La réunion du Conseil des chefs d'État de la Communauté des États indépendants (CEI) s'est tenue à Astana le 14 octobre.
A cette occasion, le président de la République d'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, a prononcé un discours sans concession à l'égard de la politique française dans le Caucase du sud, en en particulier sur l'attitude partiale et hostile du président Emmanuel Macron.
Rappelons qu'Emmanuel Macron, dans son interview avec France 2 ce mercredi, a fait une déclaration stupéfiante pour un co-président du groupe de Minsk, en prenant délibérément le parti des séparatistes arméniens, en présentant, par un renversement des faits, l'Azerbaïdjan comme l'agresseur.
« il y a deux ans elle [l'Arménie] a subi une guerre dans le Haut-Karabakh...qui était un territoire qui n’était pas reconnu sur le plan international, il y avait là-dessus une controverse, mais l’Arménie était donc au Haut-Karabakh, dans ce pays qui était au cœur de l’Azerbaïdjan. L’Azerbaïdjan a lancé une guerre terrible, avec beaucoup de morts et des scènes atroces, et elle a repris ce territoire » a ainsi déclaré Emmanuel Macron.
Ilham Aliyev, a ainsi dressé le tableau de la situation dans le Caucase :
"Je voudrais informer mes collègues de la situation dans notre région. Mes collègues savent bien que pendant l'occupation des territoires azerbaïdjanais par les forces armées arméniennes, je n'ai jamais porté cette question à l'attention de la CEI, car le groupe de Minsk de l'OSCE était engagé dans le processus de résolution du conflit, et avait un mandat pour cela. Malheureusement, pendant 28 ans, Groupe de Minsk n'a obtenu aucun résultat. Et comme nous pouvons le constater maintenant, l'objectif réel de cette structure n'était pas de résoudre le conflit, mais de le geler. Les négociations n'étaient qu'un paravent pour maintenir le conflit sans solution pendant de nombreuses années supplémentaires. C'est pourquoi l'Azerbaïdjan la du se résoudre à régler lui-même le conflit, conformément au droit international, à la Charte des Nations unies, et notamment à l'article 51 de la Charte des Nations unies, qui implique que chaque pays a le droit de se défendre, le conflit est donc désormais considéré comme clos.
La situation post-conflit est différente. Je voudrais donc informer mes collègues de ce qui s'est passé récemment. En septembre, il y a tout juste un mois, des affrontements ont eu lieu près de la frontière entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie. Les raisons de ces affrontements sont évidentes : la terreur à l'égard de l'Azerbaïdjan se poursuit, principalement par l'utilisation de mines et d'armes lourdes.
Depuis la fin de la deuxième guerre du Karabakh, plus de 250 citoyens d'Azerbaïdjan ont été tués ou gravement mutilés à cause des mines anti-personnel enterrées en majorité pendant la période d'occupation. Nous avons également découvert 1 400 mines antipersonnel fabriquées par l'Arménie, qui ont été posées en 2021 près de la frontière avec le district de Lachin. Les routes menant d'une position militaire azerbaïdjanaise à une autre ont également été minées. La réponse militaire de l'Azerbaïdjan n'a pas duré plus de huit heures. L'Azerbaïdjan n'avait aucune intention d'occuper le territoire arménien, comme certains tentent de le faire croire. Pas une seule ville ou village n'a été occupé. Grâce à la médiation de la partie russe, je tiens à souligner que c'est la partie russe qui a proposé un cessez-le-feu, alors que certains attribuent cela à d'autres pays, ce qui est totalement dénué de fondement, grâce à la médiation de la partie russe donc, les affrontements militaires ont cessé.
Le 6 octobre, en marge de la nouvelle plate-forme de la communauté politique européenne à Prague, une réunion quadripartite s'est tenue avec le Président français, le Président du Conseil européen, le Premier ministre d'Arménie et le Président d'Azerbaïdjan. Au cours de la réunion, à la suite de nombreuses heures de négociations, il a été décidé d'envoyer sur le territoire de l'Arménie, près de la frontière arméno-azerbaïdjanaise, une mission civile de l'Union européenne composée de 40 personnes. Nous avons appris par la suite que le nombre serait amené à 50 personnes. Ils y resteront au moins 2 mois et le but de cette mission, tel que nous le voyons et c'est pourquoi nous l'avons accepté, est d'aider les parties à tracer la frontière, et à identifier les questions liées à la délimitation. Il y a eu une tentative d'envoyer cette mission du côté de l'Azerbaïdjan également, qui a été fermement rejetée par nous. Par conséquent, la mission sera située sur le territoire de l'Arménie, dans la zone de responsabilité de l'OTSC. Hier, le premier groupe de représentants européens est arrivé en Arménie pour déterminer le lieu de cette mission.
L'Azerbaïdjan a accepté de tenir une réunion quadripartite, avec la participation du président français, bien que la France n'ait rien à voir avec les relations entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie. En effet, la France, en tant que coprésidente du Groupe de Minsk, avait un mandat pour une mission de médiation, mais puisque le conflit du Karabakh est réglé, les services du Groupe de Minsk ne sont plus nécessaires, d'autant plus que ces services étaient, si je puis dire, un "service d'ours"(1). Comme je l'ai dit, le Groupe de Minsk n'a rien fait, et pas un centimètre de notre territoire n'a été libéré .
En ce qui concerne la participation du président du Conseil européen, comme vous le savez, plusieurs réunions trilatérales ont déjà eu lieu à Bruxelles, et nous avons toujours soutenu les efforts de l'Union européenne en faveur de la normalisation des relations azerbaïdjano-arméniennes. Ainsi, malgré la bonne volonté de l'Azerbaïdjan, une semaine seulement après la réunion de Prague, le président français a fait des déclarations offensantes, inacceptables, fausses et provocantes. Elles sont disponibles dans la presse, tout le monde peut en prendre connaissance. Dans ces déclarations, il accuse l'Azerbaïdjan de mener "une guerre terrible", manipulant ainsi les faits dans le but de tromper l'opinion publique française et mondiale. L'Azerbaïdjan menait une guerre sur son territoire internationalement reconnu. Le Karabakh est internationalement reconnu comme faisant partie de l'Azerbaïdjan. Nous avons utilisé notre droit à l'autodéfense et restauré notre intégrité territoriale par la force. Il a également été déclaré que "la France n'abandonnera jamais l'Arménie". La France choisit donc son camp. Emmanuel Macron également fait des remarques tendancieuses sur la Fédération de Russie, à savoir que "la Russie a joué le jeu azerbaïdjanais". Laissons le public français déterminer dans quelle mesure il est politiquement correct pour le président d'un grand pays d'utiliser un vocabulaire d'arrière-cour. Pour notre part, nous condamnons et rejetons fermement de telles déclarations, et ne voyons aucune légitimité pour la France de jouer un quelconque rôle dans la normalisation des relations azerbaïdjano-arméniennes avec une telle attitude de son gouvernement.
En outre, le ministre français des affaires étrangères a également prononcé des discours anti-azerbaïdjanais, le sénat français et la chambre des députés ont adopté, pendant la deuxième guerre du Karabakh, des résolutions reconnaissant le soi-disant Haut-Karabakh. Même si l'Arménie elle-même ne l'a pas reconnu. Nous savons qu'une autre résolution anti-Azerbaïdjanaise est en préparation au Sénat français à la mi-novembre.
J'ai eu la chance de m'entretenir régulièrement avec le président Chirac, le président Sarkozy et le président Hollande, et les relations étaient plutôt équilibrées, plutôt amicales, et nous avons toujours perçu les activités des précédents présidents français, malgré, bien sûr, la pression de la diaspora arménienne en France, comme équitables. Mais hélas, malheureusement, les dirigeants français actuels ont pris un chemin inverse. Je souhaite donc informer mes collègues de cette situation.
Par ailleurs, l'ambassade d'Azerbaïdjan à Paris a été attaquée à deux reprises. Après la première attaque, le Président français m'a promis, lors d'une conversation téléphonique, que des mesures seraient prises pour éviter que cela ne se reproduise. Mais cela s'est avéré être inexact, pour ne pas dire plus. Les gardes qui étaient postés devant l'ambassade d'Azerbaïdjan après le premier acte de vandalisme et une tentative d'intrusion dans le bâtiment de l'ambassade ont été retirés. Cela a très probablement été convenu avec la partie arménienne. Et aussitôt que les gardes ont été retirés, une une deuxième tentative d'intrusion a eu lieu, accompagnée d'inscriptions insultantes. Des bandes de d'individus radicalisés déchaînés ont attaqué l'ambassade d'Azerbaïdjan. Ceci est absolument inacceptable et constitue une violation de toutes les conventions diplomatiques.
Je dois dire qu'il y a également eu des provocations de l'Arménie contre l'ambassade d'Azerbaïdjan au Liban et contre l'ambassade d'Azerbaïdjan aux États-Unis. Ce dernier acte d'agression et de terrorisme s'est matérialisé, devant témoins, par des tir sur la voiture de l'ambassade d'Azerbaïdjan aux États-Unis. Nous appelons les États-Unis, la France, le Liban et tous les autres pays où se trouvent des missions diplomatiques azerbaïdjanaises, qui pourraient être soumises au trerrorisme à faire preuve de responsabilité et à remplir leurs obligations internationales. Nous n'avons aucun doute sur le fait que les actes de terrorisme et de vandalisme ont été orchestrés par l'Arménie. Pourquoi est-ce que je dis cela ? Parce que, dans les années 1990, les services spéciaux arméniens ont mené 32 attaques terroristes, notamment des attentats à la bombe dans des métros, des bus, des ferries et des trains. Ces actes terroristes ont entraîné la mort de plus de 2 000 civils azerbaïdjanais.
Quant aux autres aspects de la situation post-conflit, nous sommes maintenant activement engagés dans la restauration des territoires libérés. Tout est détruit. Les images ont été publiées et sont visibles par tous. Il n'y a pas un seul bâtiment intact sur 10 mille kilomètres carrés de territoire, 65 des 67 mosquées ont été détruites. Les images honteuses et insultantes de mosquées transformées en étables et en porcheries ont fait le tour du net. Tout cela témoigne de la haine hystérique envers la nation azerbaïdjanaise et tout le monde musulman. Voilà la réalité.
Un autre point que je voudrais souligner est qu'avec la médiation de la Fédération de Russie, une déclaration trilatérale a été adoptée en novembre 2020. L'Azerbaïdjan applique toutes les clauses de la déclaration, y compris l'accès sans entrave de l'Arménie au Karabakh. Mais l'Arménie ne met pas en œuvre sa partie de la Déclaration. Elle n'autorise pas, de son côté, un accès sans entrave de la partie principale de l'Azerbaïdjan à la République autonome du Nakhitchevan, ce qui fait partie de son obligation légale, et elle n'a toujours pas retiré lss forces armées du territoire azerbaïdjanais. Nous avons été patients jusqu'à présent, mais notre patience n'est pas infinie. Si ces deux points importants de la déclaration trilatérale de novembre 2020 ne sont pas mis en œuvre, nous n'aurons d'autre choix que d'agir de manière adéquate.
Et en conclusion sur les Arméniens du Karabakh. Lors de la réunion de Prague, nous avons également eu un échange de vues sur cette question. Notre position est claire, nette. Le Karabakh est l'Azerbaïdjan. Les droits et la sécurité des Arméniens du Karabakh seront assurés conformément à la Constitution de l'Azerbaïdjan. Nous n'allons pas discuter de nos problèmes internes avec un parti quelconque. Et d'après ce que j'ai compris de la réunion de Prague, cette question n'a pas provoqué aucune divergence entre les participants de la réunion quadrilatérale.
Merci de votre attention. J'ai jugé nécessaire d'informer mes collègues de ce qui s'est passé, car il existe différentes versions de ce qui s'est passé. Je voulais que vous entendiez notre version et la seule version. Merci.
__________________________________________
(1) "Service d'ours" est une expression typique des langues slaves. Elle vient à l'origine d'une fable sur un homme et un ours. L'ours voulait aider l'homme en tuant un moucheron qui était posé sur son front. Le coup a naturellement tué en même temps le moucheron et l'homme. Cette expression est à rapprocher de l'expression française "jeter le bébé avec l'eau du bain.