La Vision 2030 de l’Arabie saoudite définit une feuille de route ambitieuse pour les objectifs à long terme du royaume, en s’appuyant sur ses atouts et ses capacités. Parmi ses principes clés figure l’ambition de faire du pays une « puissance mondiale de l’investissement » et de transformer sa position géographique stratégique en un hub global reliant trois continents : l’Asie, l’Europe et l’Afrique.
L’un des objectifs majeurs de ce programme consiste à réduire la dépendance du royaume aux revenus pétroliers, notamment dans un contexte de volatilité des prix du pétrole. Le plan vise à attirer des capitaux privés et des investissements étrangers afin de stimuler la croissance dans les secteurs non pétroliers. Axée sur la diversification économique, la Vision 2030 englobe un large éventail de projets et d’investissements appelés à redéfinir l’avenir de l’Arabie saoudite.
Le programme prévoit également la privatisation d’entreprises publiques, y compris dans certaines branches du secteur pétrolier, afin d’attirer des investissements et des expertises étrangers. Des initiatives visant à simplifier les réglementations et à améliorer l’environnement des affaires sont en cours de mise en œuvre pour encourager l’entrepreneuriat et l’innovation.
Dans ce contexte, l’évolution des relations économiques et stratégiques entre l’Azerbaïdjan et l’Arabie saoudite illustre une autre facette des ambitions de la Vision 2030. Le rapprochement entre les deux pays témoigne de la volonté de Bakou de diversifier ses partenariats au-delà de ses marchés traditionnels. Selon la Banque centrale d’Azerbaïdjan, les investissements directs dans le royaume ont atteint 15,789 millions de dollars en 2025, une hausse notable qui souligne l’intensification des liens bilatéraux.
Malgré cette progression, ces investissements ne représentent encore que 0,6 % du total des investissements directs étrangers sortants de l’Azerbaïdjan, ce qui laisse entrevoir un potentiel de croissance significatif. À l’échelle macroéconomique, si les investissements étrangers entrants dans l’économie azerbaïdjanaise ont reculé, les investissements sortants ont, eux, bondi de 43,4 %, traduisant une stratégie de plus en plus tournée vers l’international.
L’économiste Fuad Gasimov souligne que les relations d’investissement entre les deux pays deviennent de plus en plus stratégiques, notamment dans le cadre de la Vision 2030, qui vise à diversifier l’économie saoudienne. Il met en avant les progrès récents de l’Azerbaïdjan dans des domaines clés qui renforcent son attractivité. Selon lui, le pays s’impose comme un partenaire important grâce à sa position géographique stratégique, au carrefour de grands corridors de transport reliant l’Europe, l’Asie centrale et le Moyen-Orient, ainsi qu’à sa transformation économique axée sur les secteurs non pétroliers, les infrastructures, la numérisation et les énergies vertes.
Il souligne également la convergence des intérêts des deux pays : l’Arabie saoudite cherche de nouveaux relais pour l’expansion de ses capitaux à l’échelle mondiale, tandis que l’Azerbaïdjan est en quête d’investisseurs stratégiques de long terme. Cette coopération dépasse désormais le cadre de la diplomatie classique pour s’inscrire dans des partenariats institutionnels plus profonds, impliquant fonds souverains, organismes publics et acteurs du secteur privé.
Par ailleurs, Fuad Gasimov met en avant plusieurs opportunités particulièrement attractives pour les investisseurs saoudiens en Azerbaïdjan, notamment dans les secteurs de la construction et des infrastructures. Il cite en particulier les infrastructures touristiques, avec le développement actif de zones côtières, montagneuses et des territoires récemment libérés, susceptibles de bénéficier de l’expérience saoudienne dans les grands projets hôteliers et de villégiature.
Il insiste également sur le développement du logement et des villes intelligentes, en particulier au Karabagh et dans le Zanguezour oriental, où de nouveaux environnements urbains technologiquement avancés sont en cours de construction. À cela s’ajoutent l’immobilier industriel et logistique, portés par le rôle croissant de l’Azerbaïdjan dans le corridor intermédiaire et la demande accrue pour des hubs logistiques modernes et des parcs industriels. L’expansion de l’activité économique stimule également la demande en immobilier commercial, incluant bureaux, centres commerciaux et parcs d’affaires.
Dans l’ensemble, ce partenariat apparaît bénéfique pour les deux parties : il permet à l’Arabie saoudite de diversifier ses investissements et de renforcer sa présence en Eurasie, tout en offrant à l’Azerbaïdjan des flux de capitaux, des créations d’emplois, des transferts de technologies et une amélioration des standards d’infrastructure.
À plus long terme, Fuad Gasimov estime que l’innovation pourrait devenir un pilier central de la coopération bilatérale au cours de la prochaine décennie. Les deux pays évoluent vers des économies fondées sur la connaissance et les technologies, ouvrant la voie à des collaborations dans des domaines tels que le tourisme, la fintech, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et les solutions de villes intelligentes.
Il met particulièrement en avant le potentiel du tourisme, où l’expertise saoudienne en technologies intelligentes - notamment la personnalisation via l’intelligence artificielle, les plateformes numériques et les systèmes hôteliers automatisés - pourrait accélérer le développement du secteur en Azerbaïdjan. Enfin, il évoque des mécanismes concrets de coopération, tels que la création de fonds d’innovation conjoints, d’accélérateurs de start-up, d’incubateurs technologiques et de centres de recherche et développement, combinant les ressources financières saoudiennes avec l’écosystème technologique émergent de l’Azerbaïdjan et sa position stratégique régionale.