L’AZERBAÏDJAN COMMÉMORE LE JANVIER NOIR

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20 Janvier 2024 18:57
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L’AZERBAÏDJAN COMMÉMORE LE JANVIER NOIR

Il y a 34 ans, le 20 janvier 1990, sur l’ordre de Mikhaël Gorbatchev, des unités de l'armée soviétique et des forces spéciales entrèrent dans les villes de Bakou, Sumgayit, Lankaran et Neftchala et massacrèrent 150 civils, dont des enfants, des femmes et des personnes âgées, et 744 autres furent blessés.

Bien que l’Union Soviétique fût déjà entré dans son processus de déliquescence, le gouvernement central continuait à s’accrocher à son pouvoir, notamment dans les républiques du Caucase du Sud. En Azerbaïdjan, des manifestations de masse eurent lieu pour réclamer l’indépendance du pays. Les manifestants protestaient également contre la politique discriminatoire des dirigeants soviétiques à l'égard du peuple azerbaïdjanais. En effet, dans le but de consolider sa mainmise sur l’Azerbaïdjan, dont les ressources pétrolières étaient considérées comme essentielles par le pouvoir soviétique, celui-ci avait choisi de s’appuyer sur son rival arménien. En échange de leur soutien, les soviétiques avaient laissé, en 1987, les Arméniens déporter hors du pays les 250 000 Azéris qui y vivaient depuis toujours, et fermé les yeux sur leurs revendications territoriales sur le Karabakh.

Le Secrétaire général du Parti communiste soviétique Mikhail Gorbachev et le ministre de la Défense Dmitry Yazov prétendirent, par un renversement des responsabilités, que la loi martiale était « nécessaire afin d'arrêter la violence contre la population arménienne et contrer les efforts du mouvement pour l'indépendance de l'Azerbaïdjan pour renverser le gouvernement soviétique d'Azerbaïdjan ».

La répression fut d’une violence inouïe, et conduisit à l’un des plus grands massacres de l’histoire de la région. Celui-ci, appelé par les Azerbaïdjanais « Qara Yanvar », « Janvier noir », fut finalement l’un des actes fondateurs de l’identité nationale de l’Azerbaïdjan, et un tournant dans le recouvrement de l'indépendance de l'Azerbaïdjan.

Dans une résolution du 22 Janvier 1990, le Soviet suprême de la RSS d'Azerbaïdjan déclarait que le décret du Présidium de l'URSS du 19 Janvier, qui imposait l'état d'urgence à Bakou et le déploiement militaire, constituait un acte d’agression.
Plus tard, en 1995, Gorbatchev présentait ses excuses à l'Azerbaïdjan en confessant : « La déclaration de l’état d'urgence Bakou a été la plus grosse erreur de ma carrière politique ».

Le 20 janvier de chaque année, l’Azerbaïdjan commémore désormais cette tragédie, notamment à Bakou où la population défile sur l’Allée des martyrs (Şəhidlər Xiyabanı), où sont alignées 15 000 tombes, et où reposent également les victimes des deux guerres du Karabakh. En hommage, la station de métro de l’« Armée rouge » a été rebaptisée et a pris le nom de station du « 20 janvier ». L’Allée des Martyrs est parée d’œillets, fleur particulièrement cultivée à Bakou, qui est devenue, depuis, un signe de deuil.


Photo © Maya Baghirova

Sabina Alyieva, Commissaire aux droits de l'homme de la République d'Azerbaïdjan a déclaré hier , à l’adresse des grandes organisations internationales : :

« À la suite de cet acte de terreur considéré comme l'un des crimes contre l'humanité les plus graves au monde […] visant particulièrement les populations civiles, y compris les femmes, les enfants et les personnes âgées, les principes de droit international relatifs au respect les droits de l'homme et des libertés, les dispositions de la Déclaration universelle des droits de l'homme, le Pacte international relatif aux droits civils et aux droits politiques et d'autres documents juridiques internationaux ont été ostensiblement violés.

Malgré de nombreux appels aux organisations internationales et à la communauté mondiale,

il n'y a pas eu d'évaluation juridique de ce crime contre l'humanité, et les responsables de cet acte criminel n'ont pas été traduits en justice.

En tant que Commissaire aux droits de l'homme de la République d'Azerbaïdjan, j'appelle les

organisations internationales à condamner, par les voies légales, ce crime odieux commis

contre une population pacifique et les violations des droits de l'homme qui s’y rapportent, , et je les exhorte à faire en sorte que des mesures décisives soient prises pour conduire pour les responsable devant la justice ».

En France, une cérémonie commémorative s’est tenue au cimetière de Saint-Cloud en présence de S.E. Mme Leyla Abdullayeva, ambassadrice de la République d’Azerbaïdjan en France en l’honneur des victimes du 20 janvier 1990. C’est en effet au cimetière de Saint Cloud que sont inhumées deux grandes figures de l’Azerbaïdjan : Alimardan bey Toptchibachi et Jeyhun bey Hajibeyli. A. Toptchibachi fut le premier président du parlement de la jeune République d’Azerbaïdjan proclamée en 1918. Il dirigea

la délégation azerbaïdjanaise envoyée à Paris en mai 1919 pour la Conférence de lapaix. En 1920, il obtient la reconnaissance internationale de la République d’Azerbaïdjan mais l’invasion soviétique le conduisit à rester en France où il mourut en 1934.
Jeyhun Hajibeyli l’accompagnait au sein de cette délégation. Né à Choucha, il fut le rédacteur du journal «Azerbaïdjan», organe de presse officiel du gouvernement de la République de 1918. Il devient ensuite un romancier et poète dee renom. Contrait, lui aussi de rester à Paris après la soviétisation de l’Azerbaïdjan, il y mourut en 1962. Il était le frère du grand compositeur Uzeyir Hadjibeyli, créateur du premier opéra azerbaïdjanais « Leyli et Medjnoun».

Photo de titre : © Maya Baghrirova