Selon l’auteur, plus d’un million de mines auraient été enfouies au fil des décennies sous des infrastructures civiles, des terres agricoles, des forêts et même des cimetières. Malgré la fin de la Seconde guerre du Karabagh en 2020, cette réalité continue de faire des victimes parmi la population azerbaïdjanaise. Les mines, pour beaucoup fabriquées en Arménie et disséminées sur l’ensemble du territoire du Karabagh, constituent aujourd’hui encore un danger permanent.
Depuis le début des années 1990, les mines terrestres ont causé la mort ou des blessures à des milliers de personnes. Après la guerre de 44 jours en 2020, le nombre de victimes a sensiblement augmenté. Parmi elles figurent des civils, des journalistes et des fonctionnaires, notamment dans des districts fortement touchés comme celui de Kelbadjar.
D’après les données officielles de l’Agence de déminage de la République d’Azerbaïdjan (ANAMA) et du Parquet général, entre la fin de l’année 2025 et le début de 2026, plus de 415 citoyens azerbaïdjanais ont été victimes de mines terrestres et de munitions non explosées depuis la fin des hostilités. Soixante et onze personnes ont perdu la vie - parmi lesquelles des civils, des enfants et des militaires - et 344 autres ont été blessées. Depuis novembre 2020, environ 253 incidents liés aux mines ont été recensés.
Sur l’ensemble de la période du conflit, depuis les années 1990, plus de 3 400 citoyens azerbaïdjanais auraient été tués ou blessés par des explosions de mines. Les autorités azerbaïdjanaises estiment qu’au cours des décennies d’occupation, plus de 1,5 million de mines ont été posées par les forces armées arméniennes. Selon l’ANAMA, une grande partie de ces engins se situe dans des zones qui ne figurent pas sur les cartes transmises par l’Arménie, ou bien sur des cartes comportant de graves inexactitudes.
Depuis 2020, les opérations de déminage ont permis de nettoyer plus de 248 000 hectares de terrain et de neutraliser plus de 236 000 mines et engins explosifs. Malgré ces efforts considérables, la situation reste critique, l’absence de cartes fiables ralentissant considérablement le processus et augmentant les risques pour les civils et les équipes de reconstruction.
Les conséquences économiques et environnementales sont lourdes. De vastes étendues de terres agricoles et forestières demeurent inutilisables, ce qui affecte directement les moyens de subsistance des populations locales, la sécurité alimentaire et la relance socio-économique du Karabagh. Les mines entravent également le retour des personnes déplacées et retardent les projets de reconstruction après les ravages du conflit.
Le 8 août 2025, l’Azerbaïdjan et l’Arménie ont signé à Washington, sous la médiation du président américain Donald Trump, des accords historiques mettant fin à des décennies de confrontation. Ces documents prévoyaient notamment la reconnaissance mutuelle de la souveraineté, l’ouverture de voies de communication et le lancement du « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales » (TRIPP). L’un des engagements clés attendus de l’Arménie était la transmission immédiate de cartes précises des champs de mines et une coopération active dans le déminage. Or, selon Bakou, cet engagement n’a pas été respecté. Pire encore, des livraisons de mines et leur pose se seraient poursuivies après 2020, ce que les autorités azerbaïdjanaises qualifient d’actes délibérés de terreur.
Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev considère la présence massive de mines comme l’un des principaux obstacles à la reconstruction postconflit et au retour des déplacés internes. Il a à plusieurs reprises appelé l’Arménie à fournir des cartes exactes et exhorté la communauté internationale à soutenir les efforts de déminage.
Pour les observateurs, la question des mines dépasse le cadre humanitaire. Elle constitue un enjeu central pour la paix durable et la stabilité régionale. Alors que le nombre de victimes civiles continue d’augmenter et que les dangers persistent pour les habitants comme pour les travailleurs engagés dans la reconstruction, l’Azerbaïdjan appelle à une mobilisation internationale urgente afin de faire face à cette menace.
Comme le souligne l’auteur de l’article, les guerres finissent par s’achever, mais leurs cicatrices peuvent marquer les territoires et les populations pendant des décennies. Les mines terrestres, enfouies sous les sols du Karabagh, rappellent cruellement que la paix ne peut être pleinement consolidée sans un effort collectif pour effacer les traces les plus destructrices du conflit.