MONASTERE D'AMARAS: TEMOIGNAGE DE L'HERITAGE CHRETIEN DE L'ALBANIE DU CAUCASE

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26 Janvier 2026 11:00
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MONASTERE D'AMARAS: TEMOIGNAGE DE L'HERITAGE CHRETIEN DE L'ALBANIE DU CAUCASE

Le territoire de l’Azerbaïdjan est riche de son histoire et de son patrimoine culturel, matérialisée par des monuments issus de différentes époques. Parmi eux, les édifices de l’Albanie du Caucase — ancienne civilisation chrétienne — occupent une place particulière, ayant profondément marqué l’histoire de la région. Depuis l’Antiquité, la situation géographique et la diversité ethnique de la population ont favorisé la coexistence de nombreuses religions sur le sol azerbaïdjanais. Paganisme, zoroastrisme, judaïsme, christianisme, islam et autres traditions religieuses s’y sont développés, influençant mutuellement leurs pratiques et leurs expressions culturelles.

Le christianisme, l’une des religions historiquement présentes dans la région, a joué un rôle majeur dans la formation du patrimoine culturel de l’Azerbaïdjan et a laissé une empreinte notable dans son histoire et son architecture. Les découvertes archéologiques — vestiges de constructions, objets du quotidien et outils — témoignent d’un haut niveau de savoir-faire artisanal et d’un art décoratif élaboré. Les complexes architecturaux créés par les maîtres albaniens se distinguaient par des formes expressives, une organisation spatiale réfléchie et une riche ornementation artistique. Cette maîtrise s’exprimait tout particulièrement dans l’architecture sacrée : églises et monastères édifiés sur des collines ou dans des vallées impressionnent par leur monumentalité, la précision de leurs lignes et leur harmonie avec le paysage environnant, reflétant le lien profond entre l’histoire et la foi.

Dans la région du Karabagh, ces monuments occupent une place à part, constituant des témoignages éloquents du développement séculaire des traditions architecturales et spirituelles de l’Albanie du Caucase. Leurs voûtes et leurs croix de pierre sculptées conservent la mémoire de la foi, du haut niveau de compétence des architectes et de la continuité des générations, rappelant la richesse du patrimoine historique de la région et participant de sa vie culturelle et spirituelle.

Parmi les monuments les plus majestueux de l’architecture spirituelle de l’Albanie du Caucase figure le monastère d’Amaras. Plus qu’un simple lieu de culte, il constitue un espace où s’entrelacent de manière remarquable l’histoire, la foi et la culture.

Au IVᵉ siècle, une église fut édifiée sur le territoire de l’actuel district de Khojavend, devenant l’un des principaux centres religieux de l’Albanie du Caucase. Au fil des siècles, Amaras conserva son statut de cathédrale et occupa une place privilégiée dans la vie spirituelle de la région. Les archéologues ont mis au jour, à proximité du monastère, les traces d’un temple encore plus ancien, construit à la charnière de notre ère. Ce site est associé aux vestiges d’anciens cultes païens, dont certains éléments ont perduré dans les croyances de la population locale.

L’église chrétienne fut fondée au début du IVᵉ siècle. Au Vᵉ siècle, le diocèse d’Amaras fut établi et la première école y ouvrit ses portes ; selon les chercheurs, l’enseignement s’y faisait en langue albanaise. À certaines périodes, le monastère d’Amaras servit de résidence au catholicosat albanais. Au cours de son histoire, le monastère subit à plusieurs reprises des destructions, mais fut chaque fois restauré.

Les fouilles archéologiques ont révélé qu’au Xᵉ siècle, l’église fit l’objet d’importants travaux de reconstruction : sa superficie fut agrandie et prolongée vers l’ouest. Les spécialistes estiment que ces transformations furent provoquées par des destructions partielles survenues lors de la première invasion arabe. Malgré l’ampleur des rénovations, l’édifice conserva sa forme initiale et ses principales caractéristiques architecturales.

Au XIIIᵉ siècle, il fut de nouveau reconstruit et transformé en un complexe monastique, qui a conservé jusqu’à aujourd’hui son importance historique. L’ensemble architectural d’Amaras est implanté sur une surface plane d’environ un demi-hectare et comprend l’église, une basilique à trois nefs mesurant 15,9 × 11 mètres. Quatre piliers carrés, reliés par des arcs, soutiennent les voûtes des nefs. La zone de l’autel se caractérise par une abside semi-circulaire flanquée de deux pastophoria, chaque espace étant éclairé par une fenêtre.

Bien que le plan de la basilique remonte aux Vᵉ–Xᵉ siècles, la structure actuelle date du milieu du XIXᵉ siècle, intégrant toutefois des pierres provenant d’époques antérieures, ornées de reliefs et d’inscriptions. Au-dessus de l’entrée centrale se trouve une fenêtre en arc surmontée d’une croix équilatérale en relief, motif que l’on retrouve également sur le mur extérieur de l’autel.

La cour du monastère est entourée de puissants remparts flanqués de quatre tours circulaires, construits en pierre grossièrement taillée, conférant à l’ensemble un aspect austère, mais homogène. Le long des murs se disposent des bâtiments résidentiels et utilitaires, formant un espace clos, fonctionnel et soigneusement organisé. L’église elle-même, qui conserve les traits caractéristiques de l’architecture chrétienne primitive, se distingue par l’équilibre de ses proportions et la qualité de sa maçonnerie, demeurant un témoignage majeur de l’histoire spirituelle et culturelle de l’Albanie du Caucase.

Le monastère d’Amaras compte parmi les monuments les plus emblématiques de la culture spirituelle et architecturale de l’Albanie du Caucase, reflétant les principales étapes de l’histoire régionale. Son existence pluriséculaire, marquée par des destructions répétées et des restaurations successives, atteste de la profondeur des traditions spirituelles et de la continuité de la mémoire culturelle. Son architecture, intégrant des éléments de différentes époques, illustre avec force la succession des écoles architecturales et le haut niveau de maîtrise des bâtisseurs albaniens. Les formes, les détails et les solutions spatiales préservés permettent de considérer Amaras non seulement comme un centre religieux, mais aussi comme un monument historique et architectural unique. Aujourd’hui encore, le monastère demeure un symbole important de l’héritage chrétien de l’Azerbaïdjan et une composante indissociable de son histoire culturelle pluriséculaire.