Si la célébration proprement dite débute les 20 ou 21 mars, les festivités commencent bien plus tôt, au cours des quatre derniers mardis précédant Novrouz. Chacun de ces mardis possède son thème, ses traditions, ses rites et ses jeux.
Fondée sur l’observation attentive de la nature au fil des siècles, la division traditionnelle de l’hiver par nos ancêtres comprenait trois périodes : le Boyuk chille, d’une durée de 40 jours ; le Kichik chille, de 20 jours ; et le Boz ay, de 30 jours. Les trois mardis du Kichik chille sont appelés « Ogru charshanba » (« mardis voleurs »), tandis que les quatre mardis du Boz ay sont désignés comme « Dogru charshanba » (« mardis justes »). Ces appellations renvoient aux transformations de la nature à l’approche du printemps et aux croyances anciennes qui leur sont associées.
Selon ces croyances, lors des « mardis voleurs », le souffle du printemps effleure discrètement l’air, l’eau, la terre et les arbres avant de se retirer. En revanche, durant les « mardis justes », ce souffle imprègne pleinement les éléments et les réveille. Le premier mardi voit l’eau « trouver sa voie » : elle ne gèle plus, le gel et l’hiver perdent leur emprise. Le deuxième mardi annonce l’éveil des plantes : la terre libère la glace et la neige, commence à faire germer les graines et insuffle sa vapeur vivifiante. Le troisième mardi marque l’éveil des arbres et l’apparition des premiers bourgeons. Enfin, le dernier mardi insuffle la vie aux êtres vivants : il réchauffe le sang des animaux, des oiseaux et des hommes. La nature renaît entièrement et entame un nouveau cycle.
Aujourd’hui, ces étapes sont célébrées sous les noms de Mardis de l’Eau, du Feu, du Vent et de la Terre, accompagnés de nombreuses cérémonies, jeux et rituels. Pour certains chercheurs, cette nomenclature renvoie aux quatre éléments fondamentaux -l’eau, le feu (le soleil), le vent (l’air) et la terre. D’autres estiment toutefois qu’il existe un cinquième élément : le fer, envoyé du ciel, tandis que les quatre autres proviennent de la terre.
L'Eau
Le premier mardi, appelé le Mardi de l'Eau, est aussi connu selon les régions comme le Premier Mardi, le Novrouz des Eaux, le Petit Mardi, le Faux Mardi ou Mardi de la poussière. Ces dénominations reflètent ses particularités: "le Premier" parce qu'il inaugure les mardis justes, "Faux" parce l'été est encore lointain, "de la Poussière" on nettoyait maisons, vêtements et tapis, "Petit" enfin parce qu'il est célébré plus modestement que les suivants.
Ce jour-là, on allume des feux dans les cours et sur les places publiques, qu’on franchit pour se purifier des peines et des épreuves de l’année écoulée. À l’aube, les habitants se rendent aux sources, rivières et cours d’eau, les enjambent et accomplissent divers rituels. L’eau fraîche est réputée médicinale et protectrice contre les maladies. La tradition rapporte que le prophète Khizir aurait découvert l’« eau de vie éternelle », et que Koroghlu ( le héros d'une fameuse chanson de gestes) aurait trouvé la source de Goshabulaq lors de ce premier mardi, sources de force et de puissance.
Le Feu
Le deuxième mardi est celui du Feu. Selon les régions, il porte les noms de Mujdaveran, Mujdachi, Mushtuluglu (« le Messager »), Kule ou Kul (« Cendre »), ou encore Xəbərçi. On y ressent davantage le souffle du printemps ; la douceur de l’air incite déjà à penser aux jardins et aux semailles. Les cendres encore chaudes des feux du soir sont répandues sur les parcelles destinées aux cultures afin de les « réveiller ». Ce geste symbolise la chaleur et l’espoir d’une terre sortie de sa torpeur hivernale.
Le soleil -ou le feu -est perçu comme symbole de vie, de création, de richesse et de lumière. On lui attribue des vertus curatives et protectrices contre les forces maléfiques. Autrefois, sur le territoire de l’Azerbaïdjan, les fêtes de Sadda et d’Azarkan, consacrées au soleil, étaient célébrées cinquante jours avant Novruz. Des sacrifices, notamment de chevaux bruns selon certaines sources, étaient offerts à l’aube du Mardi du Feu afin d’attirer bonheur et prospérité. Des expressions telles que « Je jure par le feu », « Je jure par le soleil » ou « Que ton foyer ne s’éteigne jamais » demeurent vivantes dans le langage populaire