Ce 6 octobre, la ville de Gabala en Azerbaïdjan accueille le 12ᵉ sommet de l’Organisation des États turciques (OET), placé sous le thème de la « Paix et sécurité régionales ». Au cœur des discussions figure le Corridor Moyen (Middle Corridor), axe de transport vital qui devient un pilier de l’intégration économique et logistique entre les pays membres de l’OET.
Selon une source au ministère des Transports de l’Ouzbékistan, ce corridor est bien plus qu’une simple route de transit : il s’agit d’un levier stratégique pour le développement régional, capable de stimuler le commerce international, moderniser les infrastructures de transport et renforcer la coopération entre les États turciques.
Un couloir de plus en plus emprunté
D’après les estimations de la Banque mondiale, de la Banque asiatique de développement et de la Commission européenne, le trafic de fret sur le Corridor Moyen pourrait atteindre 10 à 11 millions de tonnes par an d’ici 2030. Dans le contexte géopolitique actuel, notamment depuis 2022, ce corridor a pris une importance accrue comme alternative crédible à la Route du Nord, souvent entravée par des tensions régionales.
L’Ouzbékistan en première ligne
Ces dernières années, les États membres de l’OET ont investi massivement dans le développement du Corridor Moyen, avec l’Ouzbékistan jouant un rôle moteur. Le pays œuvre activement à la création de centres logistiques modernes, au renforcement des connexions ferroviaires internationales, et à la mise en œuvre concrète du projet ferroviaire Chine–Kirghizistan–Ouzbékistan, jugé stratégique pour toute la région eurasiatique.
Cette nouvelle ligne ferroviaire devrait devenir le trajet le plus court reliant la Chine à l’Europe et au Moyen-Orient, réduisant la distance d’environ 900 km et les délais de livraison de 7 à 8 jours, offrant ainsi des avantages économiques majeurs aux pays traversés.
Le potentiel du port de Turkmenbachi et de l’itinéraire CASCA+
L’Ouzbékistan et le Turkménistan collaborent également pour exploiter tout le potentiel du port international de Turkmenbachi et du corridor multimodal CASCA+, qui relie les pays d’Asie-Pacifique à l’Europe en passant par la Chine, l’Asie centrale, le Caucase et la mer Caspienne.
« Le transport ferroviaire sur cette route bénéficie désormais de réductions tarifaires allant jusqu’à 70 % », a précisé le ministère ouzbek.
Un pilier de la vision « Monde turcique – 2040 »
Le développement du Corridor Moyen s’inscrit dans la Vision stratégique du Monde turcique à l’horizon 2040, adoptée lors du sommet d’Istanbul en 2021. Cette vision vise notamment à :
- Harmoniser les politiques tarifaires,
- Simplifier les procédures douanières,
- Numériser les systèmes de transport,
- Étendre les capacités de transport multimodal.
L’Ouzbékistan a été pionnier dans ce domaine, introduisant dès 2021 un système d’échange électronique de permis de transport avec la Turquie via la plateforme E-permit, aujourd’hui généralisé à tous les États membres de l’OET.
Un corridor au potentiel géoéconomique stratégique
Le ministère ouzbek a souligné que le Corridor Moyen ne représente pas seulement une artère de transport, mais aussi une plateforme géoéconomique majeure pour l’espace eurasiatique. Il joue un rôle essentiel dans l’attraction des investissements, la création d’emplois, le développement du tourisme et le renforcement des échanges culturels.
« Le développement durable de la route transcaspienne renforcera l’influence économique et politique du monde turcique, faisant de la région un maillon clé du réseau mondial de transport », conclut la déclaration du ministère ouzbek.
Ce sommet confirme ainsi la volonté collective des États turciques de s’imposer comme un acteur central dans l’économie eurasiatique, en misant sur la connectivité, l’intégration régionale et les infrastructures d’avenir.