JANE BIRKIN S’EN EST ALLÉE REJOiNDRE SERGE

Actualités
16 Juillet 2023 21:05
427
JANE BIRKIN S’EN EST ALLÉE REJOiNDRE SERGE

Mais pourquoi faut-il qu’ils s’en aillent, ces doux jalons de nos vies ?
Ils emportent avec eux un peu de notre propre existence, qui s’égrène au gré de leur disparition, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de notre propre temps.

Je me souviens de la première fois que je l’ai vue, Jane. C’était en 1966, dans le film d’Antonioni Blow up. Son apparition fugace avait marqué d’un émoi indélébile tous les adolescents que nous étions. Puis ce fut Slogan, le film de Pierre Grimblat, qui lui fit rencontrer Serge Gainsbourg. Sublimes, tous les deux.

Je les croisai souvent ensuite, tous les deux, car j’habitais rue de Verneuil, à Paris, juste en face de leur étrange maison tapissée de noir. Elle accompagnait ses filles à l’école, et je bavardais avec Serge, assis sur le perron, qui avait pour la nième fois oublié ses clefs. Ce provocateur imprévisible était en réalité d’une politesse et d’une délicatesse infinie.

Je la rencontrai à nouveau au Cours Victor Hugo, l’école du 16ème arrondissement où son petit-fils était le camarade de classe de ma fille. La maman de Romain était Kate, la première fille qu’elle avait eu avec le compositeur John Barry. Une fille généreuse, sympathique, au rire communicatif, comme celui de sa maman. Sa fin tragique quelques années plus tard m’avait bouleversé. Jane était, elle, un modèle de gentillesse, de simplicité. On avait le sentiment qu’elle aimait tous ceux qu’elle rencontrait, et tous ceux qui la rencontraient ne pouvaient que l’aimer.

Jane Birkin était d’une intelligence brillante, elle était séduisante, même au crépuscule de sa vie, elle semblait n’avoir aucun tabou. Avec son éternel accent anglais et ses fautes de français, elle était juste nature. Et plus étonnant encore, avec ses fautes et son accent, elle était l’une des meilleures ambassadrices de la langue française.

Le couple qu’elle formait avec Serge Gainsbourg fut sans doute le plus iconique de la chanson française. « Je t’aime… moi non plus », « Jane B. », « L’histoire de Melody Nelson »… Elle fut l’interprète des plus belles chansons de Gainsbourg, et aussi sa muse. Les années Gainsbourg-Birkin font partie de l’âge d’or de la chanson française, celle des mélodies et des textes travaillés, celle de Brassens, Ferré, Brel, Montant, Greco. Qu’en reste-t-il ? Ce qui reste de la France sans doute. Cette France terre d’accueil et de culture. « Mais où sontles neiges r’antan ? »

De Jane, il restera sa voix, son image. Il restera bien sûr Charlotte, la fille qu’elle a eu avec Serge, et Lou, née de son mariage avec le réalisateur Jacques Doillon.

Pourquoi donc faut-il qu’ils s’en aillent, les doux jalons de nos vies ?

Jean-Michel Brun