Dans le conflit du Caucase du sud, la France est, avec la Russie, et contre toute logique ni cohérence avec les lois internationales, l’un des seuls pays au monde à défendre l’Arménie contre l’Azerbaïdjan.
Emboîtant le pas à l’extrême droite, l’ensemble des partis politiques multiplient les déclarations assassines contre l’Azerbaïdjan, présenté comme une dictature sanguinaire face à un pays démocratique et pacifique. L’Azerbashing est à la mode au parlement comme dans les medias.
Selon Bruno Retailleau, initiateur d’une « tribune » parue dans le Figaro et signée par 170 parlementaires LR, « la France peut et doit intervenir parce que les Arméniens incarnent le visage de la démocratie dans une région … mais aussi le poste avancé d’une culture chrétienne que nous avons en partage. »
Tout est dit.
Dans une France où la droite extrême est devenue le chef d’orchestre de la politique, le conflit du Caucase apparaît comme un instrument du discours sur l’identité nationale, sur les prétendues « racines chrétiennes de la France » - une idée que le Pape lui-même avait contesté – et sur la désignation de l’islam et des pays musulmans comme le bouc émissaire de notre propre déliquescence.
Sauf que tout cela relève d’une manipulation suprémaciste et de l’odieuse contrefaçon d’une réalité, qu’il est d’autant facile de travestir que la région dont elle est le cadre est lointaine et pratiquement inconnue de nos concitoyens.
Les pugilats dont l’assemblée nationale arménienne est régulièrement le siège montrent à quel point Erevan a une conception très personnelle de la démocratie. Contrairement à ce que prétend Bruno Retailleau, l’Azerbaïdjan est un pays laïque où toutes les religions sont libres de s’exprimer et d’exercer leur culte, ce qui n’est pas forcément vrai chez nous.
Enfin, le Karabakh n’est pas la terre « ancestrale » des Arméniens, puisque ceux-ci y sont arrivés au XVIIe siècle, et que la région est caractérisée par sa multi-ethnicité, ce qui n’est pas le cas de l’Arménie qui a pratiqué, en 1987, un véritable nettoyage ethnique, de façon à ne laisser à l’intérieur de ses frontières, que des Arméniens d’origine certifiée.
Quant au corridor de Latchine, la fable du blocus ne devrait pas résister à l’examen des faits, sauf que les diplomates français ont été les seuls à refuser de se rendre dans les anciennes régions occupées, sans doute pour ne pas avoir à témoigner des destructions massives opérées depuis trente ans par les occupants arméniens.
Face à ces déclarations, qui ne servent finalement qu’un discours raciste que la France de Voltaire ne mérite pas, deux voix se sont élevées : celle de l’ambassadrice d’Azerbaïdjan en France, Madame Leyla Abdullayeva, et de l’ancien député LR Jean-François Mancel.
Nous reproduisons ici leurs déclarations :
Lettre ouverte de l’ambassadrice de l’Azerbaïdjan en France
«Nous regrettons la grande hostilité des élus LR à l'égard de notre pays . Au moment où nous avons une opportunité historique, pour la première fois depuis trente ans, de pouvoir aboutir à une paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la prise de position de ces élus est, à mes yeux, incompréhensible.
Depuis la libération de nos territoires [du Haut-Karabagh, ndlr] en 2020, tout ou partie des élus français du parti Les Républicains (LR) expriment une grande hostilité à l'égard de mon pays, l’Azerbaïdjan. Cent soixante-dix d’entre eux viennent ainsi de publier une tribune dans Le Figaro, « l’appel de la droite LR pour soutenir le Haut-Karabagh ». Parmi les signataires, Gérard Larcher, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, David Lisnard, Bruno Retailleau, Olivier Marleix, François-Xavier Bellamy et Eric Ciotti.
Nous regrettons cette hostilité, sans la comprendre, car les liens entre nos deux pays ont toujours été étroits — notamment avec Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, les derniers Présidents de la République issus de leurs rangs. Mais nous l’acceptons. A nos yeux, cette hostilité à l’Azerbaïdjan est d’abord dictée par le soutien à l’Arménie.
Au moment où nous avons une opportunité historique, pour la première fois depuis trente ans, de pouvoir aboutir à une paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ouvrant un nouveau chapitre vers le développement et la coopération dans toute la région, la prise de position de ces élus est, à mes yeux, incompréhensible.
Je ne veux évidemment pas croire que cette prise de position obéisse à des considérations électoralistes, mais je note que la position des élus LR s’éloignent de celle du gouvernement d’Arménie pour se rapprocher de celles des séparatistes arméniens ou d’une partie des organisations arméniennes en France.
En effet, cet appel de LR est en contradiction totale avec la politique actuelle du gouvernement de l’Arménie. Le Premier ministre, Nikol Pachinian, a annoncé à plusieurs reprises, notamment lors du Sommet du Conseil de l’Europe de Reykjavik les 16-17 mai 2023, reconnaître la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur le Karabakh. Cette position a été également réaffirmée par la déclaration du Président du Conseil européen, Charles Michel à l’issue de la réunion à Bruxelles le 14 mai dernier. Pour sortir des représentations erronées, afin de rassurer les signataires sur la volonté de l’Azerbaïdjan de construire une paix juste et durable, je leur propose de les rencontrer pour en débattre de vive voix. Leur format sera le nôtre.
Je souhaite rappeler qu’au début des années 1990, la République d’Azerbaïdjan, qui venait de restaurer son indépendance, a été confrontée à une agression militaire sans précédent de la part de l’Arménie, à la suite de laquelle 20 % du territoire internationalement reconnu comme appartenant à l’Azerbaïdjan a été occupé. L’intégrité territoriale et la souveraineté du pays ont été violées et environ un million d’Azerbaïdjanais, victimes d’une épuration ethnique menée par l’Arménie dans les territoires occupés de l’Azerbaïdjan, sont devenus des réfugiés et des personnes déplacées. En 1993, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté quatre résolutions, votées par la France, qui réaffirment l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan dans la région du Haut-Karabakh et exigent le retrait immédiat, complet et inconditionnel des forces d’occupation arméniennes de ses territoires souverains.
A la suite de la guerre de 44 jours, déclenchée en septembre 2020 après de nombreuses provocations militaires de la part des forces armées arméniennes, l’Azerbaïdjan a restauré la justice historique en défendant son territoire et sa population conformément à la Charte des Nations unies et en application des dispositions des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Malgré la destruction totale de ses territoires, après la fin de l’occupation, c’est l’Azerbaïdjan qui a tendu la main à l’Arménie en lui proposant de signer un traité de paix.
Pour l’établissement d’une paix durable dans la région du Caucase du Sud, il est essentiel que l’Arménie respecte scrupuleusement les normes et les principes du droit international et remplisse de bonne foi les obligations qui lui incombent en vertu des accords internationaux.
La route de Latchine fait partie du territoire souverain de la République d’Azerbaïdjan. En vertu de la Déclaration tripartite du 10 novembre 2020 signée par l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Russie, la route de Latchine est envisagée exclusivement à des fins humanitaires.
Or, cette route a été utilisée par l’Arménie à des fins militaires et commerciales illégales, notamment pour la rotation du personnel des forces armées qui continue d'être déployé illégalement sur le territoire de l’Azerbaïdjan et pour le transfert d’armes et de munitions. De plus, des ressortissants des pays tiers ont emprunté la route de Latchine pour entrer illégalement sur le territoire de la République d’Azerbaïdjan à des fins suspectes, telles que l’entraînement et le recrutement de terroristes.
La référence au prétendu « blocus » de la route de Latchine par l’Azerbaïdjan ne reflète absolument pas la réalité. La République d’Azerbaïdjan a établi un poste de contrôle à la frontière avec l’Arménie, qui fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et qui est utilisé par les résidents azerbaïdjanais d’origine arménienne. La circulation libre et sécurisée dans les deux sens est assurée par la partie azerbaïdjanaise, comme en témoignent les nombreuses vidéos et photographies qui circulent dans les médias. A cet égard, dans son ordonnance du 22 février 2023, la Cour internationale de justice ne fait aucune référence au prétendu « blocus » allégué par la partie arménienne, ce qui prouve que cette fausse accusation est dénuée de tout fondement. Conformément à l’ordonnance de la Cour, l’Azerbaïdjan a établi un poste de contrôle sur son territoire national afin d’assurer la libre circulation des personnes, des véhicules et des marchandises le long de la route de Latchine dans les deux sens.
Enfin, les signataires de la tribune mentionnent la nécessité de soutenir un « poste avancé de la culture chrétienne ». A cet égard, nous voudrions rappeler que l’Azerbaïdjan est un pays laïc, multiconfessionnel et multiculturel. C’est un pays qui présente un modèle unique en son genre de vivre-ensemble, où les représentants des différentes ethnies, religions et cultures vivent en toute sérénité depuis des siècles. De même, l’Azerbaïdjan œuvre beaucoup par des actions concrètes pour contribuer au dialogue interreligieux et interculturel, notamment en contribuant à la préservation du patrimoine chrétien dans différents pays, y compris en France.
La paix durable est une nécessité absolue pour l’avenir de tous les peuples de la région, y compris du peuple de l’Arménie, et seul le respect du droit international et des engagements pris peut nous mener à cet objectif dont nous sommes si proches en ce moment historique. »
Leyla Abdullayeva
Ambassadrice de la république d’Azerbaïdjan en France
15 juin 2023
Lettre aux Républicains de Jean-François Mancel
« A mes amis Républicains,
J’ai lu avec consternation votre prise de position sur le Haut Karabakh.
Comment des gaullistes ont-ils pu céder à la désinformation, la manipulation et la pression menaçante des extrémistes arméniens qui sévissent en France.
Comment des élus qui condamnent la Russie pour s’être emparée d’un territoire ukrainien peuvent soutenir un autre occupant parce qu’il est arménien?
Comment avez-vous pu oublier que c’est Jacques Chirac qui a forgé l’amitié franco-azerbaïdjanaise avec Heydar Aliyev qu’il avait reçu à Paris le 27 Mars 1997?
Comment avez-vous pu ignorer la volonté permanente de Nicolas Sarkozy, comme il l’a rappelé en 2019 lors de sa visite à Bakou à Ilham Aliyev de sauvegarder et renforcer cette amitié ?
Comment, élus de la Nation, pouvez-vous faire fi des résolutions votées par la France en 1993 à l’ONU condamnant l’occupation arménienne de l’Azerbaidjan?
Comment pouvez-vous méconnaitre la réalité religieuse musulmane azerbaidjanaise fondée sur une société laïque où chacun a sa place respectée comme l’affirme la communauté juive ou l’avait constaté le Pape lors de sa visite à Bakou »
Jean-François Mancel
Membre honoraire du Parlement
Ancien secrétaire général du RPR
Président d’honneur de l’Association des Amis de l’Azerbaïdjan.
Les amis de mes amis sont des ennemis
Concrètement, l’idée, proposée notamment par François-Xavier Bellamy ou Xavier Bertrand, que, sur la route de Latchine, « les Arméniens vivent ce qui s’apparente à une situation de siège moderne. Maintenant que ce siège dure, tout vient à manquer : l’électricité, l’eau potable elle-même… » ne repose sur aucune réalité.
Par ailleurs, le soutien de la droite française aux séparatistes arméniens qa quelque chose de paradoxal, puisqu’elle soutient l’Ukraine, envahie par les Russes au prétexte que des populations russophones y habitent, et condamne l’Azerbaïdjan, envahie par l’Arménien, a prétexte qu’une population arménienne y habite…
La droite française demande d’ailleurs à Emmanuel Macron d’envoyer des armes à l’Arménie, alliée de la Russie et de l’Iran, ce qui permettra à ces deux pays de contourner les embargos en récupérant le matériel militaire envoyé par la France.
Les exportations de l’Arménie vers la Russie ont ainsi augmenté de 187 % en 2022, dont la plupart sont des réexportations. C’est ce qu’a déclaré, selon l’agence « Armenpress », le ministre des Finances Vahe Hovhannisyan à l’Assemblée nationale lors de la présentation du projet d’approbation du rapport annuel sur l’exécution du budget de l’État 2022 de l’Arménie.
En avril, le New York Times a écrit que des technologies interdites d'une valeur de plusieurs millions de dollars étaient acheminées vers la Russie par l'intermédiaire de l'Arménie et d'autres pays.
Le Bureau américain de l'industrie et de la sécurité révèle qu'entre 2021 et 2022, les importations de puces et de microprocesseurs par l'Arménie en provenance des États-Unis ont augmenté de 515 %, tandis qu'elles ont bondi de 212 % en provenance des marchés de l'UE. Le bureau estime que 97 % de ces composants sont réexportés vers la Russie.
Le gouvernement arménien a également confirmé qu'Erevan continuait en 2022 à développer la coopération avec la Russie dans les domaines politique, économique, militaire, sécuritaire et autres.
Selon Trading Economics, les équipements électriques et électroniques sont en tête des exportations de l'Arménie vers la Russie en 2022, avec 462,35 millions de dollars.
La Direction principale du renseignement (GUR) du ministère ukrainien de la Défense affirme que la France s'apprêterait à fournir à l'Arménie des armes létales. Un premier lot de 50 véhicules blindés de transport de troupes arriverait très prochainement en Arménie .
On sait que l'Azerbaïdjan a été le premier pays de l'ancienne zone soviétique à apporter son soutien à l'Ukraine. Celle-ci, en revanche, craint désormais que les équipements militaires occidentaux fournis à l'Arménie puissent être utilisés par les Russes. "Moscou pourrait notamment s'en servir afin d'améliorer sa riposte, alors que les mêmes armes sont fournies par l'Occident en prévision de la contre-offensive ukrainienne. Cette probabilité serait même extrêmement élevée, compte tenu de la coopération militaire étroite entre la Russie et l'Arménie qui compte deux bases militaires russes dans le pays." Rapporte la chaîne i24 News.
Motivé par des raisons de politique intérieure, bafouant les règles les plus élémentaires du droit international , l’Azerbaching risque de mettre la France dans une situation intenable par rapport à ses alliés déclarés.