L'OUZBEKISTAN A CHOISI LA RUSSIE POUR SON AVENIR NUCLEAIRE

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9 Juin 2026 19:33
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L'OUZBEKISTAN A CHOISI LA RUSSIE POUR SON AVENIR NUCLEAIRE

Le 4 juin 2026 pourrait entrer dans l’histoire, non seulement pour l’Ouzbékistan, mais aussi pour toute l’Asie centrale. Ce jour-là, le président russe Vladimir Poutine et le président ouzbek Chavkat Mirzioïev ont officiellement lancé la construction de la première centrale nucléaire de l’histoire de la république. De manière symbolique, la cérémonie s’est tenue en visioconférence, lors de la visite du dirigeant ouzbek à Saint-Pétersbourg. Mais la portée de l’événement dépasse largement la seule coopération bilatérale entre Moscou et Tachkent.

Ce projet est en mesure de transformer l’équilibre énergétique du pays le plus peuplé d’Asie centrale, de donner une nouvelle impulsion au développement industriel régional et d’ouvrir à l’Ouzbékistan la voie vers le cercle restreint des États disposant d’un secteur nucléaire pleinement développé.

Le président Mirzioïev a qualifié le début des travaux de « journée historique ». Une formule qui n’a rien d’excessif.

L’idée de construire une centrale nucléaire en Ouzbékistan remonte à l’époque soviétique. Toutefois, la forte activité sismique de la région et les limites technologiques de l’époque rendaient impossible toute garantie de sécurité suffisante. Aujourd’hui, la situation est radicalement différente : les réacteurs modernes de génération III+ répondent aux normes de sécurité les plus strictes et sont conçus pour résister à des contraintes autrefois jugées critiques.

La décision de Tachkent s’explique aisément. L’économie ouzbèke connaît une croissance rapide et nécessite une expansion parallèle de sa capacité énergétique. Avec plus de 38 millions d’habitants, l’Ouzbékistan est aujourd’hui le pays le plus peuplé d’Asie centrale. Son industrie, ses transports, son économie numérique et son secteur de la construction exigent des volumes d’électricité toujours plus importants, que le pays ne parvient pas encore à couvrir entièrement.

D’ici 2030, l’Ouzbékistan prévoit de porter la capacité installée de son système énergétique à 51 600 mégawatts, soit plus du double en six ans. Un tel objectif ne peut être atteint uniquement grâce aux sources conventionnelles, selon plusieurs experts locaux cités par les médias ouzbeks.

Dans le sillage des tendances mondiales, le pays développe activement l’énergie solaire et éolienne. Mais ces sources présentent des limites structurelles importantes.

Une fois opérationnelle, la centrale nucléaire devrait produire environ 17 milliards de kilowattheures par an et couvrir jusqu’à 15 % des besoins énergétiques nationaux. Pour l’Ouzbékistan, cela signifie non seulement une meilleure sécurité énergétique, mais aussi la possibilité de réorienter d’importants volumes de gaz naturel vers l’exportation ou vers l’industrie chimique.

Un autre facteur clé est la position du pays parmi les principaux producteurs mondiaux d’uranium. L’Ouzbékistan se classe cinquième mondial en production et dixième en réserves. Il existe donc un paradoxe : un grand producteur d’uranium qui n’avait jusqu’ici aucun programme nucléaire civil national.

Pendant des années, Tachkent a exporté cette ressource stratégique sans participer à la production du produit final à haute valeur technologique. Cette situation est en train de changer : le pays ambitionne désormais de devenir non seulement fournisseur de matières premières, mais aussi producteur d’énergie nucléaire, ce qui devrait renforcer son attractivité technologique et d’investissement.

Selon l’agence TASS, la Russie et l’Ouzbékistan ont signé le 29 décembre 2017 un accord intergouvernemental sur la coopération dans l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. Ce texte, signé à Tachkent par le directeur général de Rosatom Alexeï Likhatchiov et le vice-Premier ministre ouzbek de l’époque Nodir Otajonov, prévoyait notamment la construction d’une centrale et le développement de gisements d’uranium.

Le 7 septembre 2018, à Moscou, le Premier ministre russe de l’époque Dmitri Medvedev et le Premier ministre ouzbek Abdulla Aripov ont signé un nouvel accord portant sur la construction d’une centrale de grande puissance basée sur un modèle russe. Le projet prévoyait deux réacteurs de génération III+ de type VVER-1200.

Au début des années 2020, il a été décidé qu’en parallèle de cette grande centrale, l’Ouzbékistan construirait également une centrale nucléaire modulaire de petite capacité. En mai 2024, lors de la visite d’État de Vladimir Poutine à Tachkent, des amendements ont été apportés à l’accord initial afin d’intégrer cette option.

En 2025, le projet a connu plusieurs ajustements majeurs. Les travaux préparatoires ont débuté dans la région de Jizzakh, et Rosatom a lancé la fabrication des équipements du premier réacteur.

En juin 2025, le ministère russe du Développement économique a annoncé une reconfiguration du projet : il prévoyait désormais deux unités de grande puissance et deux petits réacteurs modulaires dans le district de Farish.

Le 24 mars 2026, Rosatom et Uzatom ont signé un avenant confirmant cette nouvelle configuration hybride : deux réacteurs VVER-1000 de 1 000 MW chacun, ainsi que deux réacteurs modulaires RITM-200N de 55 MW.

Le même jour, les travaux de bétonnage ont commencé sur le site du district de Farish. Une nouvelle ville destinée à accueillir 10 000 habitants sera construite pour les employés de la centrale et leurs familles.

Lors de la cérémonie de lancement, Vladimir Poutine a déclaré que ce projet n’avait pas d’équivalent direct dans le monde. Il a souligné que la Russie ne se limiterait pas à la construction, mais assurerait aussi un prêt à l’exportation, la fourniture de combustible, la maintenance et la gestion du combustible usé.

Selon lui, environ 15 000 personnes participeront aux travaux de construction.

Au-delà de l’énergie, le nucléaire est aussi un enjeu géopolitique. L’entrée de l’Ouzbékistan dans le cercle des pays exploitant des centrales nucléaires renforcera son statut international.

Selon le service de presse du Kremlin, l’Agence internationale de l’énergie atomique AIEA accompagnera toutes les étapes du projet. Son directeur général, Rafael Grossi, a déclaré lors de la cérémonie de lancement :

« Vous avez tous deux décrit ce projet comme unique, et il l’est effectivement par ses caractéristiques ».

Par Abulfaz Babazadeh