COMMENT L'AZERBAIDJAN TRANSFORME LE COTON EN PRODUITS A FORTE VALEUR AJOUTEE

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24 Janvier 2026 15:46
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COMMENT L'AZERBAIDJAN TRANSFORME LE COTON EN PRODUITS A FORTE VALEUR AJOUTEE

Ce chiffre représente le niveau le plus élevé du secteur depuis le recouvrement de son indépendance. En 2025, la production de fibre de coton a progressé de plus d’un tiers, tandis que celle de fil de coton a augmenté de près d’un quart.

Ces résultats illustrent une nouvelle dynamique de l’agriculture azerbaïdjanaise : un glissement progressif de l’exportation de matières premières vers la transformation du coton et la fabrication de produits finis. Pour accompagner cette mutation, l’Azerbaïdjan coopère activement avec l’Ouzbékistan, la Chine et la Türkiye, afin d’attirer des investissements et des technologies modernes destinés à accroître la production de coton brut et à développer l’ensemble de la chaîne de valeur.

Selon le Programme d’État pour le développement de la culture cotonnière en Azerbaïdjan (2017–2022), adopté il y a huit ans, la production annuelle de coton brut devait atteindre 500 000 tonnes. Cet objectif n’a toutefois pas été atteint à l’horizon 2022. Ces dernières années, les producteurs ont dû faire face à de sérieux défis liés à des conditions climatiques défavorables, notamment une pénurie aiguë d’eau douce pour l’irrigation, particulièrement durant l’été. À cela se sont ajoutées la hausse des coûts de gestion des champs — engrais, pesticides et carburants — ainsi que l’augmentation des dépenses de main-d’œuvre.

D’après le Comité national des statistiques, 276 100 tonnes de coton brut ont été récoltées en 2023, soit une baisse de 14,4 % par rapport à l’année précédente. En 2024, le coton a été semé sur environ 100 000 hectares, mais de fortes pluies durant la période de récolte, de la fin de l’été au début de l’automne, ont sensiblement réduit les rendements. Globalement, ces dernières années, le rendement moyen national s’est maintenu autour de 28 à 30 q/ha.

Dans ce contexte difficile, l’année 2025 a marqué une véritable percée pour la filière cotonnière du pays. « L’an dernier, plus de 360 000 tonnes de coton ont été récoltées, un chiffre inédit depuis plus de trente ans », a déclaré Tahir Rzayev, président de la commission de la politique agraire du Milli Majlis, lors d’une récente séance parlementaire.

Selon les données définitives du ministère de l’Agriculture, 360 047 tonnes de coton brut de haute qualité ont été récoltées sur un peu plus de 100 468 hectares de plantations. Le rendement moyen a atteint 35,84 q/ha, un record depuis l’indépendance de l’Azerbaïdjan.

Des conditions météorologiques favorables ont joué un rôle déterminant dans cette récolte exceptionnelle : des pluies printanières ont soutenu la croissance végétative des cultures, tandis qu’un automne chaud et généralement sec a permis une récolte avec des pertes minimales. Bien que l’irrigation reste problématique dans les régions méridionales et centrales, le ministère de l’Agriculture et l’agence publique de leasing ont, ces dernières années, déployé des systèmes pilotes d’irrigation économes dans plusieurs agro-parcs et grandes exploitations, contribuant ainsi à atténuer la pénurie d’eau.

Parallèlement, l’utilisation de moissonneuses-batteuses modernes s’est nettement accrue, tout comme l’introduction de variétés de coton à haut rendement en provenance des États-Unis, de Turquie et de Grèce, ainsi que de techniques agronomiques avancées.

En 2025, le coton a été cultivé dans 16 districts, mais environ 86 000 hectares étaient concentrés dans neuf zones clés — Aghjabadi, Beylagan, Barda, Bilasuvar, Imishli, Neftchala, Saatli, Sabirabad et Salyan — où les technologies agricoles modernes ont été principalement mises en œuvre. Ces mesures ont permis d’augmenter les rendements dans les exploitations de pointe et les agro-parcs des régions centrales du pays. Le rendement moyen le plus élevé a été enregistré à Beylagan, avec 41,88 q/ha, tandis que même le rendement le plus faible, observé à Saatli (36,06 q/ha), restait bien supérieur à la moyenne nationale.

Un autre facteur clé de l’amélioration des performances du secteur réside dans le système contractuel de culture du coton. Dans ce cadre, les agriculteurs concluent des accords avec des entreprises de transformation, lesquelles fournissent des avances financières, des semences, des engrais, des machines agricoles pour la préparation des sols, des services agronomiques et la récolte mécanisée. En contrepartie, les producteurs s’engagent à cultiver le coton et à le livrer aux points de collecte de l’entreprise à un prix contractuel prédéfini.

Entre 2021 et 2022, le prix d’achat du coton brut a été relevé à plusieurs reprises et s’établit aujourd’hui à 800 manats (environ 470 dollars) la tonne pour le coton de première qualité. Si ce système offre moins de flexibilité que les ventes aux enchères sur le marché, il élimine les risques financiers au moment des semis et garantit aux agriculteurs un débouché stable pour leur production.

La culture du coton bénéficie également de subventions publiques. Selon le Conseil des subventions agricoles, pour l’exercice budgétaire 2025, les agriculteurs livrant du coton issu de parcelles équipées de systèmes d’irrigation modernes ont perçu une aide de 210 manats (123 dollars) par tonne, contre 195 manats (115 dollars) pour les parcelles irriguées de manière traditionnelle. Le Conseil a annoncé qu’en 2026, ces montants augmenteront légèrement, pour atteindre respectivement 215 manats (126 dollars) et 200 manats (117 dollars) par tonne.

Le ministère de l’Agriculture et les autres autorités compétentes s’attachent désormais à consolider les acquis de cette année et à accroître encore la production de coton brut. Contrairement aux années précédentes, le moteur principal du secteur n’est plus la conjoncture des marchés internationaux de matières premières, mais le développement d’un pôle national de transformation destiné à produire des biens à forte valeur ajoutée pour l’exportation.

Cette évolution se reflète dans les statistiques. D’après le Comité national des douanes, entre janvier et novembre 2025, plus de 105 980 tonnes de fibre de coton ont été exportées, générant 151,101 millions de dollars, soit une baisse de 11,1 %. Toutefois, ce recul des exportations de fibre ne traduit pas une diminution de la production de biens transformés. Bien au contraire : la production de coton brut a atteint près de 96 965 tonnes en 2025, en hausse de 32,6 %.

En outre, selon le Comité national des statistiques, entre janvier et novembre 2025, la production nationale de fibre de coton s’est élevée à 76 860 tonnes, soit une progression de 34 %, tandis que la fabrication de fil de coton a atteint 19 740 tonnes, en hausse de 23 % par rapport à il y a deux ans.

La transformation ne se maintient donc pas seulement à un rythme soutenu, elle s’accélère, même si les débouchés évoluent : la fibre et le fil de coton sont de plus en plus demandés sur le marché intérieur pour la production de tissus et de vêtements. Cette demande est satisfaite par les entreprises textiles de Sumgayit et Mingachevir, les usines de confection de Bakou et du district de Saatli, ainsi que par de plus petits ateliers de couture à Gandja, Yevlakh, Lankaran, Bilasuvar, Latchin et Khankendi.

Par ailleurs, ces dernières années, l’Azerbaïdjan attire des investisseurs venus de Chine, d’Ouzbékistan, de Turquie et du Pakistan dans les secteurs nationaux du filage, du textile et de l’habillement, y compris au sein de clusters agro-industriels en cours de développement dans la région du Karabakh et dans la zone industrielle de la Zone économique franche d’Alat.

La coopération économique entre l’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan s’est révélée particulièrement fructueuse. En juillet 2024, le groupe azerbaïdjanais TST Textile Group et la société ouzbèke Tukımachı Sanoat Tekstıl ont signé un contrat portant sur la culture du coton dans l’agro-parc d’Imishli et la production d’huile de graines de coton. Plus globalement, entre 2025 et 2029, l’investisseur ouzbek prévoit d’engager 92,5 millions de manats (54,4 millions de dollars) dans la construction d’installations de production de fil, de textile et de vêtements dans le parc industriel de Mingachevir. Par ailleurs, une grande usine de confection à Khankendi, construite par des investisseurs ouzbeks, emploie déjà plus de 200 personnes.

Dans le même temps, les milieux d’affaires chinois participent à la modernisation de la filière cotonnière azerbaïdjanaise : dans le district d’Ujar et à la station expérimentale de Shirvan, des innovations chinoises ont été introduites, notamment des méthodes de culture du coton à haut rendement, tandis que des investissements chinois dans l’industrie textile sont également attendus.

Grâce aux efforts de l’Association turco-azerbaïdjanaise des hommes d’affaires et des industriels (TÜİB), un projet de développement du secteur textile a été élaboré, visant à créer entre 5 000 et 10 000 emplois dans la région du Karabakh. La société turque Koçaklar Textil prévoit également de construire des usines textiles dans le parc industriel chimique de Sumgayit, en partenariat avec des entreprises azerbaïdjanaises.

Ainsi, le secteur cotonnier national s’oriente résolument vers la production de biens à plus forte valeur ajoutée, appelés à remplacer progressivement les exportations de matières premières et à représenter, à terme, la « part du lion » des exportations liées au coton du pays.