UNE EXPERTE TURQUE IDENTIFIE LES PRINCIPAUX RISQUES AUXQUELS PACHINIAN SERA CONFRONTE APRES LES ELECTIONS

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8 Juin 2026 18:49
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UNE EXPERTE TURQUE IDENTIFIE LES PRINCIPAUX RISQUES AUXQUELS PACHINIAN SERA CONFRONTE APRES LES ELECTIONS

Les élections législatives arméniennes se sont déroulées à un moment décisif pour l’avenir politique du pays et son orientation régionale. Le Premier ministre Nikol Pachinian a cherché à conserver le pouvoir dans un contexte de pression intérieure croissante, d’une opposition de plus en plus organisée et d’une compétition géopolitique qui s’intensifie entre la Russie et l’Occident.

L’issue du scrutin pourrait avoir des conséquences considérables non seulement sur la stabilité politique intérieure de l’Arménie, mais aussi sur le processus de paix avec l’Azerbaïdjan, la normalisation des relations entre l’Arménie et la Turquie, ainsi que sur l’orientation générale de la politique étrangère d’Erevan. Des interrogations subsistent également quant à la reconnaissance des résultats par l’opposition, à la possibilité de manifestations de rue et à la réaction de Moscou si l’équilibre des pouvoirs continue de s’éloigner de l’influence russe.

Aujourd’hui, News.Az s’entretient avec Hazel Çağan Elbir, analyste turque et chercheuse au Centre d’études eurasiennes, au sujet des résultats possibles des élections, des perspectives de formation d’un nouveau gouvernement et des implications régionales plus larges du scrutin.

- Même si Pachinian arrive en tête du scrutin, pourrait-il néanmoins perdre sa domination politique au Parlement ?

- Selon le système électoral arménien, un parti doit obtenir une certaine part des suffrages pour disposer d’une majorité absolue au Parlement. Dans le même temps, le mécanisme de représentation proportionnelle permet aux partis recueillant une part plus modeste des voix d’obtenir un certain nombre de sièges parlementaires.

Dans ce contexte, même si le parti de Pachinian arrive en première position, le nombre total de sièges détenus par les blocs d’opposition pourrait constituer un contrepoids efficace au Parlement. Les sondages indiquent que son soutien électoral se situe autour de 32 %, tandis que le nombre élevé d’électeurs indécis rend difficile toute prévision précise des dynamiques de coalition après le scrutin.

En particulier, si les forces pro-russes associées à Serge Sarkissian, Robert Kotcharian et Samvel Karapetian parviennent à s’unir, Pachinian pourrait être contraint de négocier lors du processus de formation du gouvernement. Toutefois, une faible participation électorale et l’expérience passée de Pachinian, qui a déjà obtenu une majorité dans des circonstances similaires, augmentent les chances qu’il conserve largement son avantage politique au Parlement.

Il serait prématuré de tirer des conclusions définitives avant la publication des résultats. Néanmoins, les données disponibles suggèrent que Pachinian pourrait s’approcher d’une majorité absolue. Il s’agit d’un seuil crucial pour la stabilité politique intérieure de l’Arménie, susceptible d’avoir un impact direct sur l’équilibre géopolitique.

- L’opposition pro-russe pourrait-elle entraver la formation du nouveau gouvernement ?

- Les forces d’opposition pro-russes ont déjà recouru à des tactiques d’obstruction lors de précédents processus politiques et disposent des capacités nécessaires pour adopter des stratégies similaires au moment de la formation d’un nouveau gouvernement.

Le soutien ouvert accordé par la Russie à des figures politiques telles que Serge Sarkissian, Robert Kotcharian et Samvel Karapetian, ainsi qu’à son parti « Arménie forte », pourrait notamment provoquer des retards lors des votes parlementaires et des négociations de coalition. Étant donné que Moscou utilise activement les restrictions économiques et les pressions politiques comme instruments d’influence, l’opposition pourrait tenter de mobiliser ces leviers afin de compliquer la formation du gouvernement.

Cependant, les institutions démocratiques arméniennes ainsi que le soutien diplomatique et financier important dont bénéficie Pachinian de la part des pays occidentaux pourraient limiter l’efficacité de telles manœuvres.

L’expérience historique montre que des initiatives comparables de l’opposition sont généralement restées limitées dans le temps et dans leur portée. Le processus de formation du gouvernement devra se dérouler dans le cadre légal, ce qui signifie que toute tentative d’entrave devra elle aussi respecter les limites de la loi. Par conséquent, bien que l’opposition dispose de certains moyens d’influence, l’avantage électoral attendu de Pachinian et son soutien international devraient largement protéger le processus de formation du gouvernement.

- Comment le résultat des élections pourrait-il influencer les négociations de paix avec l’Azerbaïdjan ?

- Un résultat électoral solide en faveur de Pachinian signifierait la poursuite de l’orientation actuelle des négociations de paix avec l’Azerbaïdjan.

L’accord TRIPP ainsi que les déclarations de Pachinian à ce sujet montrent que son gouvernement considère le processus de paix avec Bakou comme une priorité indépendante de sa politique étrangère. Cela pourrait assurer une continuité des négociations et favoriser de nouvelles avancées vers une normalisation régionale.

La confirmation par Pachinian de son engagement en faveur de la normalisation des relations entre la Turquie et l’Arménie pourrait également contribuer à la création d’un climat de paix global dans le Caucase du Sud.

En revanche, si l’opposition pro-russe gagne en influence, le risque de retards dans le processus de paix ou l’apparition de nouvelles conditions préalables pourrait augmenter. L’approche de politique étrangère de Pachinian, centrée sur la « paix et la prospérité », rend plus probable qu’une victoire électorale renforce les bases d’un accord avec l’Azerbaïdjan.

Dans l’ensemble, un résultat net en faveur de Pachinian devrait avoir un effet positif sur les négociations, permettant au processus d’avancer plus rapidement et de manière plus cohérente.

- Est-il possible que l’opposition arménienne refuse de reconnaître les résultats et lance des manifestations de rue ?

- L’histoire politique de l’Arménie comporte plusieurs exemples où des forces d’opposition ont refusé de reconnaître les résultats électoraux et ont eu recours à des manifestations de rue. Un scénario similaire demeure donc envisageable.

Les groupes politiques proches de la Russie associés à Serge Sarkissian, Robert Kotcharian et Samvel Karapetian disposent notamment d’un certain soutien populaire et de capacités organisationnelles suffisantes pour contester les résultats et mobiliser des protestataires.

Toutefois, lors des précédentes élections, des tentatives similaires sont restées limitées et n’ont pas réussi à se transformer en mouvements bénéficiant d’un large soutien populaire. Le nombre élevé d’électeurs indécis ainsi que le manque de confiance envers les partis d’opposition figurent parmi les facteurs susceptibles d’empêcher les manifestations de prendre une ampleur nationale.

L’appel du Catholicos Garéguine II à participer aux élections pourrait également influencer les dynamiques de l’opinion publique. Par ailleurs, le solide soutien occidental dont bénéficie Pachinian pourrait réduire la légitimité internationale de toute campagne de contestation.

En conclusion, des tentatives de l’opposition visant à contester les résultats et à organiser des manifestations sont possibles. Toutefois, la probabilité que ces mouvements deviennent durables ou entraînent des changements politiques majeurs semble limitée.

- Moscou pourrait-il tenter une nouvelle intervention après les élections afin de rétablir un équilibre des pouvoirs plus favorable à ses intérêts en Arménie ?

- Il est très probable que Moscou soit mécontent du résultat des élections et cherche à réorienter l’équilibre politique arménien en sa faveur.

Les restrictions économiques imposées par la Russie à Erevan, les déclarations menaçantes de responsables tels que Sergueï Choïgou et Vladimir Poutine, ainsi que les pressions exercées dans le cadre de l’Union économique eurasiatique illustrent l’éventail des instruments dont dispose Moscou. On peut donc s’attendre à ce que ces méthodes continuent d’être utilisées après les élections.

La présence militaire russe à Gyumri ainsi que d’autres positions stratégiques offrent à Moscou certaines capacités opérationnelles. Toutefois, le soutien ouvert et ferme apporté par l’Occident, en particulier par les États-Unis et l’Union européenne, augmente considérablement le coût potentiel d’une telle intervention.

Les partenariats internationaux développés par le gouvernement Pachinian compliquent également toute action russe éventuelle sur les plans juridique et diplomatique. L’expérience historique montre que des initiatives comparables de Moscou ont déjà suscité des réactions négatives dans l’ensemble de la région.

En définitive, de nouvelles tentatives d’ingérence de la part de Moscou restent possibles. Cependant, l’équilibre géopolitique actuel ainsi que les dynamiques politiques internes de l’Arménie devraient limiter les chances de succès de telles démarches. L’implication de la Russie dans la guerre en cours joue également un rôle majeur en réduisant sa capacité à intervenir plus largement en Arménie.

Par Abulfaz Babazadeh