Après la libération complète des territoires occupés du Karabakh par l’Azerbaïdjan à la suite de la guerre de 44 jours en 2020 et de l’opération militaire des 19-20 septembre 2023, le patrimoine historique et archéologique de la région a de nouveau pu être mis en lumière. Cependant, durant la période d’occupation arménienne, de nombreux sites ont été détruits ou falsifiés, en particulier ceux liés à l’héritage des peuples nomades anciens, qui étaient susceptibles de remettre en question les récits historiques construits par la propagande arménienne.
1. Le Karabakh antique : un patrimoine archéologique menacé :
La libération des territoires occupés du Karabakh a révélé un patrimoine culturel considérable, dont une partie a été soit détruite, soit gravement endommagée durant l’occupation arménienne. Les fouilles illégales menées dans la région ont été financées et encadrées non seulement par des acteurs arméniens, mais également par des cercles scientifiques en Europe, entraînant l’exportation massive d’artefacts et la falsification de l’histoire régionale [1,2].
Les publications de chercheurs arméniens, puis européens et russes, ont présenté une vision déformée des résultats de ces fouilles, ignorant ou dénigrant l’héritage nomade et proto-turc de la région. Une analyse minutieuse de ces travaux permet toutefois de mesurer l’ampleur des découvertes et de comprendre les intentions derrière la falsification historique.
2. L’importance des monuments du district d’Aghdam et des zones adjacentes :
Les monuments culturels et historiques d’Aghdam et des régions voisines sont d’une importance capitale, car ils situent la frontière entre le Karabakh des plaines et le Karabakh des montagnes. Ces territoires ont vu se développer dès l’Antiquité des foyers humains, évoluant au cours du Haut Moyen Âge et de l’ère islamique. La richesse en ressources hydriques et végétales, couplée à des conditions favorables à l’élevage nomade ont favorisé une occupation dense, expliquant la concentration élevée de monuments historiques.
L’occupation arménienne a entraîné la destruction systématique de la majorité des kourganes et plus de 30 « balbals » (stèles funéraires) dans le district d’Aghdam, témoins directs de l’héritage proto-turc vieux de 4 à 5 millénaires. Les archéologues arméniens ont, quant à eux, focalisé leurs recherches sur les périodes plus tardives, facilitant ainsi l’appropriation du patrimoine de l’Albanie du Caucase [4,5].
3. L’héritage des peuples nomades : 3000-4000 ans d’histoire :
Les recherches soviétiques, notamment celles de K. H. Kushnareva et A. L. Jakobson, ont démontré que le Karabakh et les régions avoisinantes constituaient depuis des millénaires un territoire de pastoralisme semi-nomade. Les découvertes archéologiques montrent l’existence d’une culture nomade riche, illustrée par des menhirs, balbals, kourganes, nécropoles et mausolées, impossibles à rattacher à l’histoire arménienne inventée [3].
La fouille illégale de Papravend en 2016 a permis la découverte d’objets datant du IXe au VIIe siècle av. J.-C., dont des statuettes anthropomorphes, des vases et des perles, confirmant une occupation continue de la région dès le début du premier millénaire av. J.-C. [4,5,6,7]. Les fouilles de 2018 ont mis au jour un mausolée contenant des artefacts en métal, os et verre datés du VIIIe au VIe siècle av. J.-C. [6,7,8].
Ces découvertes confirment que le Karabakh, depuis l’Antiquité, était intégré dans un réseau culturel et économique unifié, reliant les plaines de Milya aux montagnes du Karabakh, et que les populations turques étaient autochtones dans la région depuis plusieurs millénaires [11,12].
4. Le rôle central de l’élevage dans la culture turque ancienne :
L’élevage transhumant a été l’activité principale des Azerbaïdjanais pendant des siècles. Les recherches archéologiques montrent que cette pratique existait déjà au IVe millénaire av. J.-C. dans les montagnes et vallées du Caucase du Sud [3]. L’étude des kourganes de Khojaly a confirmé la continuité du pastoralisme semi-nomade et l’unité économique et culturelle des régions de plaine et de montagne du Karabakh [11,13].
Cette continuité invalide les thèses selon lesquelles les peuples nomades du Sud-Caucase seraient arrivés d’ailleurs et démontre que les Azerbaïdjanais sont des habitants autochtones de longue date.
5. Appropriation de l’Albanie du Caucase et falsifications arméniennes :
En revanche, les périodes tardives de l’Antiquité et du Haut Moyen Âge, notamment l’héritage de l’Albanie du Caucase (ou Aran, comme désignent encore aujourd’hui ces terres les Azerbaïdjanais), ont fait l’objet d’une appropriation systématique par la propagande arménienne. Le terme « Albanie du Caucase », introduit dans la science européenne aux XIXe-XXe siècles, a été utilisé pour justifier l’attribution arménienne de ces monuments. Or, les sources syriennes, géorgiennes, sassanides et arabes confirment l’usage du nom « Aran », associé aux descendants d’Aran, fils de Noé, qui ont créé une culture originale intégrée à l’héritage azéri [12].
Pour restaurer la vérité historique et contrer les récits idéologisés arméniens, il est crucial de privilégier le terme « Aran » et de réintégrer les résultats archéologiques montrant la continuité entre l’héritage nomade ancien et la civilisation de l’Albanie du Caucase.
6. Réhabilitation au lendemain de la libération des territoires :
Depuis la libération du district d’Aghdam, les monuments uniques de Papravend – menhirs, balbals et restes de mausolée – ont été localisés et étudiés. Des travaux ont également permis d’identifier les sites de fouilles illégales et de répertorier ces monuments pour une préservation scientifique future. Ces actions permettent de protéger un patrimoine culturel qui révèle l’ancienneté et le caractère autochtone du peuple azerbaïdjanais dans la région.
Conclusion :
Les recherches archéologiques menées au Karabakh montrent que le patrimoine nomade turc ancien constitue un phénomène culturel unique et millénaire. Les tentatives de falsification arménienne n’ont pu masquer la continuité historique et culturelle des Azerbaïdjanais dans cette région. La mise en lumière et la préservation de ces monuments offrent une perspective historique scientifique sur l’autochtoneité des populations et sur la richesse culturelle du Karabakh et des régions avoisinantes.
Bibliographie
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« Des fouilles se poursuivent au Karabakh (photos) », Armedia.am, 07/03/2017, lien
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« Objets précieux découverts lors des fouilles à Nor Karmiravan », Artsakhpress.am, 11/10/2018
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