités issues de la guerre de 44 jours et de l’opération antiterroriste de 2023, ainsi qu’à entraver la conclusion d’un accord de paix. Une question légitime se pose : pourquoi une part significative de l’establishment politique suisse cherche-t-elle à faire obstacle à une paix que le gouvernement arménien lui-même affirme vouloir ?
Plusieurs facteurs expliquent le biais de certains responsables suisses à l’égard de l’Azerbaïdjan. D’abord, l’influence traditionnelle du lobby arménien - y compris sur le plan financier - qui continue d’agir dans une logique d’hostilité envers la Turquie et l’Azerbaïdjan, sans grande considération pour les réalités sur le terrain.
Ensuite, une islamophobie et une turcophobie historiques persistantes au sein de certaines élites européennes. On peut également supposer que la Suisse cherche à « se venger » de l’expulsion d’Azerbaïdjan du Comité international de la Croix-Rouge, institution que Berne considère comme l’un de ses emblèmes, après que celui-ci se fut discrédité aux yeux de Bakou par une violation des principes de neutralité.
Un autre élément mérite d’être souligné. Les thèses avancées par le groupe de travail parlementaire suisse coïncident, de fait, avec celles de la propagande russe. Ainsi, Stefan Müller-Altermatt a affirmé : « En définitive, la paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ne peut être obtenue que par une pression extérieure sur l’Azerbaïdjan », citant notamment les tensions sur l’axe Azerbaïdjan–Russie et la guerre entre Israël et l’Iran comme leviers potentiels. Ces propos font écho aux discours de propagandistes russes évoquant une inévitable sanction de l’Azerbaïdjan par la Russie et soutenant que le conflit arméno-azerbaïdjanais n’est pas terminé. On ne peut exclure que Moscou et Berne aient, en l’occurrence, des intérêts convergents.
Un autre facteur de la position peu amicale de la Suisse réside dans la transformation du pays en centre d’attraction pour des figures anti-azerbaïdjanaises. Il s’agit notamment du blogueur Emin Huseynov, dont l’exfiltration d’Azerbaïdjan vers la Suisse a été organisée par l’ancien ministre des Affaires étrangères et président suisse Didier Burkhalter. Les autorités suisses ont intégralement réglé la dette fiscale de Huseynov, d’un montant de 247 500 manats. Bien qu’il ait enfreint son engagement de ne pas se livrer à une propagande anti-azerbaïdjanaise, Berne ferme les yeux sur ses activités ouvertement hostiles. Il convient d’ajouter que, tant durant ses fonctions officielles en Suisse qu’à la présidence en exercice de l’OSCE, et même après son retrait de la vie politique en 2017, Burkhalter a adopté une posture équidistante vis-à-vis de l’État occupant - l’Arménie - et de l’État victime de l’occupation, l’Azerbaïdjan.
Cependant, toutes ces manifestations de politique anti-azerbaïdjanaise ne sont que de pâles tentatives face à la progression assurée de Bakou sur la scène internationale. De plus en plus de pays s’engagent sur la voie de relations égalitaires, respectueuses, confiantes, voire stratégiques avec l’Azerbaïdjan. Il ne s’agit pas seulement de pragmatisme ou de realpolitik. Le rétablissement de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Azerbaïdjan s’est effectué en pleine conformité avec le droit international - celui-là même que les élites européennes disent vouloir préserver en cette époque de turbulences.
La révision des anciennes approches destructrices à l’égard de l’Azerbaïdjan est un processus objectif. L’administration Trump a reconnu le caractère erroné du cap biaisé de Biden et a signé avec Bakou une Charte de partenariat stratégique. Le gouvernement Merz s’abstient des « réserves » exprimées par l’équipe Scholz. Même Paris, confronté à la fermeté de Bakou, a ralenti le rythme et évoque désormais la nécessité d’une réinitialisation. Il ne reste plus qu’à supposer que les cantons suisses eux aussi finiront par parler d’un changement de cap.