UN POINT DE VUE SUR L'ACTUALITE DES RELATIONS ENTRE LE KAZAKHSTAN ET LA RUSSIE

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4 Juin 2026 16:45
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UN POINT DE VUE SUR L'ACTUALITE DES RELATIONS ENTRE LE KAZAKHSTAN ET LA RUSSIE

Le Kazakhstan pourrait potentiellement accueillir de l’uranium enrichi iranien dans le cadre d’un futur accord nucléaire, tandis que le récent sommet des États turciques à Turkestan a mis en avant la numérisation, l’intelligence artificielle et le renforcement des liens humanitaires comme priorités clés de la coopération régionale et du développement futur.

Dans un entretien accordé à News.Az, Rasul Kospanov, chercheur senior au Centre national d’analyse à Astana, livre une analyse approfondie de l’évolution de la politique étrangère du Kazakhstan et de son approche diplomatique multi-vectorielle dans un contexte mondial en mutation.

– Monsieur Kospanov, comment évaluez-vous les résultats de la visite du président russe Vladimir Putin au Kazakhstan ? Peut-on dire que les relations bilatérales entrent dans une nouvelle phase ?

— Je ne qualifierais pas la visite d’État du président Poutine au Kazakhstan de nouveauté ou d’événement exceptionnel. C’est une visite de plus. Si je ne me trompe pas, il s’agit déjà de sa 34e visite au Kazakhstan. Durant son mandat, il n’a pas visité d’autres pays autant de fois. Cela en dit long sur l’importance que notre pays occupe dans sa vision de politique étrangère.

Les relations entre le Kazakhstan et la Russie ne traversent clairement pas leur meilleure période depuis 2022. Il faut comprendre que la politique agressive de la Russie en Ukraine en a fait un partenaire toxique. De plus, dans l’espace informationnel russe, outre des déclarations discutables visant d’autres pays, on observe également des propos concernant le Kazakhstan, l’Asie centrale, l’Azerbaïdjan et l’Arménie.

Des relations saines commencent au minimum par le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États. Par conséquent, de telles déclarations sont malvenues, surtout lorsqu’elles émanent de représentants officiels russes, qu’il s’agisse de parlementaires ou d’autres responsables.

Sur le plan officiel, les relations interétatiques sont décrites comme un partenariat stratégique global et une alliance. À mon avis, il s’agit surtout d’une façade extérieure derrière laquelle subsistent de nombreuses contradictions. Elles existent bel et bien. Nos relations ne sont pas idéales. Néanmoins, nos diplomates tentent souvent de résoudre ces questions à huis clos plutôt que de les rendre publiques.

Je pense que l’un des résultats importants de cette visite est la déclaration conjointe sur les sept fondements de l’amitié et du bon voisinage entre les peuples du Kazakhstan et de la Russie. Le président Kassym-Jomart Tokayev a indiqué avoir personnellement travaillé sur ce document. Il s’agit, selon moi, d’une tentative de redéfinir le cadre des relations bilatérales.

Ces dernières années, les relations ont traversé une période difficile. Tokayev, diplomate expérimenté, cherche à en reconstruire la logique en mettant en avant ce qui unit les peuples kazakh et russe.

Le document évoque notamment des liens historiques symboliques : le premier cosmonaute de la Terre, Youri Gagarine, a été lancé depuis le cosmodrome de Baïkonour. De nombreuses figures kazakhes ont étudié et vécu en Russie, et inversement des personnalités russes comme Fiodor Dostoïevski ont vécu au Kazakhstan.

Tout cela constitue une base importante. Après tant d’années de vie commune dans un même État, des millions de liens humains se sont tissés. Aujourd’hui, le défi de la politique étrangère est de faire en sorte que ce capital humain serve les intérêts du Kazakhstan.

Il faut aussi rappeler que la Russie reste le principal partenaire commercial du Kazakhstan, juste derrière la Chine. En 2025, le volume des échanges a dépassé 27 milliards de dollars. Les présidents Tokayev et Poutine se sont fixé l’objectif de porter ce chiffre à 30 milliards.

On espère que cette hausse viendra surtout des exportations kazakhes vers la Russie. Les autorités russes invoquent parfois des raisons contestables pour bloquer l’accès de produits kazakhs à leur marché, protégeant ainsi leurs producteurs. Or, au sein de l’Union économique eurasiatique, les intérêts du Kazakhstan doivent être pris en compte.

Après la visite, des réunions de l’Union économique eurasiatique ont eu lieu, notamment sur l’intelligence artificielle et d’autres sujets. Je pense que cette initiative vient de notre côté, car le président Tokayev accorde une grande attention à ce domaine.

– La Russie continue de bloquer le transport du pétrole kazakh vers l’Allemagne via l’oléoduc Droujba. Le transit est suspendu depuis le 1er mai. Dans ce contexte, le Kazakhstan envisage d’autres routes, notamment Baku–Supsa. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?

— Je ne doute pas que le blocage de l’oléoduc Droujba a été évoqué lors des discussions entre Vladimir Putin et Kassym-Jomart Tokayev. De telles actions ne peuvent pas être qualifiées d’amicales.

Le Kazakhstan est un partenaire pétrolier important pour l’Allemagne et pour l’Europe. Le raffinage de Schwedt, qui alimente Berlin et l’ouest de la Pologne, dépend notamment du pétrole kazakh.

Selon l’analyse de Sergei Vakulenko, la Russie chercherait à rediriger le pétrole kazakh vers le nord, via le port d’Oust-Louga, afin d’utiliser ce flux comme “bouclier” pour ses propres infrastructures pétrolières.

Il est possible que cela relève d’une stratégie visant à exploiter le Kazakhstan à ses propres fins. Remplacer les volumes transitant par Droujba n’est toutefois pas simple.

Une partie du pétrole passe par l’oléoduc Atyraou–Samara, puis vers Droujba. Cela représente plus de 12 % des exportations pétrolières du Kazakhstan. Il est donc crucial de développer des routes alternatives.

Dans ce contexte, les itinéraires via l’Azerbaïdjan sont essentiels, notamment les oléoducs Baku–Supsa et Baku–Tbilissi–Ceyhan. Les ports d’Aktau, Kuryk et Bakou doivent également être modernisés pour permettre une réorientation rapide des flux.

– Le sommet de l’Union économique eurasiatique a coïncidé avec la visite de Poutine. Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan n’y a pas participé. Comment Astana perçoit-elle la crise entre Moscou et Erevan ?

— J’ai été surpris par la déclaration conjointe des quatre présidents concernant l’Arménie. La question d’un référendum est une affaire strictement interne. Il faut respecter la souveraineté de l’Arménie.

Malheureusement, on observe une pression russe, y compris médiatique, incarnée par certaines figures comme Margarita Simonyan.

En même temps, Nikol Pashinyan est un dirigeant particulier. C’est sa volonté politique, avec celle de Ilham Aliyev, qui a permis la fin du conflit du Karabagh.

Ce conflit était un levier d’influence pour la Russie dans le Caucase du Sud. Aujourd’hui, ce levier est en grande partie perdu. D’où les tentatives d’ingérence de certains acteurs liés à Moscou dans la politique intérieure arménienne.

Quant à une éventuelle orientation européenne de l’Arménie, je ne pense pas qu’elle constitue un risque pour le Kazakhstan. Ce processus serait long et incertain.

– Le directeur général de l’AIEA Rafael Grossi a déclaré que le Kazakhstan pourrait accepter de l’uranium enrichi iranien dans le cadre d’un accord entre Téhéran et Washington. Quelle est la crédibilité de cette proposition ?

— Rafael Grossi a récemment effectué une visite officielle au Kazakhstan. Il a rencontré le président Tokayev et s’est adressé à des étudiants.

L’idée de stocker de l’uranium iranien au Kazakhstan est, en principe, envisageable. L’installation de stockage d’uranium faiblement enrichi de l’AIEA fonctionne déjà dans l’est du pays. Le Kazakhstan dispose d’une infrastructure et d’un niveau de confiance rares au niveau mondial.

En tant que pays engagé dans le désarmement nucléaire, le Kazakhstan pourrait jouer un rôle dans ce type d’initiative. Toutefois, tout dépendra de la position de l’Iran et des aspects logistiques. C’est un processus complexe.

– Comment évaluez-vous les résultats du sommet informel de l’Organisation des États turciques à Turkestan ?

— J’ai eu la chance d’y assister personnellement. Turkestan est une ville sacrée pour chaque Kazakh, au cœur de notre histoire étatique.

Les thèmes principaux étaient la numérisation et l’intelligence artificielle. C’est un choix pertinent. Nous parlons souvent du passé glorieux turcique, mais l’avenir dépend des technologies avancées.

Le Kazakhstan progresse rapidement dans ce domaine. L’entreprise d’IA Higgsfield est devenue la première licorne du pays. Le Kazakhstan figure aussi parmi les 20 premiers pays mondiaux en e-gouvernement.

La plupart des démarches administratives peuvent aujourd’hui être effectuées via smartphone. Cette expérience peut être partagée avec nos partenaires turciques.

Je pense que la déclaration de Turkestan contribuera au développement du numérique dans l’espace turcique. L’initiative de Tokayev visant à organiser des olympiades scolaires entre pays turciques est également positive.

Les relations durables commencent souvent par des liens humains simples, qui finissent par devenir le socle des grandes coopérations.

Par Zaur Nurmamedov