À travers des investissements massifs, l’implication de grands groupes internationaux et le développement de corridors énergétiques transrégionaux, Bakou entend se positionner comme un pôle clé de la « green energy » dans le Caucase du Sud, au bénéfice des investisseurs comme de la sécurité énergétique européenne.
Deux projets emblématiques incarnent déjà ce tournant. Le 8 janvier 2026 a été inaugurée la centrale éolienne « Khizi-Abcheron », d’une capacité installée de 240 mégawatts, construite par le groupe saoudien ACWA Power. Sa production annuelle, estimée à 1 milliard de kilowattheures, permettra d’économiser jusqu’à 220 millions de mètres cubes de gaz naturel et d’éviter plus de 400 000 tonnes d’émissions de CO₂. Elle s’ajoute à la centrale solaire de Garadagh (230 MW), développée avec le groupe émirati Masdar et mise en service en octobre 2023, dont la production annuelle atteint environ 500 millions de kilowattheures.
Cette dynamique s’inscrit dans une vision de long terme, assumée au plus haut niveau de l’État. Lors d’un échange avec des dirigeants économiques à Davos, le président Ilham Aliev a détaillé des objectifs particulièrement ambitieux : « D’ici 2032, nous prévoyons de produire huit gigawatts d’énergie solaire et éolienne. Nous avons un potentiel considérable, de nombreux jours ensoleillés et beaucoup de vent. Nous avons déjà signé plusieurs contrats et nous travaillons désormais sur le stockage de l’énergie », a-t-il déclaré.
Les projections sectorielles confirment cette trajectoire. La part des énergies renouvelables dans la production d’électricité devrait atteindre 25 % en 2027, puis 30 % à l’horizon 2030. Une première phase, jusqu’à la fin de 2027, prévoit l’installation d’environ 2 gigawatts destinés en priorité à la consommation intérieure. Les étapes suivantes, avec plus de 6 gigawatts supplémentaires, seront largement orientées vers l’exportation d’électricité et l’alimentation de centres de données, un segment stratégique pour les investisseurs européens et internationaux.
Parmi les projets majeurs figurent la centrale solaire « Shafag » (240 MW) à Jabrayil, développée avec BP, qui repose sur un modèle de « transfert virtuel » de l’électricité vers Bakou, réduisant les émissions locales de CO₂ à 330 000 tonnes par an. Le programme « Mega » de Masdar combine, quant à lui, plusieurs installations : deux centrales solaires à Bilasuvar (445 MW) et Neftchala (315 MW), ainsi qu’un parc éolien de 240 MW sur la péninsule d’Abcheron. À Bilasuvar, plus de 940 000 panneaux solaires devraient couvrir à eux seuls 4 à 5 % des besoins électriques du pays. D’autres projets, comme la centrale solaire de Gobustan (100 MW), portée par un investisseur chinois, ou les installations « Ufug » et « Shams » développées avec Nobel Energy, confirment l’ampleur de l’engagement étranger.
Cette montée en puissance des capacités vertes s’accompagne d’une stratégie géopolitique assumée : la création de corridors énergétiques « verts » reliant la mer Caspienne à l’Europe via la mer Noire, la Turquie ou le Caucase. Ces axes -Caspienne- mer Noire-Europe, Azerbaïdjan-Turquie- Europe ou encore Azerbaïdjan- Géorgie- Bulgarie - renforcent le rôle du pays comme plateforme de transit et d’exportation d’électricité propre, tout en contribuant à réduire la dépendance européenne aux hydrocarbures.
Pour Bakou, l’équation est présentée comme gagnant-gagnant. Le pays bénéficie d’une diversification de son économie, de transferts technologiques et d’afflux d’investissements. Les partenaires internationaux, eux, accèdent à une énergie stable, compétitive et faiblement carbonée, avec un fort potentiel d’exportation. « Investir en Azerbaïdjan dans les énergies renouvelables, mais aussi dans les centres de données et l’intelligence artificielle, correspond aujourd’hui aux intérêts des entreprises européennes », a souligné Ilham Aliev.
À l’heure où l’Union européenne accélère sa transition énergétique et où la demande mondiale en énergie verte s’intensifie, l’Azerbaïdjan entend démontrer qu’un pays historiquement producteur d’hydrocarbures peut devenir un acteur central de la nouvelle géographie énergétique. En plaçant les énergies renouvelables au cœur de sa stratégie, Bakou aspire à faire du Caucase du Sud un nœud incontournable de l’énergie propre, au croisement des impératifs climatiques, économiques et géopolitiques.