L’ambassadeur d’Iran à Douchanbé, Alirizo Hakikiyon, s’est entretenu avec le ministre tadjik des Transports, Azim Ibrohim, ainsi qu’avec d’autres responsables du ministère. Les échanges commerciaux bilatéraux entre l’Iran et le Tadjikistan ont fortement augmenté au cours du premier trimestre 2026, une période qui coïncide avec le début de la guerre opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël.
Cette hausse spectaculaire soulève des interrogations : Téhéran chercherait-il à ouvrir, via le Tadjikistan, une voie d’approvisionnement pour se procurer des technologies et des biens à usage militaire, et/ou des produits essentiels destinés à la population civile ? C’est ce qu’indiquent des sources étrangères.
Le 14 avril, Alirizo Hakikiyon a rencontré de hauts responsables du ministère tadjik des Transports afin de discuter de l’extension et de l’accélération du commerce terrestre entre les deux pays. Bien que fortement liés sur le plan culturel, l’Iran et le Tadjikistan ne partagent pas de frontière directe. Selon un rapport diffusé par l’agence de presse officielle tadjike Khovar, le commerce bilatéral a progressé de 50 % au premier trimestre 2026 par rapport à la même période en 2025, malgré la survenue du conflit en Iran et dans la région du golfe Persique. Sur l’ensemble de l’année 2025, les échanges entre les deux pays avaient déjà augmenté de 28 %.
Le service des douanes du Tadjikistan indique que le volume des échanges a atteint environ 120 millions de dollars au premier trimestre 2026, dont un peu plus de 24 millions de dollars d’exportations tadjikes.
En 2025, le commerce extérieur total du pays s’élevait à environ 10,7 milliards de dollars, soit une hausse de 20 % par rapport à l’année précédente. Les importations représentaient 2,4 milliards de dollars, ce qui correspond à un ratio importations/exportations d’environ un pour trois.
Les médias publics tadjiks n’ont pas fourni d’explication sur les raisons de cette augmentation rapide des échanges avec l’Iran, alimentant les spéculations sur d’éventuelles livraisons d’armes ou de matériaux à usage militaire, notamment des composants destinés à la fabrication de drones. L’Iran est par ailleurs confronté à un besoin urgent de denrées alimentaires de base.
Certains analystes régionaux rappellent que les échanges commerciaux entre la Russie et les États d’Asie centrale, en particulier le Kirghizstan, avaient fortement augmenté après le lancement de l’invasion de l’Ukraine par le Kremlin en 2022. Depuis, le Kirghizstan est régulièrement accusé de servir de voie de contournement permettant à Moscou d’obtenir des biens à double usage, contribuant ainsi à soutenir son effort de guerre et à contourner les sanctions occidentales.
Un phénomène similaire pourrait être en train d’émerger dans les relations commerciales entre l’Iran et le Tadjikistan.
Mi-mars, le Tadjikistan avait déjà suscité des interrogations en envoyant vers l’Iran un convoi massif de 110 camions, officiellement chargé de plus de 3 600 tonnes d’aide humanitaire - un volume largement supérieur à celui fourni par d’autres pays de la région. Au moment du départ du convoi, certains observateurs avaient rappelé qu’en 2022, année du début de la guerre en Ukraine, l’Iran avait ouvert une usine de fabrication de drones au Tadjikistan. Fin mars, Radio Free Europe/Radio Liberty a publié un rapport s’interrogeant sur la réalité opérationnelle de cette installation. Quoi qu’il en soit, les données commerciales suggèrent qu’une dynamique inhabituelle est à l’œuvre.
Par ailleurs, l’ambassade d’Iran au Tadjikistan s’est livrée à une provocation peu diplomatique à l’égard du président américain Donald Trump, se moquant d’une publication très critiquée sur les réseaux sociaux dans laquelle il se présentait comme un guérisseur à la manière du Christ. Le message, publié sur Twitter (désormais X), est devenu viral.