Lors de leur passage sur la chaîne de télévision publique Gabon 24, les officiers ont déclaré qu'ils représentaient toutes les forces de sécurité et de défense du pays d'Afrique centrale. Ils ont affirmé que les résultats des élections étaient annulés, que toutes les frontières étaient fermées jusqu'à nouvel ordre et que les institutions de l'État étaient dissoutes.
Des bruits de tirs ont été entendus dans la capitale Libreville, ont rapporté les agences de presse Reuters et AFP après le passage à la télévision.
Les membres du gouvernement déchu n'ont fait aucun commentaire dans l'immédiat. M. Bongo, 64 ans, qui a été vu pour la dernière fois en public lorsqu'il a voté lors de l'élection de samedi, est maintenant assigné à résidence, ont précisé les dirigeants du coup d'État.
Le fils et proche conseiller de M. Bongo, Noureddin Bongo Valentin, son chef de cabinet Ian Ghislain Ngoulou ainsi que son adjoint, deux autres conseillers présidentiels et les deux plus hauts responsables du Parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir « ont été arrêtés », a ajouté un responsable militaire.
Ils sont accusés de trahison, de détournement de fonds, de corruption et de falsification de la signature du président, entre autres.
« Au nom du peuple gabonais, nous avons décidé de défendre la paix en mettant fin au régime actuel », ont insisté les officiers dans un communiqué.
Les militaires se sont présentés comme membres du « Comité de transition et de restauration des institutions ». Les institutions de l'État qu'ils ont déclarées dissoutes comprennent le gouvernement, le sénat, l'assemblée nationale, la cour constitutionnelle et le corps électoral.
S'il réussit, ce coup d'État serait le huitième en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale depuis 2020. Les coups d'État au Mali, en Guinée, au Burkina Faso, au Tchad et au Niger ont sapé les progrès démocratiques au cours des dernières années.
Les tensions étaient vives au Gabon, où l'on craignait des troubles après le scrutin présidentiel, parlementaire et législatif de samedi, qui a vu M. Bongo chercher à étendre la mainmise de sa famille sur le pouvoir depuis 56 ans, tandis que l'opposition a poussé au changement dans ce pays riche en pétrole et en cacao, mais frappé par la pauvreté.
Le Centre électoral gabonais a annoncé que M. Bongo avait obtenu 64,27 % des voix, contre 30,77 % pour son principal adversaire, Albert Ondo Ossa, à l'issue d'un processus marqué par des retards.
Samedi, le camp de l'opposition a insisté que l'élection était une « fraude orchestrée par Ali Bongo et ses partisans », après la coupure de l'internet et l'imposition d'un couvre-feu. Les médias français France 24, RFI et TV5 Monde ont également été interdits, accusés de « manque d'objectivité et d'équilibre [...] dans le cadre des élections générales en cours », selon le gouvernement.
L'absence d'observateurs internationaux, la suspension de certaines émissions étrangères et la décision des autorités de couper l'accès à Internet et d'imposer un couvre-feu nocturne dans tout le pays après le scrutin avaient suscité des inquiétudes quant à la transparence du processus électoral.
La Première ministre française, Elisabeth Borne, a déclaré que son gouvernement suivait les événements au Gabon « avec la plus grande attention ». Paris maintient une présence militaire dans plusieurs de ses anciens territoires, dont le Gabon, où 370 soldats sont déployés en permanence, dont certains à Libreville, la capitale, selon le site web du ministère français de la Défense.
M. Bongo était le candidat du Parti démocratique gabonais (PDG), le parti fondé par son père, Omar Bongo, qui a dirigé le Gabon de 1967 à 2009. Après la mort de ce dernier, son fils, alors ministre de la Défense, a pris sa place en tant que président et est au pouvoir depuis lors.