LA HONGRIE A-T-ELLE PERDU SON INTÉRÊT POUR LA DIPLOMATIE TURCIQUE ?

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2 Novembre 2026 10:31
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LA HONGRIE A-T-ELLE PERDU SON INTÉRÊT POUR LA DIPLOMATIE TURCIQUE ?

Alors que l’Organisation des États turciques (OET) tient son 13ᵉ sommet à Ankara, le 30 octobre, l’attention se porte non seulement sur les ambitions croissantes de l’organisation dans les domaines du commerce, de l’énergie et de la connectivité régionale, mais aussi sur l’avenir du rôle de l’un de ses partenaires européens les plus singuliers : la Hongrie.

Organisé par le président turc Recep Tayyip Erdoğan autour du thème « Siècle turcique : unité dans la langue, la pensée et l’action », ce sommet réunit les dirigeants et représentants des États membres et observateurs afin d’examiner les questions de coopération politique, d’investissement, de connectivité des transports, de sécurité énergétique et d’évolution de la situation régionale. Cette rencontre marque également le transfert de la présidence de l’OET de l’Azerbaïdjan à la Turquie.

Pour la Hongrie, qui possède le statut d’État observateur au sein de l’organisation, cette réunion intervient à un moment politiquement déterminant. Le pays a connu un profond changement de leadership à la suite des élections législatives d’avril 2026, qui ont mis fin aux seize années de pouvoir de Viktor Orbán et porté Péter Magyar et son parti, Tisza, à la tête du gouvernement.

Sous Viktor Orbán, Budapest avait noué des relations politiques particulièrement étroites avec le monde turcique, se positionnant comme un partenaire européen de la Turquie, de l’Azerbaïdjan et des pays d’Asie centrale. L’engagement de la Hongrie auprès de l’OET était devenu un élément visible de sa politique étrangère, témoignant d’une volonté plus large de diversifier ses partenariats diplomatiques et de renforcer ses liens économiques au-delà de l’Union européenne.

L’arrivée au pouvoir du gouvernement de Péter Magyar soulève donc des interrogations quant à la volonté de Budapest de maintenir le même niveau d’engagement. La Hongrie conserve son statut d’observateur, mais les orientations à long terme de la nouvelle équipe dirigeante à l’égard de l’organisation ne sont pas encore clairement définies.

Le professeur Laszlo Vasa, de l’université Széchenyi István, estime que les relations de la Hongrie avec le monde turcique doivent être considérées comme un intérêt stratégique de long terme, et non comme une simple initiative de politique étrangère propre au précédent gouvernement.

« Les relations de la Hongrie avec le monde turcique revêtent une importance stratégique qui dépasse le cadre d'un seul gouvernement. Sous Viktor Orbán, la Hongrie est devenue un État observateur particulièrement actif au sein de l’Organisation des États turciques. Cette implication lui a conféré une visibilité politique, tout en contribuant à instaurer un climat de confiance et à créer des perspectives de coopération économique. À mon sens, ces acquis méritent d’être préservés, même si le nouveau gouvernement choisit d’adopter un discours politique différent. »

Évoquant les incertitudes entourant la future participation de Budapest, Laszlo Vasa met en garde contre toute interprétation hâtive d’une présence diplomatique moins visible, qui ne saurait nécessairement être assimilée à un retrait définitif de la coopération avec l’organisation.

« L’approche que la nouvelle direction hongroise entend adopter à l’égard de l’OET reste une question ouverte. Une participation moins visible suscite des incertitudes, et nos partenaires turciques souhaitent, à juste titre, recevoir des signaux plus clairs de la part de Budapest. Je serais toutefois prudent avant d’y voir une décision définitive de prendre ses distances. J’espère que, lorsqu’il aura défini ses priorités en matière de politique étrangère, le gouvernement saura reconnaître l’importance de long terme de ces relations. »

La question du positionnement stratégique de la Hongrie revêt une importance particulière à l’heure où l’Union européenne cherche à renforcer ses relations économiques avec l’Asie centrale et le Caucase du Sud. La diversification des itinéraires de transport, les partenariats énergétiques et le développement du Corridor médian ont accru l’importance de la coopération entre les pays européens et les États turciques.

Dans ce contexte, le professeur Vasa estime que les engagements européens de la Hongrie et ses relations avec le monde turcique ne doivent pas être considérés comme des objectifs contradictoires de politique étrangère.

« Du point de vue hongrois, un approfondissement de la coopération avec le monde turcique et un engagement fort envers l’Union européenne peuvent se renforcer mutuellement. L’importance croissante de l’Asie centrale et du Caucase du Sud dans les domaines de l’énergie, des transports et du commerce rend également ce rapprochement de plus en plus utile pour l’Europe. La Hongrie a la possibilité d’y contribuer grâce à sa connaissance de la région, à ses contacts établis et à ses partenariats économiques. »

Le professeur souligne toutefois que le maintien du rôle de la Hongrie en tant que passerelle entre l’Union européenne et le monde turcique nécessitera un engagement diplomatique constant ainsi qu’une coopération concrète.

« Dans le même temps, jouer un rôle de passerelle exige un travail actif. La seule situation géographique ne suffit pas. La Hongrie doit entretenir un dialogue politique régulier, développer la coopération entre les entreprises et les partenariats universitaires, tout en assurant une présence visible au sein des institutions où sont débattues les priorités régionales. Si nous réduisons notre engagement pendant une période prolongée, d’autres pays saisiront naturellement les occasions qui se présenteront. Le monde turcique évolue rapidement et poursuivra son développement. »

Abordant les conséquences potentielles du changement de gouvernement en Hongrie sur les partenariats commerciaux et énergétiques existants, Laszlo Vasa établit une distinction entre la continuité des engagements commerciaux déjà pris et le soutien politique indispensable au lancement de nouveaux projets.

Selon le professeur, un changement de majorité politique à l’échelle nationale ne compromet pas nécessairement les accords déjà conclus entre les gouvernements, les entreprises et les investisseurs.

« En matière d’énergie et de commerce, un changement de gouvernement n’entraîne pas automatiquement une interruption de la coopération existante. Les accords commerciaux, les investissements et les projets d’infrastructure s’inscrivent généralement dans une perspective bien plus longue qu’un cycle électoral. Leur poursuite dépend des engagements juridiques, des intérêts économiques et des décisions des entreprises concernées. Par ailleurs, de nombreux partenariats sont organisés sur une base bilatérale, tandis que l’OET leur fournit un cadre politique favorable. »

Il avertit néanmoins qu’une incertitude prolongée concernant les priorités du gouvernement pourrait freiner le développement de futurs partenariats, même si les projets déjà engagés ne sont pas directement menacés.

« Cela étant, l’attention politique joue un rôle important. Les projets existants peuvent se poursuivre, mais de nouveaux investissements et accords risquent de perdre leur élan lorsque les priorités gouvernementales manquent de clarté. C’est là que l’incertitude peut avoir un coût réel, même en l’absence de tout retrait officiel ou de toute annulation. »

Laszlo Vasa met également en avant les possibilités concrètes que la coopération avec l’Azerbaïdjan, la Turquie et les pays d’Asie centrale continue d’offrir à la Hongrie, notamment dans les domaines de la sécurité énergétique et de la connectivité des transports.

« Je reste prudemment optimiste. La coopération avec la Turquie, l’Azerbaïdjan et les États d’Asie centrale offre à la Hongrie des perspectives concrètes en matière de sécurité énergétique, d’accès aux marchés et de connectivité des transports, notamment dans le cadre du Corridor médian. Il s’agit d’intérêts nationaux qui devraient être reconnus au-delà des clivages politiques. »

Pour l’avenir, le professeur espère que Budapest élaborera sa propre approche de la coopération avec l’OET, tout en préservant les relations diplomatiques établies sous l’administration précédente.

« Je m’attends à ce que le nouveau gouvernement finisse par définir sa propre approche à l’égard de l’OET, tout en préservant la confiance qui a déjà été instaurée. Le sommet d’Ankara constitue une occasion de réaffirmer que le monde turcique demeure un partenaire important pour la Hongrie et que les possibilités d’approfondir cette relation restent considérables. »


Par Akbar Novruz